Belgique Il ne doit pas délivrer de visas à des imams turcs qui veulent prêcher dans des mosquées non reconnues.

Le Conseil du Contentieux des Étrangers vient de donner raison au secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA) qui refuse de délivrer un visa de longue durée à des imams étrangers venant prêcher dans des mosquées non reconnues. Notre pays n’a en effet guère de contrôle sur ces mosquées. Celles qui veulent être reconnues doivent se soumettre à une enquête poussée de la Sûreté de l’État. Sans le feu vert de notre service de renseignement, les lieux de culte ne reçoivent pas de reconnaissance.

Dès lors, ils peuvent faire une croix sur des subsides et l’imam doit renoncer à un salaire et une pension. Mais c’est précisément parce qu’elles ne souhaitent pas qu’on vienne enquêter sur elles que toutes les mosquées ne souhaitent pas être reconnues.

Theo Francken a déjà refusé cette année de délivrer un visa à douze imams, tous originaires de Turquie, parce qu’ils veulent prêcher dans des mosquées non reconnues.

Dix d’entre eux ont immédiatement contesté la décision devant le Conseil du Contentieux des Étrangers. " Selon l’avocat des imams, j’ai enfreint leur liberté religieuse, explique Theo Francken. Mais le tribunal a déjà débouté quatre imams qui voulaient prêcher dans des mosquées non reconnues, à Bilzen, Gand, Namur et Tamise".

Selon le Conseil du Contentieux des Étrangers, la liberté religieuse n’est pas enfreinte parce que les imams se trouvent à l’étranger et ne tombent donc pas sous l’autorité de l’État belge.

Theo Francken se montre particulièrement heureux de cette décision. "C’est une décision de principe importante. En plus, le Conseil reconnaît que le principe d’égalité n’est pas enfreint. Nous pouvons bel et bien établir une différence entre les mosquées reconnues et non reconnues pour délivrer des visas aux imams. Notre fermeté à l’égard des mosquées non reconnues reçoit donc un appui légal."

Les imams peuvent encore aller devant le Conseil d’État et une fois que tous les recours nationaux auront été épuisés, ils pourront combattre la décision devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.

L’opposition de notre pays aux imams turcs est particulièrement mal accueillie au pays d’Erdogan. La Belgique compte 65 mosquées sous l’influence du mouvement religieux turc Diyanet proche du pouvoir. Une trentaine d’autres sont soutenues par Milli Görüs, le mouvement islamiste dont est issu l’AKP, le parti du président Erdogan

Ce dernier qualifie volontiers la Belgique de "base pour les militants du PKK (le mouvement indépendantiste kurde) et pour les auteurs de coups d’État".

Le danger que le refus de la Belgique d’accueillir des imams augmente la tension avec la Turquie est donc grand.