Belgique

En France, l’affaire Alexandre Benalla, du nom de ce chargé de mission du président français Emmanuel Macron, épinglé pour des affrontements avec des manifestants le premier mai dernier, s’est (momentanément ?) apaisée, congés politiques obligent. Elle a par contre connu ces derniers jours un nouveau rebondissement en Belgique.

L’analyse d’une crise politique

Le 18 juillet dernier, quand le journal “Le Monde” dévoile l’identité d’Alexandre Benalla, l’affaire connaît un retentissement considérable, aussi bien dans les travées politiques que sur les réseaux sociaux.

Doctorant à l’UCL, spécialiste de ces réseaux, Nicolas Vanderbiest découvre que dans les deux semaines qui ont suivi les révélations du journal “Le Monde”, une grande partie (47 %) des tweets consacrés à l’affaire auraient été rédigés par une minorité (1 %) des internautes investis sur la question.


Ce constat, qu’il publie notamment sur le site de l’association Eu Disinfo Lab qu’il a cofondée, fait du bruit, tant il laisse entendre que l’affaire aurait été en partie gonflée, voire instrumentalisée, par certains. Et cela d’autant plus que parmi les comptes de ces internautes, Nicolas Vanderbiest remarque que certains sont liés à l’opposition, à la communauté “russophile”, ou que d’autres ont précédemment contribué à proférer de fausses informations.

Non respect de la vie privée?

Son observation fait rapidement le tour des réseaux sociaux et est vertement critiquée. “J’ai [alors] massivement été sollicité, notamment par des journalistes, sur ce sujet. Concentré sur l’écriture de ma thèse, j’ai renvoyé ces sollicitations vers le EU DisinfoLab”, raconte Nicolas Vanderbiest sur le site Medium.com.

Par souci de transparence” devant les critiques qui s’enflamment, notamment vis-à-vis de la méthodologie employée, Nicolas Vanderbiest et EU DisinfoLab publient les données de l’étude (en partie aujourd’hui effacées) dans lesquelles on découvre notamment des fichiers reprenant une liste de comptes Twitter à côté desquels est mentionnée une affiliation politique ou idéologique supposée (conservateur, France insoumise, extrême droite…). Plus grave, on aurait découvert, dans d’autres listes à leur tour supprimées et dont l’existence est aujourd’hui niée par EU Disinfo Lab, des informations personnelles (religion, orientation sexuelle…) que l’internaute a choisi de partager avec Twitter mais qui ne sont disponibles auprès du réseau social que moyennement achat de ces données.

C’est ici que les choses se sont davantage corsées. De nombreux internautes français ont été très mécontents de se voir “fichés”, et ont saisi la Cnil, la Commission nationale informatique et libertés, l’équivalent français de notre commission de la vie privée, qui a déclaré qu’elle instruira les plaintes.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont à leur tour critiqué EU Disinfo Lab et Nicolas Vanderbiest. “Eh stupide barbouze ! Je ne suis pas un bot russe. C’est juste moi, Mélenchon, qui tweete contre toi ! Si t’as besoin de me ficher pour t’en rappeler, c’est que tu es encore plus bête que tu en as l’air”, a ainsi tweeté Jean-Luc Mélenchon.

Vers une démission

Attaqué sur sa méthodologie et sur le fait de “ficher” les internautes sans respecter la vie privée, insulté très violemment parfois, Nicolas Vanderbiest s’est expliqué ce vendredi, toujours sur Medium.com.

A mes yeux, toute donnée sur Twitter est une donnée publique et il n’y avait aucune intervention personnelle car la méthodologie se contentait de faire apparaître des communautés uniquement par les interactions. Cette méthodologie peut être débattue.

J’ai pris la décision de contacter l’Université pour commencer les démarches afin de cesser mes activités dans le cadre de l’Université catholique de Louvain, qui ne doit pas souffrir de mes activités bénévoles et de leur portée”, a-t-il ajouté.

A l’heure d’écrire ces lignes, l’UCL n’avait pas encore officiellement réagi pour statuer sur les suites qu’elle donnerait à cette décision. Ce week-end sur Twitter, Benoit Grevisse, directeur de l’Ecole de journalisme de l’UCL rappelait, comme pour déjà défendre l’institution universitaire, que “l’analyse contestée n’a pas été menée” dans son cadre.