Belgique

Son minuscule cercueil était blanc, comme la couleur du cortège qui l’accompagnait vers sa dernière demeure. Mawda, deux ans, tuée par balle lors d’une course-poursuite avec la police sur la E42, a été enterrée ce mercredi après-midi. Quelque 1.500 personnes ont suivi sa maman, son papa, son grand-frère et sa famille. Eux étaient vêtus de noir.

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“Je suis venue pour plein de raisons différentes”, explique Lucie. “Pour soutenir la famille, pour montrer mon désaccord avec la politique migratoire que mène notre gouvernement. J’ai aussi une petite fille et je ne veux pas qu’elle grandisse dans un monde… Non, dans un pays où des enfants meurent par balle.”

Épinglé sur la poitrine de centaines de personne, le visage de la petite Mawda était partout. “Je suis toujours sous le choc. Ce qui s’est passé pose énormément de questions. Une petite fille est morte seule, séparée de sa famille. Des parents qui apprennent son décès 24 heures plus tard… Ce n’est pas normal. Bavure ou pas, procédure ou pas… Je n’en sais rien. Mais ce n’est pas normal. Quand on voit la façon dont ils ont été traités, on ne peut nier qu’il y a un vrai problème humain. J’ai l’impression qu’on est arrivé à un stade où on ne peut plus construire une société ensemble”, assène Alice.

Le cortège funèbre est parti de la Porte d’Ulysse, ancien centre d’accueil pour migrants à Haren. Un nom symbolique, en hommage à un jeune scout de 12 ans sensible à la cause des migrants qui avait perdu la vie en novembre dernier. Enfants, parents et amis ont parcouru le kilomètre et demi qui sépare cet endroit du cimetière multiconfessionnel d’Evere en silence. “Je suis là pour faire passer un message. Honnêtement, j’ai eu un peu peur qu’on ne soit qu’une dizaine.” Jérôme se retourne et scrute la foule en souriant. “Mais quand je vois le monde qu’il y a… Cette mobilisation prend du sens”.

Julie s’étonne aussi de la densité du cortège. “On entend toujours un autre discours, on a toujours l’impression que le racisme et l’attitude négative envers les migrants sont dominants. Aujourd’hui, on montre une autre face, on montre que non, tout le monde ne pense pas comme ça.”

Peu de temps avant la mise en terre, le papa de Mawda a pris brièvement la parole pour remercier tous ceux qui sont venus les réconforter. Fleurs blanches en main ou paumes tournées vers le ciel, chacun a rendu hommage à la fillette à sa façon. Quelques instants plus tard, une prière était récitée pendant que des hommes se relayaient pour recouvrir la parcelle de terre où elle repose aujourd’hui. Assise à même le sol, sa maman, haute comme trois pommes, avait ce regard qui ne voit plus rien. Celui qu’ont les gens qui ne sont ni présents, ni absents. Elle pressait avec force un morceau de tissu contre ses lèvres, comme pour empêcher un cri intarissable de s’échapper.

Au terme de cette cérémonie, quelques personnalités de la société civile se sont exprimées. Parmi elles, Carine Russo, la maman de Melissa, qui a manifesté son soutien aux parents de Mawda et rendu hommage aux victimes de la tuerie de Liège. “Les parents nécessitent tout notre soutien car ils sont loin des leurs face à l’irrémédiable perte de leur petite fille”, a-t-elle déclaré. Olivia Venet (nouvelle présidente de la Ligue des droits humains) et Bernard De Vos (délégué général aux droits des enfants) ont également pris la parole. Ce dernier a conclu son discours en citant Youness, un enfant de 10 ans. “Je trouve qu’on doit parler des migrants, des guerres, du réchauffement climatique pour expliquer pourquoi les migrants arrivent chez nous […]. Il y a des enfants qui sont racistes, ils n’aiment pas les étrangers mais ils ne les connaissent pas. Donc ils répètent juste ce qu’ils entendent des autres. Il est important de savoir pourquoi, c’est qui et comment ils sont arrivés jusque chez nous. Ma maman pense qu’il va y avoir de plus en plus de migrants qui vont arriver. C’est donc bien de pouvoir les comprendre, pour bien les accueillir et surtout pour les aider.”


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