Belgique

Disparu à l'aube de jeudi, et de ses 70 printemps, André Damseaux restera une personnalité énigmatique de nos annales. Libéral pur jus, il avait ce profil de notable qui détonna à mesure que le libéralisme se diversifia. Fédéraliste wallon de la première heure, il n'en parut pas moins davantage à l'aise au PLP d'Omer Vanaudenhove qu'au PRL de Jean Gol. Et s'il détint des postes clés, ce fut sans jamais s'imposer vraiment sur le paysage politique.

Issu de l'ex-bourgeoisie lainière verviétoise, cet anticlérical notoire est d'abord commerçant et correspondant de presse (pour "La Meuse"), tout en étudiant les sciences diplomatiques et politiques. La carrière politique prévaut vite : conseiller communal dès 1965, parlementaire dès 1971. Lorsque la famille libérale implose, y compris entre Wallons et Bruxellois, il s'impose à la présidence du PLPW, fin 1973, à 37 ans, de justesse (51 pc) sur le Montois Léon Hannotte. Le choc vient d'ailleurs, de ce RW qui les a dépassés dans les urnes : après avoir lorgné vers le PSC, les Perin, Gol et Knoops font une OPA sur les restes du parti libéral, y trouvant à la fois à dynamiter le Rassemblement et à booster ce qui devient le PRLW. Affaiblis, ouverts, convergeant idéologiquement avec les nouveaux venus, les libéraux se font volontiers phagocyter. Mais c'est peu dire qu'ils sont bousculés - à l'instar d'un Michel Toussaint, décédé cette semaine aussi. Damseaux, lui, sera suffisamment souple ou malin pour prendre la présidence du nouveau parti, fin 1977 : assez libéral pour rassurer les anciens, assez wallon pour donner des gages aux nouveaux. Même si l'on sait que le patron n'est pas lui, mais Gol; et que la génération qui monte et qui compte n'est déjà plus la sienne.

Serait-ce pour dix mois seulement, Damseaux est même le ministre-Président du premier exécutif wallon, installé à la proportionnelle, en 1982. La roue tourne lorsqu'il "monte" au fédéral, chez Martens V, comme ministre francophone de l'Education. Serait-ce la fin maudite de l'enseignement encore national, le temps ingrat de Val Duchesse, son goût pour la provocation, une propension aux maladresses ? Le chef doit le démissionner, voilà juste 20 ans. Lui s'en répandra ouvertement sur "une forme d'autoritarisme du clan Gol"... Et s'il se console l'année suivante en emportant le maïorat de Verviers, ce ne sera que pour 6 ans.

Autant de manoeuvres et aléas que ce bridgeur de compétition, grand voyageur et polyglotte à l'accent épais, aura surmontés de penchants bons vivants prononcés, non sans cynisme, plate rigolade ou profonde autodérision.