Belgique

Voilà ix semaines que Stacy et Nathalie ont été enlevées et tuées dans le quartier liégeois de Saint-Léonard. Où en est le dossier, alors que le suspect principal, Abdallah Ait Oud, a aussi comparu jeudi en chambre du conseil?

1 Mandat d'arrêt. «Non, je n'ai pas plaidé sa libération, parce que différents devoirs sont toujours en cours», a indiqué Me Jean-Dominique Franchimont à propos de son client, au sortir de l'instance d'instruction qui venait d'examiner le double mandat d'arrêt délivré contre lui pour le rapt, la séquestration et l'assassinat de Stacy et Nathalie ainsi que pour le viol de cette dernière. Et cette chambre a confirmé ledit mandat, sur la base des indices accablants d'un dossier lourd de 650 PV et sur celle d'un réquisitoire très vigoureux d'Anne Bourguignont, le procureur du Roi.

Pour autant, Me Franchimont va tout de même interjeter appel: «C'est la liberté de mon client de le souhaiter. Et il m'a fait savoir que c'est le cas» . La chambre des mises en accusation interviendra donc à son tour, sans doute début août.

2 Pas d'aveux. Tant du côté de la justice que de la défense, la résistance qu'oppose Ait Oud à des aveux étonne. Me Franchimont admet ainsi que des indices réels de culpabilité existent - tout en estimant qu'ils ne constituent pas des preuves et que des zones d'ombre imposent malgré tout un doute. «Mais dans les précédents dossiers» , où il a finalement été reconnu coupable, «mon client a rapidement avoué. Je constate qu'ici, alors qu'il a été longuement entendu par de très bons enquêteurs et que des éléments pourraient le confondre, il maintient sa déclaration initiale» .

Et réfute même certains témoignages, avons-nous appris à autre source. Pas celui du SDF qui l'a vu «entre 5h et 5h30» place Vivegnis, la nuit où les corps furent déposés dans le collecteur d'eau (alors qu'on sait que, après qu'une erreur d'horloge de 8 minutes eut été corrigée sur le système électronique d'analyse du débit, des variations correspondant à ces dépôts ont été observées à 5h et 5h09). Mais il dément en revanche avoir abordé d'autres fillettes avant la disparition de Stacy et Nathalie. Et nie avoir évoqué avec elles une «chasse aux tortues» (LLB 18/7), d'autant que ces témoins déclarent qu'il portait des cheveux alors que, selon lui, il était déjà rasé. Le moment de rappeler qu'Ait Oud reste présumé innocent, donc. Mais aussi et a contrario que l'enjeu est plus grand que jamais pour lui, s'il est coupable du double assassinat.

3 Troisième récidive. On a appris ces derniers jours, en marge de l'enquête, plusieurs «détails» non divulgués. Ainsi, contrairement à ce qu'on en pensait jusque-là, ce n'est pas deux fois (1994 et 2001) qu'Ait Oud a été arrêté pour faits de moeurs, avant les développements actuels, mais trois. Nous avons en effet appris que, déjà avant son arrestation d'avril 1994 pour les viols longuement commis sur sa nièce, il avait été poursuivi pour un attentat à la pudeur.

4 «Détails» neufs. On a également appris que, en plus des griffures découvertes sur ses membres lors de sa reddition, Ait Oud portait sur le corps des traces de frottement contre un mur. Celui du domicile de Christel, comme il le dit? Ou celui qui longe les rails, près du collecteur d'eau? Une étude le dira peut-être.

Quant au GSM dont on s'étonnait qu'Ait Oud dise l'avoir perdu, au début de l'enquête, on sait maintenant qu'il l'avait effectivement égaré chez un parent de Christel, qui l'a retrouvé.

Plus troublant: l'enquête a montré, sait-on désormais, que Stacy et Nathalie ont joué aux billes, durant la nuit fatidique, devant un magasin pakistanais... très proche du domicile du suspect, rue Saint-Léonard.

5 Douze fibres «étrangères». Par ailleurs, si les enquêteurs et les experts restent prudents en parlant de fibres textiles «similaires», ils en ont examiné à ce stade pas moins de 153 sur les vêtements d'Ait Oud. Bizarrement, certaines, incolores à l'intérieur et rouges en surface, se trouvent, à raison de 12, tant sur ses vêtements que sur ceux des fillettes, sans provenir d'aucun.

D'autres fibres semblent être «passées» entre ces vêtements, même si les experts restent, disions-nous, prudents en ne parlant que de similarité, tout comme ils estiment «plus probable» que les traces végétales relevées sur le pantalon d'Ait Oud et à l'intérieur de sa poche droite proviennent du site de Vivegnis que des abords de l'appartement de Christel (comme le voudrait l'explication du suspect).

6 Nouvel examen ADN. L'enquête elle-même n'est en tout cas pas finie. A sa sortie de l'audience de la chambre du conseil et avant son retour à la prison de Lantin (où il subit des marques de vive animosité, même de la part de gardiens, même en présence d'experts), Ait Oud a été emmené à sa demande pour un prélèvement de salive destiné à un nouvel examen génétique. Des rapports plus complets encore que les précédents sont par ailleurs toujours attendus. Et les devoirs d'instruction se poursuivent sans désemparer.

© La Libre Belgique 2006