Belgique Une enquête pointe les difficultés des seniors, qui ne vont pas s’arranger avec les réformes Michel.

Une fois à la pension, un ménage sur trois éprouve des difficultés financières, selon une enquête réalisée par Enéo, le mouvement social des aînés, d’inspiration mutualiste, anciennement appelé Union chrétienne des pensionnés (UCP). Enéo a interrogé 665 personnes (415 ménages) en Wallonie et à Bruxelles, d’avril à juillet 2017. Les résultats ont été présentés mardi, à Namur.

Ils font apparaître que 32 % des ménages ont des ressources inférieures au seuil de pauvreté (1 672 euros pour un ménage composé de deux adultes). Par ressources, il faut entendre la pension légale, mais également, pour ceux qui en ont, l’assurance-groupe, l’épargne-pension individuelle, les fonds de pension,…

Quand on leur demande si, en fonction de leurs revenus, ils estiment vivre une situation difficile, la réponse est affirmative dans 32 % des cas également. A noter que, parmi ceux qui ont répondu oui, 43 % vivent seuls, 40 % vivent avec d’autres personnes et 19 % vivent en couple.

"La sécurité sociale n’est pas qu’une charge"

En moyenne, ils estiment qu’il leur faudrait 443 € net supplémentaires par mois pour ne pas subir de privations. Des privations qui concernent surtout les voyages et les loisirs (voir infographie), mais aussi, pour certains d’entre eux, des domaines aussi essentiels que la santé (20,5 % des cas), l’alimentation (10,6 %) ou le logement (8,3 %).

L’étude d’Enéo détaille par ailleurs les dépenses des ménages de pensionnés, qui s’élèvent, en moyenne, à 1 998,5 € par mois, soit près de 500 € en plus que lors de la précédente enquête, menée en 2010 (1 443 €). Sans surprise, le logement est le principal poste de dépenses (725,7 €/mois, contre 586 € en 2010). Suivent l’alimentation (542,4 €, soit + 25 % par rapport à 2010), les assurances (171,4 €), les frais de santé (164,3 €), la mobilité (159,4 €) et les vêtements (56,6 €).

Pour Philippe Andrianne, secrétaire politique d’Enéo, "la situation des pensionnés ne s’est donc pas améliorée depuis 2010, au contraire. Et c’est logique quand on sait que l’indice des prix à la consommation a progressé de 13 %, tandis que l’indice santé, qui ne tient pas compte des produits énergétiques et sur lequel sont basées les pensions, n’a progressé que de 10 %. Il y a donc une différence de 3 %, à laquelle il faut ajouter un saut d’index (2 %). Le gap est donc de 5 %. De plus, pour les pensionnés, la hausse de la TVA sur l’électricité (de 6 à 21 %) n’a pas été compensée par le tax shift."

Et l’avenir est sombre pour les retraités, à en croire Philippe Andrianne. "Car cette enquête ne prend pas encore en compte certaines mesures prises par le gouvernement Michel, qui auront un impact minorisant sur le montant de certaines pensions futures (pour les fonctionnaires à la carrière mixte, les chômeurs, les prépensionnés,…)."

Pour le secrétaire politique d’Enéo, les autorités devraient pourtant préserver le pouvoir d’achat des pensionnés qui, dans une grande proportion, "dépensent tous leurs revenus et contribuent dès lors au PIB et à l’emploi des jeunes générations. La sécurité sociale n’est pas qu’une charge."

Pour toutes ces raisons, Enéo prendra part à la marche organisée le 19 décembre prochain par le front commun syndical à Bruxelles, afin de réclamer de meilleures pensions.

© ipm