Belgique

L'ancien professeur de l'ULB, invité à l'IHECS, avait tenu un discours qui en avait choqué plus d'un lors d'une conférence. Aujourd'hui, il replace les propos incriminés dans leur contexte.

Rappelez-vous: il y a un peu plus d’une semaine, les propos d’un professeur invité à l’Institut des hautes études des communications sociales (IHECS) créaient la polémique.

Michel Demeuldre, ancien professeur de sociohistoire des musiques du monde de l’ULB, alors invité au cours de “Formes musicales”, avait évoqué la culture rwandaise à travers divers exemples qui en avaient choqué plus d’un. C’est le “Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les discriminations” qui a lancé la polémique après la diffusion sur Internet par l’IHECS de l’enregistrement audio de la conférence.

Les propos incriminés

Le professeur avait notamment expliqué aux étudiants qu’on disait de son ex-compagne qu’elle avait “l’élégance d’une génisse” lorsqu’elle marchait. Au début de la conférence, M. Demeuldre avait également évoqué les pratiques sexuelles rwandaises: “Du côté rwandais […] et ça je trouve que ça devrait être inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco : la façon de faire jouir les femmes au Rwanda […] vous devez titiller le clitoris, et pour que ça soit efficace, il faut bien tirer… les jeunes filles se tirent les lèvres pour que ça soit bien proéminent et facile à faire.”

Aujourd’hui, le professeur se sent trahi. Il estime que ces bribes de la conférence, reprises dans la presse et par les médias, ont été sorties de leur contexte. Il s’exprime dans une lettre envoyée à La Libre.

“La lourdeur du blanc-bleu-belge”

Se mettant lui-même en scène, il se demande si “ce monsieur serait devenu soudain stupide ou sénile au point de se tirer une balle dans le pied en énonçant des propos scandaleux pour ruiner sa crédibilité et son honneur. Ne mériterait-il pas autre chose qu’une campagne de presse relayant l’exaltation d’un groupe d’étudiants qui n’a pas assisté à l’exposé qui a eu lieu il y a deux mois dans la sérénité?

Dans sa lettre, M. Demeuldre explique que le thème de la conférence était “le corps et la musique”: il s’agissait de mettre en perspective les différentes cultures du corps. “En lingala, le terme “kotambula” désigne aussi bien la danse proprement dite que la copulation”.

Les propos tenus par l’ancien professeur concernant la démarche de son ancienne compagne d’origine rwandaise qu’il a comparée à celle d’une génisse, étaient pour lui un compliment. “ Avec les références d’ici, j’utilise des propos blessants pour les femmes du Rwanda car, dans notre culture, la métaphore de la vache est insultante pour une femme parce que l’on l’associe à la lourdeur du blanc-bleu-belge. Au Rwanda, les génisses aux longues cornes évoqueraient plutôt la sveltesse, la légèreté. Comme les gazelles”.

Enfin, en ce qui concerne les pratiques sexuelles évoquées lors de la conférence, M. Demeuldre insiste sur le fait d’avoir magnifié celles du Rwanda, tournées “résolument vers le plaisir clitoridien de la femme”. “En comparaison de pays voisins où l’on pratique des formes d’excision et d’infibulation pour empêcher les femmes de rechercher le plaisir, j’ai dit clairement que ces techniques répandues aujourd’hui encore au Rwanda mériteraient d’être inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco. Il s’agit d’une technique qui recrée le plaisir”.

Une réputation salie

Par téléphone, le professeur explique à La Libre que sa réputation a été salie. “Les propos incriminés ont été sortis de leur contexte. Particulièrement lors du reportage télé réalisé par la RTBF et diffusé lors du journal télévisé de 19h30. Je ne veux pas être considéré comme un vieux vicelard”.

Le professeur regrette également la réaction de l’ULB, qui s’est empressée de commenter la polémique en signifiant que M. Demeuldre n’avait plus aucune charge de cours ni de recherche dans l’institution. “Ils ont utilisé l’indicatif présent en affirmant que j’avais proféré des propos racistes et sexistes alors que, selon moi, le conditionnel aurait été de rigueur. La direction de l’IHECS n’a pas commis de lâcheté comparable à celle de l’ULB”.

M. Demeuldre, 73 ans, craint de ne plus être invité par les hautes écoles et universités du pays. “Je porte désormais une étiquette difficile à enlever. Les écoles n’ont pas envie de s'embarrasser d’un professeur dont on se rappellera qu’il a créé la polémique”.