Belgique

A quelques heures du vote à la Chambre de la réforme de l'aide médicale urgente (AMU), l'organisation Médecins du monde a une nouvelle fois dénoncé jeudi les conséquences que celle-ci aura pour les personnes en séjour irrégulier en Belgique.

"Sous prétexte de lutter contre certains abus, elle risque de restreindre plus encore l'accès aux soins - déjà dramatique - de cette population hautement fragilisée. Cela peut sembler abstrait, mais les conséquences seront bien réelles. Par exemple pour cette femme enceinte qui s'est vu refuser des soins médicaux au motif que sa grossesse ne pouvait être considérée comme un danger vital, et qu'elle devait dès lors se débrouiller", dénonce ainsi Médecins du monde.

L'organisation humanitaire remet en cause l'étude sur laquelle le ministre de l'Intégration sociale Denis Ducarme appuie sa réforme, à savoir le rapport d'un médecin conseil de 2016 qui a analysé 200 dossiers d'AMU parmi lesquels il a trouvé 12 diagnostics ne rentrant pas dans les critères de cette aide. "Douze cas, soit 6% du nombre de dossiers analysés: on peut difficilement considérer qu'il s'agit d'abus massif - rien n'a été trouvé concernant les autres 188 cas", estime Médecins du monde.

Selon l'organisation, ce médecin conseil a en outre utilisé une définition restrictive de l'AMU pour analyser les dossiers, biaisant ainsi les résultats.

Médecins du monde remet aussi en question une autre motivation de la réforme, à savoir la réalisation d'économies.

"À l'heure actuelle, le budget de l'AMU représente 0,2% des coûts de l'Assurance Maladie Invalidité, pour un public qui représente environ 1% de la population sur le territoire belge. Par ailleurs, le coût individuel moyen pour les bénéficiaires AMU est de 24,5% plus bas que dans la population belge 'normalement' assurée", selon Médecins du monde.

"Cette réforme va rendre encore plus difficile le travail des médecins et des organisations qui aident les personnes en situation précaire. Seule une vraie étude avec une méthodologie validée, et non le rapport d'un seul médecin ayant utilisé une définition restrictive de l'AMU, peut servir de base à une modification législative. Au risque d'être confrontés à des situations humaines dramatiques", conclut l'organisation.