Belgique

Pour la première fois en Belgique, une femme dirige la police d'une des plus grandes villes du pays. Francine Biot, 52 ans, a prêté serment lundi soir devant le conseil communal de Charleroi et succédera dès le 1er février à Amour Brousmiche, admis à la retraite, pour prendre le commandement de 680 policiers et auxiliaires de police (de 760 selon les effectifs prévus) et de 184 ex-gendarmes.

Sans son képi, avec un sourire qu'agrandissent parfois de francs éclats de rire, elle passe rapidement aux aveux. Elle a rêvé naguère de servir dans la marine ou l'aviation militaire. Les femmes n'y étaient pas admises à l'époque. Elle caressa aussi l'espoir de devenir hôtesse de l'air. Cette ancienne élève de l'athénée Vauban suit des cours d'aide comptable, de secrétariat, de dactylographie. Elle entame des études d'institutrice, mais la famille compte cinq enfants. Il faut s'occuper de la dernière née et son père, ouvrier courageux, entend que Francine se mette au travail. Du coup, elle se retrouve aide vendeuse dans un magasin de vêtements puis au chômage avant de devenir, le 17 février 1969, le premier policier féminin de Wallonie à Dampremy.

DEUX OBJECTIFS

Avec la fusion des communes de 1977 et après de nouveaux examens, elle devient officier de police en 1982, dirige à Charleroi la section judiciaire, collabore à la direction de police secours, passe au service informatique tout en conservant son rôle d'officier de garde sur le terrain.

En 1989, elle est licenciée en criminologie de l'Université catholique de Louvain, où le programme des cours prévoit des enseignements en psychiatrie. En 1990, elle est détachée à mi-temps à la police générale du royaume. Deux ans plus tard, elle est officier de liaison au cabinet du ministre de l'Intérieur, Louis Tobback.

Retour en 1994 à Charleroi comme commissaire de police. Elle dirige les commissariats de quartiers puis, à la demande de son chef, M.Brousmiche, s'occupe de gestion financière et d'informatique. Après un nouveau passage au cabinet de l'Intérieur, elle rejoint, à temps plein, la police communale de Charleroi comme adjointe à la direction. A ce titre, elle s'intéresse notamment à la restructuration du corps en vue de l'intégration des polices. Le 14 novembre dernier elle est nommée commissaire en chef à partir du 1er février avec un mandat de cinq ans renouvelable.

Première femme commissaire en chef parmi les 5 grandes villes du pays (Bruxelles, Liège, Gand, Anvers, Charleroi), Francine Biot se fixe deux objectifs: la lutte contre la criminalité dans une ville très active et très attachante mais avec les problèmes de sécurité qui en découlent. Charleroi n'est pas la plus paisible de Belgique sans pour autant être un Chicago. Les statistiques établissent qu'en matière de criminalité, Charleroi se situe plutôt vers le bas.

PERSONNEL

Second objectif: l'intégration des polices prévue pour le 1er avril et qu'a retardée l'Euro 2000. Mais elle prendra plusieurs années. Il importe que chacun se sente à l'aise dans les nouvelles structures, d'unifier les procédures radio (la gendarmerie étant autrefois comprise dans les forces armées) tout en maintenant pour tous la procédure alphabétique militaire. Autres objectifs: tenter d'accorder plus d'importance à la rue, répondre plus vite à la demande des citoyens, mener des enquêtes aussi complètes que possible pour le procureur du Roi. Par ailleurs, il faut rendre les lieux de travail agréables. La ville compte quatre casernes de gendarmerie mais elle n'aura à sa disposition que celles de Gilly et Marchiennes, les bâtiments de Charleroi et de Jumet étant réservés à la police fédérale. Mais, insiste le nouveau commissaire en chef, il importe de disposer d'un personnel motivé.

© La Libre Belgique 2001