Belgique

Un monde rythmé par des discours instillant la haine et la peur. Dans son rapport annuel publié ce jeudi, Amnesty International constate les "conséquences effroyables" que ces discours ont eu sur la situation des droits de l’homme dans le monde en 2017. Une année marquée encore par les flux de réfugiés. Mais pour Philippe Hensmans, le directeur de l’ONG pour la Belgique, ce problème est avant tout une question de perception.

"Sur les 60 millions de déplacés dans le monde, 20 millions ont le statut de réfugiés et 2 millions seulement sont en Europe. Les Soudanais, dont on a beaucoup parlé en Belgique, totalisent 420 000 réfugiés dans le monde, dont 7 000 sont en Europe", souligne-t-il, pour "avoir un autre regard sur les choses".

Pas de problème d’accueil des migrants

Pour M. Hensmans, il n’y a pas de problème d’accueil des migrants. D’ailleurs, relève-t-il, "il y a beaucoup moins de demandeurs d’asile en 2017 qu’en 2016" et "les ONG sont en train de montrer l’exemple avec des centres d’accueil où ceux-ci sont pris en charge". Par contre, poursuit-il, "il existe un discours, ou plutôt un montage idéologique de la part de beaucoup de gouvernements, qui consiste à laisser pourrir la situation, ou à comparer - comme chez nous - le parc Maximilien à une jungle de Calais-bis. Quand on dit des choses pareilles, on entretient les mouvements populistes".

Ces montages idéologiques entretiennent, en partie, la polarisation dans la société. "Si nous avions des gouvernements responsables qui diraient qu’il n’y a pas de problème, comme Madame Merkel l’a fait, le problème ne se poserait pas" précise M. Hensmans.

Heureusement, souligne Amnesty dans son rapport 2017/18, ces injustices, ces discours de haine ont aussi produit des mouvements citoyens, réunissant des militants débutants et chevronnés, qui mènent campagne en faveur de la justice sociale. "Les citoyens prennent les choses en main, que ce soit lors de la marche mondiale contre les violences faites aux femmes ou les (récentes) manifestations contre les ventes d’armes devant les écoles américaines ou encore pour accueillir des migrants. Cela montre que si les gouvernements faisaient ce travail, personne n’en parlerait et on ne serait pas en permanence obligés de lutter contre ces préjugés. On voit cela à travers toute l’Europe", explique le directeur d’Amnesty en Belgique.

"Si l’Union européenne ne peut pas le faire, il devrait y avoir des pays européens qui prennent le lead et disent : ‘Maintenant ça suffit.’ Si la Belgique veut vraiment une place au Conseil de sécurité, il est temps qu’elle montre que sa voix compte et qu’elle peut défendre les valeurs des Nations unies", lance M. Hensmans.

Dans son rapport, Amnesty critique pourtant l’action des Nations unies. Celles-ci ont révélé, mentionne le rapport, la "calamiteuse impuissance" de la communauté internationale à résoudre les situations propices aux pires atrocités de masse. La crise migratoire des Rohingyas, cette minorité ethnique de confession musulmane de Birmanie soumise à un nettoyage ethnique militaire, fut l’une des plus flagrantes illustrations de cet échec.

Une crise de gouvernance mondiale

Pour Philippe Hensmans, il y a une crise de gouvernance mondiale. "On ne sait pas très bien quoi faire des Nations unies. Et Trump est en train de les saborder", souligne-t-il, entre autres en réduisant le financement américain de l’Unesco et celui de l’agence pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). "Et puis, le Conseil de sécurité est bloqué dès que les intérêts de ses membres permanents sont en jeu."

Bien sûr, le travail des mouvements citoyens, des ONG est aussi réprimé, comme en Egypte par exemple. On voit, là comme ailleurs, que certains gouvernements avancent le critère de la "sécurité nationale" afin de volontairement mettre entre parenthèses les droits de l’homme ou les valeurs qui sous-tendent ceux-ci.