Belgique

De deux cents à trois cent cinquante euros, ce serait le montant dépensé par chaque touriste étranger pour chacun des jours passés sur le site du champ de bataille, à l’occasion de la commémoration du bicentenaire de Waterloo. Les Belges eux se “contenteraient” d’une somme quotidienne oscillant entre trente et cinquante euros.
C’est qu’outre le spectacle et les commémorations et l’entrée au bivouac, les boissons et la nourriture, il y a aussi les stands “produits dérivés” dressés à une centaine de mètres de la butte du Lion, sous d’identiques tentes blanches. Là, se joue la bataille du marketing, pour attirer le chaland vers les “goodies”. Dans le stand Galimard, maison de parfums située à Grasse, on s’est déguisé en paysan de l’époque 1815 : “Allez, je vous le fais essayer ?”.

Le prix ? Soixante-cinq euros le flacon garni d’une floche et au nom de Napoléon. “Ca, c’est sûr qu’on mettrait le nom de Wellington, ça ne se vendrait pas ! Napoléon, c’est clair, c’est un argument marketing. Même s’il a perdu ici. D’ailleurs, souvent, les gens ne sont pas trop où courant de l’Histoire. Il y en a beaucoup qui pensent que Napoléon a gagné, rigole le vendeur. Les gens qui achètent, veulent un souvenir avant de partir. Et puis, là, le flacon est joli…”

Choisir l’image du vainqueur de la bataille de Waterloo, le duc de Wellington ? Quelle drôle d’idée ! “Ici, vous êtes sur un événement napoléonien. Le public-cible, ce sont les fans ! Les fans napoléoniens, évidement. Regardez autour de vous, tout le monde mise sur Napoléon, répond-t-on, stupéfait, au stand des “Villes Impériales”, où on l’on vend (entre autres des porte-clés-clés USB à l’effigie de l’Empereur (12 euros. Il y a quand même, un résistant (en partie) sur le stand du Bureau de Poste de l’ïle de Man, qui vend des timbres spécialement créés pour le bicentenaire. A l’effigie de Wellington. A côté tout de même de Caesar Bacon, homme du Duc, et résident de l’île de Man. “Bon, pour une fois qu’il y a Wellington, j’achète, lance un chaland belge. “Peu importe le vainqueur, c’est l’Histoire qui intéresse le collectionneur de timbres, juge le vendeur.

© Devillers

Le choix de la neutralité

Mais pas mal de “merchandisers” ont pris une autre stratégie : la neutralité. C’est le cas pour cette BD sur la bataille de Waterloo, dont seules les couvertures varient selon les nationalités : Wellington en anglais, allemand et néerlandais, et Napoléon en français. Pas de trace de Blücher, en revanche, le troisième protagoniste de la bataille et commandant des troupes prussiennes... Même stratégie pour les goodies officiels de Waterloo 2015. On trouve des mugs à l’effigie de Napoléon et d’autres à l’image de Wellington. “Mais ce sont les mugs Napoléon qui marchent le mieux. Même auprès des Anglais. Au dernier, je lui ai demandé vous êtes sûr ? Il m’a dit yes, yes” Quant au bicorne réglable à plusieurs tailles, il était déjà demandé avant même le déballage complet du stand.

“On aurait pu prendre Napoléon, mais alors ceux qui aiment Wellington n’auraient pas acheté. Et inversement. Donc, pour notre boîte, on a pris une image neutre, qui rassemble tout le monde : le lion de Waterloo”, raconte pour sa part Florian De Vleeshouwer, dont la famille, basée dans le Hainaut, fabrique des macarons pour un restaurant waterlootois Tarif : 28 euros la boîte de 20 macarons." On n’a pas exagéré les prix, c’est un produit de qualité, avec une boîte en édition limitée… Faire du commerce avec une guerre ? C’est aussi du folklore, on ne peut pas dire qu’on profite du malheur des gens qui ont souffert il y a deux cent ans. Et on peut aussi dire qu’on fête une victoire !"

© Devillers

Boulet de la bataille de Waterloo et jus de pomme de l'Empereur

Un vendeur d’objet de collection, lui, ajoute : “les autorités wallonnes ont mis beaucoup d’argent dans cet événement, il est aussi normal qu’on puisse faire du commerce avec, qu'il y ait aussi des retombées économiques”. Certains l’avouent sans peine : ils “surfent sur la vague du bicentenaire. Comme ce chocolatier waterlootois qui a créé des pralines en forme de boulet de canon, "le boulet de la bataille de Waterloo" (15 euros le paquet). Ou ce fabricant local qui a profité de la presse présente en masse et des festivités du bicentenaire pour lancer son nouveau produit : du jus de pomme, issu des “Vergers de l’Empereur” situés non loin de là. Avec forcément, une bouteille (10 euros) dotée d'une étiquette à l’effigie de Napoléon. Pendant ce temps, juste à côté, le Rotary distribue des pin’s gratuits, à l’effigie d’une colombe. “Tout ce merchandising, c’est la nature humaine, soupire un “Rotarien”. Mais nous, on veut contrebalancer tout ça, rappeler qu’ici, il y a eu une guerre, des dizaines de milliers de morts... On voulait donner un signe de paix."