Belgique

RÉCIT

A l'aube de l'an 2000, la question des vols de nuits à partir de l'aéroport de Bruxelles-National avait déjà valu une sérieuse crise à la coalition arc-en-ciel. Isabelle Durant, ministre écolo des Transports, avait proposé leur interdiction pendant une plage horaire nocturne. Une initiative qui avait suscité un véritable tollé. Pour la première fois, le Premier ministre, Guy Verhofsdat, confisque le dossier à la ministre des Transports.

De revendications en coups de gueule, le problème récurrent des nuisances sonores a débouché sur un premier accord concentrant les vols de nuit sur la périphérie flamande. Mais, la Région flamande va très vite dénoncer cet accord, répondant à l'exaspération des habitants du Noordrand, furieux d'être les tristes bénéficiaires de ce détournement sonore.

Dispersion

Un nouvel accord concocté par le comité de concertation (qui réunit les régions, les communautés et le fédéral) voit donc le jour le 24 janvier 2002. Celui-ci prévoit en substance une dispersion des vols de nuit via de nouveaux corridors aériens, dont une trajectoire bruxelloise pour 3 vols. Cet accord-cadre s'architecturait sur des projets de routes qui devaient recevoir l'accord du Comité de concertation, après évaluation et approbation des experts. Un accord qui contenait aussi comme principe cardinal: la réduction maximale des survols à basse altitude des zones les plus densément peuplées.

A la mi-février, Belgocontrol (organe de contrôle de l'espace aérien belge) rendait une première proposition de tracé pour la capitale. Celle-ci essuiera un refus de la ministre des Transports pour motifs de sécurité. Elle survolait un site classé «Seveso», à savoir le gazier terminal de Shell à Neder-over-Heembeek. De nouvelles alternatives sont alors proposées mais qui survolent des quartiers densément peuplés de Bruxelles. Isabelle Durant demande alors aux autorités de la Région bruxelloise de se prononcer sur ces propositions. La semaine dernière, les choses se précipitent. Belgocontrol prend l'initiative - à l'invitation pressante du Premier ministre, mais sans l'autorisation de la ministre de tutelle, Isabelle Durant - de publier une nouvelle route bruxelloise dans des revues internationales, à destination des pilotes et des compagnies aériennes.

Furieuse, la ministre des Transports suspend la publication, rendant caduc ce nouveau tracé. Colère de Guy Verhofsdat qui intime l'ordre à l'administration de l'aéronautique de lever la suspension ordonnée par la ministre. Le ton monte.

Bras de fer

La ministre des Transports tient tête au Premier ministre, écrit à son administration pour rappeler qu'elle n'a d'instruction à recevoir de personne d'autre qu'elle. En d'autres termes, elle maintient son avis de suspension, arguant - par ailleurs - du fait qu'elle attend toujours le feu vert de la Région bruxelloise. Guy Verhofsdat se fait alors plus menaçant qui lance un ultimatum de 24 heures à la vice-Première pour s'exécuter sous peine de démission.

Le président du parti socialiste, Elio Di Rupo, entre à son tour en piste. Il propose un nouveau tracé pour Bruxelles qui contourne un peu plus le site «Seveso» et les quartiers les plus peuplés. La proposition PS atterrit sur la table d'un conseil des ministres convoqué en urgence dimanche après-midi. Ce nouveau tracé reçoit l'approbation téléphonique de Belgocontrol et du ministre-président de la Région bruxelloise. Mais, Isabelle Durant refuse cette proposition et demande un délai de 24 heures pour l'étudier.

Délai refusé. La ministre écolo quitte la table. Laurette Onkelinx hérite des compétences aéronautiques d'Isabelle Durant, avec pour mission de rendre opérationnel le nouveau tracé. La ministre des Transports et son collègue écolo le secrétaire d'Etat à l'Energie, Olivier Deleuze démissionnent.

© La Libre Belgique 2003