Belgique

Il est préoccupant qu'aucun programme systématique de déradicalisation n'est mis en place dans les prisons belges, note vendredi la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits de l'homme et les libertés fondamentales, l'Irlandaise Fionnula Ni Aolain. 

Pour autant, l'engagement du gouvernement belge à respecter les obligations en matière de droits de l'homme tout en luttant contre le terrorisme "est un exemple de bonne pratique nationale", ajoute-t-elle.

Mme Ni Aolain a mené ces sept derniers jours une mission en Belgique, comme peuvent le faire sur base volontaire les rapporteurs spéciaux du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, experts indépendants de tout gouvernement ou organisation.

Elle a constaté avec satisfaction que les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 n'avaient pas poussé le gouvernement à déclarer l'état d'urgence pour faire face aux défis de sécurité. "Au contraire, toute la portée de la loi existante a été exercée à son plein potentiel".

L'Irlandaise s'est dite, dans un communiqué, "impressionnée par l'ampleur de l'attention accordée par les autorités fédérales, régionales, communautaires et municipales aux défis de la radicalisation sous toutes ses formes et aux défis de la polarisation sociale à la suite de la violence terroriste."

Mais elle se dit aussi préoccupée par plusieurs lacunes, notamment pour le droit des victimes de terrorisme. "Les expériences quotidiennes des victimes du terrorisme dans les domaines de la santé, de l'emploi et de l'administration font apparaître le spectre de violations secondaires, y compris la discrimination directe et indirecte", déplore-t-elle.

La Rapporteuse spéciale s'est aussi déclarée préoccupée par le fait qu'aucun programme systématique de déradicalisation ou de désengagement n'était mis en place dans les prisons belges. Cette observation intervient trois jours à peine après la tuerie de Liège, perpétrée par un délinquant de droit commun qui se serait radicalisé en prison.

Elle ajoute que les régimes d'isolement et autres mesures dans les prisons belges peuvent être vues comme une grave violation des droits individuels.

Par ailleurs, "un nombre important de combattants étrangers, leur conjoint et leur progéniture de nationalité belge sont détenus dans des camps de détention, dont certains sont détenus dans l'attente de leur procès dans des territoires d'outre-mer", rappelle la Rapporteuse spéciale. Il y a là des risques quant à l'équité du procès, l'accès à une représentation légale significative et les traitements inhumains et dégradants, voire la torture.

Fionnula Ni Aolain exhorte en outre le gouvernement à prendre des mesures urgentes à l'égard des enfants en Syrie et en Irak, en particulier les plus jeunes et les plus vulnérables des ressortissants belges qui courent un risque important et immédiat.