Belgique

Het is nee ! C’est non !" Comme on pouvait s’y attendre, il y a eu une noria de réactions plus négatives les unes que les autres contre la volonté d’une majorité flamande du Sénat de remettre à l’agenda la délicate question de l’amnistie, et cela dans le sillage du Vlaams Belang, à l’encontre de toute forme de cordon sanitaire.

Les réactions les plus fermes ne sont pas venues de la Belgique francophone. Ainsi, Pieter-Paul Baeten, rescapé de Buchenwald et président du Groupe Mémoire qui réunit les anciens prisonniers politiques et raciaux, a décidé d’interpeller directement tous les présidents de partis flamands, à l’exception de Groen ! qui a rejeté la prise en considération de la proposition de loi. "En prenant en considération l’amnistie, leur dit cet ancien entré en résistance à 16 ans et déporté un an plus tard, vous montrez, une fois encore, votre peur des extrémistes flamands de la N-VA et du Vlaams Belang. Bientôt, les collaborateurs d’hier seront reconnus comme des héros, eux qui étaient les bourreaux à Breendonk. Eux aussi qui sont partis sur le front de l’Est et ont violé les droits de l’homme en Russie. Ils ont honoré la dictature et ont levé les armes contre la démocratie. Nous les résistants, les prisonniers politiques, les orphelins de guerre, nous nous demandons pourquoi tant de nos frères ont été torturés , exécutés et ne sont pas revenus des camps de concentration !" Et d’ajouter : "Eux n’ont pas collaboré mais se sont battus contre l’occupant et contre la dictature qui mettait fin à nos libertés démocratiques. Pourquoi encore parler de l’amnistie ? La loi Vermeylen a réhabilité les inciviques, leur a rendu leurs droits, à la condition de reconnaître et de regretter, par écrit, leur collaboration. Sinon, comment un ancien SS flamand, qui s’est battu au front russe, aurait-il pu siéger dans nos assemblées démocratiques?" Précision : il s’agit d’Oswald van Ooteghem, qui fut sénateur pour la Volksunie...

Du côté de la communauté juive, l’indignation n’est pas moins grande : le Forum des organisations juives installé à Anvers s’est dit stupéfait par la prise en considération de la proposition du Belang, car l’amnistie reste "onbespreekbaar". "En parler serait une gifle aux survivants. De plus, cela salirait la mémoire des victimes" dit le Forum, qui ajoute qu’"il n’y a presque plus d’inciviques en vie et cette proposition démontre qu’elle ne repose que sur une volonté de briser un tabou". Et de conclure qu’"un débat sur l’amnistie est tout aussi impensable qu’une libération anticipée de Marc Dutroux"... Pour "Présence juive pour la Mémoire", qui fédère l’Union des anciens résistants juifs de Belgique, l’Union des déportés juifs - filles et fils de la déportation, la Continuité de l’Union des anciens résistants juifs de Belgique et l’Enfant caché, "la réhabilitation des inciviques a pour conséquence le gommage du crime, et il faut dès lors craindre à terme l’allégation de l’inexistence des victimes".

Le hasard de l’actualité veut que mercredi prochain ait lieu à l’Université de Gand la soutenance d’une thèse de Koen Aerts intitulée "Repressie zonder maat of einde?" sur "la réintégration juridique des inciviques dans l’Etat belge après la Seconde Guerre mondiale". Son promoteur, le Pr Bruno De Wever, signale que "certains aspects des recherches menées dans ce cadre nuancent, voire contredisent certaines dispositions de la proposition de loi du VB, notamment en ce qui concerne la question des dommages et intérêts versés par ceux qui ont été convaincus de faits de collaboration. Plus clairement, l’affirmation selon laquelle la somme de 10 millards de francs aurait été versée et le fait que "pratiquement tous les dommages et intérêts ont entre-temps été payés à l’Etat" méritent largement d’être rectifiés" . Une précision intéressante venant d’un des meilleurs spécialistes de la question en Flandre...