Belgique

La période des fêtes de fin d’année est propice aux réjouissances gastronomiques, souvent relevées de quelques bons crus et bulles. Comme chaque année, donc, l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR) sensibilise les fêtards à élire un "Bob", qui ramènera chacun en sécurité (LLB 30/12). Car l’alcool au volant fait encore de trop nombreuses victimes. Selon l’Observatoire européen de la sécurité routière (Erso), l’alcool joue un rôle dans un accident mortel sur quatre, alors que seul 1 % des kilomètres est parcouru sous l’influence de l’alcool.

Parmi les personnes qui perdent la vie sur nos routes, "le groupe d’âge des 18 à 24 ans est clairement surreprésenté", constate l’IBSR. En 2009 sont décédés 117 occupants de voitures âgés de 18 à 24 ans, soit plus de deux tués par semaine. "Les jeunes occupants de voitures, tant conducteurs que passagers, représentent ainsi 26,1 % du nombre total d’occupants de voitures adultes qui ont perdu la vie en 2009 alors qu’ils ne représentent que 10,7 % de la population adulte", poursuit l’IBSR. Cette surreprésentation s’affirme particulièrement pendant les nuits de week-end : les jeunes conducteurs représentent 17 % de l’ensemble des automobilistes mais sont impliqués dans 36 % de tous les accidents graves (avec tués et/ou blessés graves) survenus pendant cette période.

Pourquoi les jeunes au volant sont-ils plus "vulnérables" ? Même en petites quantités, l’alcool agit sur le cerveau et exerce un effet néfaste sur l’aptitude à la conduite. En Belgique, la limite légale de concentration d’alcool dans le sang est fixée à 0,5 ‰. Néanmoins, selon l’IBSR, "les processus (temps de réaction, évaluation des risques ) qui requièrent l’attention du conducteur sont déjà altérés à partir de 0,2 ‰. Ainsi, à 0,2 ‰, le risque de décéder dans un accident est deux fois plus élevé que pour un conducteur sobre". Or, chez les conducteurs novices, la consommation d’alcool affecte précisément des compétences qu’ils ne maîtrisent pas encore assez bien, comme la répartition de l’attention, la détection/réaction aux dangers, etc. "Par ailleurs, le jeune âge des conducteurs est souvent associé à une tendance à la prise de risques tandis que les jeunes automobilistes sont également plus susceptibles que la moyenne de conduire fatigués (sorties fréquentes )", complète l’IBSR.

Conséquence ? Même si les 40-54 ans représentent la tranche d’âge dans laquelle on retrouve le pourcentage le plus élevé de conducteurs ayant bu, les jeunes de 18 à 25 ans, lorsqu’ils ont consommé de l’alcool, courent un risque huit fois plus élevé d’être impliqué dans un accident grave. L’IBSR résume : "La proportion de conducteurs positifs parmi ceux impliqués dans un accident mortel diminue avec l’âge alors que la propension à conduire sous l’influence de l’alcool, augmente, elle, avec l’âge."

Voilà pourquoi la Commission européenne recommande, pour certains sous-groupes - les conducteurs inexpérimentés et les conducteurs ayant un permis depuis moins de deux ans -, d’abaisser la limite légale de 0,5 ‰ à 0,2 ‰.

Certains pays ont déjà adopté cette recommandation. Comme les Pays-Bas, où un chercheur avait estimé en 1998 que cet abaissement permettrait de réduire de 5 % le nombre de tués sur les routes.

Et en Belgique ? En 2008, le secrétaire d’Etat à la Mobilité Etienne Schouppe (CD&V) avait déjà proposé de réduire le taux d’alcoolémie de 0,5 ‰ à 0,2 ‰ pour les conducteurs possédant leur permis depuis moins de deux ans. Une suggestion alors contestée, mais qu’il avait toutefois réitérée en juin dernier. Quant à son successeur fraîchement nommé, Melchior Wathelet (CDH), "il a demandé un topo de la situation de la sécurité routière à des experts et attend leurs notes", indique-t-on à son cabinet. Parmi les pistes sur la table : "Renforcer les contrôles, la prévention ; abaisser la limite légale du taux d’alcool dans le sang chez les 18-34 ans, voire chez tous les conducteurs ; les décisions seront arrêtées au début de l’année 2012."

Plus d’infos dans le "Via Secura" n° 83 de l’IBSR en ligne sur www.ibsr.be