Belgique

L'ancien diplomate franco-belge André Adam, 79 ans, est décédé dans les attentats survenus à Bruxelles. Raoul Delcorde, ambassadeur de Belgique à Ottawa (Canada), lui rend hommage :


L’ambassadeur André Adam a été tué lors de l’attentat perpétré à l’aéroport de Bruxelles le 22 mars. Je ne retracerai pas ici la brillante carrière de ce grand ambassadeur, qui représenta si bien la Belgique à Alger, Kinshasa, Washington et à l’ONU à New York, pour citer quelques-uns de ses postes diplomatiques. Mais, ayant servi à ses côtés à Washington entre 1996 et 1998, je voudrais rendre hommage, avec beaucoup d’émotion, à un diplomate éminent, qui a contribué à consolider la place de la Belgique dans le monde. Esprit cosmopolite d’une grande culture, il savait, avec son épouse Danielle, réserver une exquise hospitalité à tous ceux qui lui rendaient visite, outre-Atlantique ou en Afrique. C’était d’abord et avant tout un homme d’écoute. Que ce soit dans ses fonctions de directeur général de la politique (une des fonctions centrales au ministère) ou à Washington et à New York, il était très attentif à ce que lui disaient ses collaborateurs, bien loin des clichés de l’ambassadeur enfermé dans son Olympe. Et lorsque l’initiative émanait d’un adjoint, André Adam n’hésitait pas à reconnaître les mérites de celui ou celle qui en était l’auteur. Tant mon collègue Johan Verbeke (aujourd’hui ambassadeur à Washington) que moi-même, faisions chaque matin un tour d’horizon des questions du jour dans le grand bureau qu’occupait André Adam à l’ambassade puis nous repartions vers nos tâches respectives, disposant d’une réelle marge de manœuvre mais assurés en même temps qu’il nous ferait bénéficier de son remarquable réseau au Congrès, au Département d’Etat et à la Maison Blanche. Et s’il convenait de modifier un télégramme diplomatique, cela se faisait toujours dans la bonne humeur car c’était un homme jovial et affable.

Il incarnait parfaitement ce que nous désignons dans notre métier par le terme de « all weather diplomat », un diplomate pour tous les temps. Il était disponible sept jours sur sept, et aussi bien en temps de crise que dans des situations moins dramatiques. Si les relations belgo-américaines durant la seconde moitié des années 1990 étaient (et sont restées) excellentes, elles pouvaient parfois être affectées par des éléments externes, comme dans le domaine de la politique commerciale européenne sur la question des organismes génétiquement modifiés. J’ai le souvenir de démarches répétées où à force de persuasion nous parvînmes à exclure les exportations belges de la liste des produits soumis à des droits d’entrée prohibitifs…

En un temps où la diplomatie économique n’était pas aussi pratiquée qu’aujourd’hui André Adam m’apprit l’importance de mobiliser toutes les ressources d’une ambassade pour défendre les intérêts de nos entreprises. Et l’on en retire souvent des résultats bien plus tangibles qu’après de longues réunions sur la révision d’un article d’un traité. La relation bilatérale est un peu le « sel » de la diplomatie et l’ambassadeur Adam savait lui donner toute sa saveur.

Au soir d’une carrière bien remplie, l’ambassadeur Adam se retira dans un village de Gascogne. Et là aussi, comme dans ses nombreux postes diplomatiques, par sa grande simplicité et son humilité, par sa capacité d’écoute des gens, quelle que soit leur proximité avec lui, il nous a révélé l’unité d’une existence. Quel cruel paradoxe, dès lors, qu’un homme qui a œuvré pour la paix et le rapprochement des peuples, meurt à cause de fanatiques…

De cette vie, je voulais en ces moments de tristesse mais aussi de reconnaissance, et en pensant à sa famille, porter témoignage.

Raoul Delcorde, ambassadeur de Belgique à Ottawa (Canada).