Anne-Marie Lizin est incontrôlable

Paul Vaute Publié le - Mis à jour le

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En terres hutoises, le PS se range toujours comme un seul homme derrière Anne-Marie Lizin quand elle est confrontée à l'adversité, ce qui lui arrive fréquemment ces temps-ci.

Du coup, vue de loin, la rébellion de l'échevine socialiste en charge de l'Enseignement et des Ressources humaines a de quoi surprendre. Micheline Toussaint, contre laquelle l'Union socialiste communale a demandé une procédure disciplinaire, n'en persiste et n'en signe pas moins : oui, des tracts électoraux pourraient bien avoir été distribués, lors de la dernière campagne, par des employés communaux pendant leurs heures de travail.

Cette brèche singulière dans la forteresse lizinienne n'est pourtant pas sans précédent. On se souviendra qu'en mai 2006, un projet de maisons en bois à Ben-Ahin suscita la fronde de trois échevins PS qui claquèrent même la porte du collège. Parmi eux figurait déjà Micheline Toussaint. Et ce n'était pas la première fois que celle-ci défiait ouvertement la dame de fer de la Cité du Rondia. Tout sépare cette mandataire très BCBG, issue du milieu scolaire, de celle qui mérite chaque année un peu plus son surnom de Madame Sans-Gêne. Et qui était toujours, mercredi, officiellement "absente".

Pour l'heure, outre l'enquête administrative décidée par le collège et confiée au secrétaire communal controversé Michel Borlée, la nouvelle affaire Lizin se trouve dans les mains du PS et du ministre wallon de l'Intérieur.

A l'Intérieur

Philippe Courard a reçu de l'opposition hutoise une demande d'intervention "urgente" au chevet d'une démocratie communale "malade". On disait hier, à son cabinet, attendre son retour de voyage pour prendre attitude. Mais elle ne sera sans doute pas différente de celle qui fut adoptée quand le bourgmestre de Saint-Nicolas Patrick Avril fut, lui aussi, accusé d'affecter du personnel et des moyens communaux à ses intérêts électoraux. "Dès qu'on a vent de problèmes, par la presse ou par l'opposition, le ministre Courard demande automatiquement à l'administration d'ouvrir une enquête", précise son porte-parole David Grasso. Et si la justice se saisit de l'affaire ? "L'enquête judiciaire prime sur la nôtre. On transmet alors toutes nos pièces aux enquêteurs."

Au PS

Dans les instances socialistes hutoises, comme on l'a dit, c'est à l'échevine accusatrice et non à la bourgmestre accusée que des comptes seront demandés. La procédure, ici, passera par la commission de vigilance. "C'est un comité composé de sages, nous dit le président de la fédération du PS de Huy-Waremme Serge Manzato. Il agit toujours en entendant toutes les parties. Si des faits répréhensibles sont reprochés à des mandataires socialistes, il est normal que des comptes leurs soient demandés." Le chef de cordée n'entend pas, bien sûr, prendre position pour l'heure. "Mais cette affaire m'ennuie, admet-il. C'est l'image de nos structures qui en souffre, alors qu'il y aurait beaucoup mieux à faire."

La procédure peut-elle aller jusqu'à l'exclusion du Parti ? Oui, si les faits sont extrêmement graves. En siégeant comme indépendante ou en passant à l'opposition, Micheline Toussaint ne renverserait pas une majorité confortable (17/28). Autre voie : la motion de méfiance individuelle contre l'échevine, qui impliquerait que la majorité du PS comme du MR suive (voir encadré). Les échevins libéraux, menés par Isabelle Lissens, répètent pour l'heure qu'ils n'entreprendront rien tant qu'il n'y aura pas de preuves. Mais si celles-ci apparaissent et se révèlent irréfutables, il sera bien difficile, dans les rangs bleus, de ne pas se souvenir du temps où, lors de l'affaire de la lettre à la magistrate liégeoise par exemple, la même Isabelle Lissens, depuis son banc de l'opposition, lançait à Anne-Marie Lizin : "Votre mépris a franchi les limites de notre bonne ville."

Paul Vaute

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