Belgique

Quatre militaires actifs et un colonel en repos comparaissaient lundi devant le tribunal correctionnel d'Anvers pour entrave à la circulation et constitution de bande. 

L'année dernière, ils auraient sciemment provoqué des embouteillages dans le tunnel Kennedy à Anvers pour protester contre le matériel vétuste de l'armée. Le ministère public a requis des peines d'emprisonnement jusqu'à six mois avec sursis et 4.000 euros d'amende.

Deux véhicules de l'armée s'étaient arrêtés dans le tunnel Kennedy le mercredi 17 mai 2017 vers 07h00. Le premier, en direction d'Anvers, parce que son conducteur Eddy H. (52 ans), avait eu un malaise et le second -avec à son bord Pieter D. (53 ans) et Christiaan K. (52 ans)-, en direction de Gand, à cause d'une panne. 

Les bouchons qui s'étaient formés à la suite de l'incident avaient notamment causé une collision impliquant trois camions et un énorme chaos.

Peu après les faits, plusieurs journalistes avaient interrogé le service de presse de la police pour savoir si les véhicules s'étaient volontairement arrêtés en guise de protestation syndicale.

Une enquête avait alors été ouverte. Selon le ministère public, il semblerait en effet que la panne ait bien été orchestrée et qu'elle était tout sauf une coïncidence. "Avant que les véhicules ne s'arrêtent dans le tunnel, Marc F. - pour lequel la mission de transport a été réalisée - et Christiian K. se sont envoyé les SMS suivants: 'Est-ce que le timing est faisable?', 'la voie de circulation la plus à droite' et '5 minutes trop tôt' pour finalement tomber en panne cinq minutes plus tard sur la bande de circulation la plus à droite. 

Des images de vidéosurveillance du tunnel montrent par ailleurs que le camion est reparti 20 minutes plus tard sans qu'aucune réparation n'ait été effectuée au véhicule", indique le procureur Ben Theunis.

Le fait qu'Eddy H. ne se soit pas senti bien exactement au même moment dans le même tunnel, mais dans la direction inverse a également éveillé les soupçons du procureur.

Le ministère public a requis pour Eddy H., Pieter D., Christiaan K. et Marc F. quatre mois de prison avec sursis et pour l'ancien colonel Roger Housen -qui depuis sa retraite en 2017 est engagé auprès du syndicat militaire CGPM et qui aurait mis en place les actions menées- une peine d'emprisonnement de six mois de prison avec sursis.

"La Défense a le droit de mener des actions de protestation, mais il y a des limites. Immobiliser des véhicules en pleine heure de pointe, avec pour conséquence une collision en chaîne, c'est poussé le bouchon un peu trop loin. Heureusement, il n'y a pas eu de blessé", a souligné le procureur.

Les prévenus ont reconnu qu'ils avaient effectivement entrepris des actions ce matin-là pour exprimer leur mécontentement, mais ils n'ont jamais eu l'intention d'entraver la circulation. 

"Nous voulions accrocher des banderoles dans le tunnel Kennedy et avions prévenu la presse à l'avance, mais lorsque le camion est tombé en panne, on a dû annuler l'opération", s'est défendu le colonel à la retraite. Il a ensuite déroulé, dans la salle d'audience du tribunal, l'étendard en question sur lequel il était écrit " Les militaires en ont plus que marre!".

L'avocat Tim Fosté a fait valoir que son client Pieter D. avait bien effectué des réparations à son camion, mais que ce n'est pas visible sur les images de vidéosurveillance. De sonc côté, Eddy H. ne s'était pas senti bien à cause de problèmes de tension, ce qu'il peut prouver par un certificat médical, a indiqué son conseil Walter Damen.

Tous les prévenus ont demandé l'acquittement. Ils ont reçu le soutien d'une cinquantaine de militaires présents à leur procès.