Belgique

Fin octobre 1914, la Belgique entrait pour quatre ans dans la guerre des tranchées sur les bords de l’Yser. Il était donc plus que logique qu’un siècle après, l’inondation du Westhoek mais aussi l’héroïsme quotidien vécu sur le front par les troupes alliées comme ennemies soit le deuxième temps fort des célébrations officielles belges.

Un hommage en deux temps : d’abord, là même où il fut décidé d’ouvrir les écluses à Nieuport mais aussi à Ypres qui paierait encore un lourd écot à la Grande Guerre avant fin 1918.

Sous le regard d’Albert Ier juché sur son cheval, plus Roi Chevalier que jamais, et en présence du roi Philippe et de la reine Mathilde mais aussi de plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement dont la moindre ne fut pas Angela Merkel ainsi que des représentants de 83 pays, c’est une émouvante cérémonie finalement très européenne que l’on a vécue.

Ensemble contre les nouvelles menaces

Comme si tous ces dirigeants d’aujourd’hui ont voulu montrer que si la barbarie menaçait de l’emporter voici un siècle, aujourd’hui c’est ensemble que les belligérants d’hier s’unissent à leur tour contre de nouvelles menaces.

Comme l’a dit le roi Philippe en conclusion de son discours "alors qu’ailleurs retentissent de nouveaux canons, nous saisissons le flambeau que nous tendent ceux qui nous ont précédés"…

Auparavant, le chef de l’Etat avait rendu hommage à son arrière-grand-père mais aussi à l’armée belge qu’Albert Ier avait finalement engagée aux côtés "des vaillantes armées françaises et anglaises" à partir du 8 octobre 1914. Le roi Philippe a rappelé comment il avait été décidé d’inonder la plaine de l’Yser mais il ajouta surtout que "le sang versé sur les plaines de l’Yser et lors des batailles d’Ypres et de Dixmude allait permettre de donner un coup d’arrêt définitif à l’invasion" .

La douleur de tous les pères et mères

Mais le Roi a encore ajouté que "tous les soldats vivront la même misère" . Et de rappeler qu’"au cimetière allemand de Vladslo près de Dixmude, les statues des parents en deuil sculptées par Käthe Kollwitz, mère d’un soldat tombé au combat expriment avec force la douleur de toutes les mères et de tous les pères" .

Enfin, on retiendra encore de son allocution son hommage appuyé aux soldats congolais trop souvent oubliés dans les commémorations.

Autre discours fort : celui de la chancelière allemande Angela Merkel qui a souligné l’honneur qui lui avait été fait de participer à cette commémoration alors que le président allemand avait participé à celle du 4 août à Liège.

L’hommage de Merkel

Elle a aussi précisé qu’après la Seconde Guerre mondiale, la Belgique avait été la première nation à tendre la main à l’Allemagne. Depuis lors, cette amitié est devenue pérenne et pour la chancelière allemande, le choix de Bruxelles comme siège des institutions européennes est particulièrement approprié.

A ces prises de parole impressionnantes auxquelles il faut joindre, par ministre de la Défense (Jean-Yves Le Drian) interposé, "un message de reconnaissance et de solidarité" à la Belgique du président français, François Hollande ont répondu des moments poignants comme la lecture de témoignages d’un soldat allemand, d’un soldat francophone et d’un soldat flamand.

Un temps de circonstance

Ou encore la projection sur fond d’un extrait du "Requiem" de Camille Saint-Saëns, d’un film préparé par le major Mark Damen, malheureusement disparu il y a quelques semaines.

On avait espéré une journée plutôt douce mais la persistance du brouillard l’avait rendue presque hivernale. Et c’est donc sous un vent particulièrement frisquet qu’on a vu se produire la jeune cantatrice Fabienne Conrad dans la "Chanson à la lune" extraite de "Rusalka" de Dvorak alors que le célèbre chœur de jeunes filles Scala interprétait un chant pacifiste du début des années 60 de Pete Seeger. Symbolique : cette chanson se fit surtout connaître par les interprétations de deux artistes qui ont marqué la Seconde Guerre, Vera Lynn et Marlène Dietrich…

Enfin, la cérémonie se termina par l’hommage du roi Philippe à son arrière-grand-père et à son armée. Un dépôt de couronne ponctué par 14 coups de canon par une unité d’artillerie de Brasschaat qui s’étendirent bien loin sur la région environnante.

Du ciel tombèrent ensuite des feuilles de coquelicots, autre référence incontournable de la Grande Guerre immortalisé par le poème du lieutenant-colonel John McCrae qui serait interprété à Ypres…


Un absent : le ministre de la Défense N-VA…

Contraste. La chancelière allemande Angela Merkel a exprimé vivement sa reconnaissance envers la Belgique d’avoir été invitée aux commémorations marquant les cent ans de la bataille de l’Yser et de la première bataille d’Ypres. "En prenant en compte tout ce qu’il s’est passé, toutes les souffrances que les Allemands ont infligées aux Belges lors des deux Guerres mondiales, […] cette invitation n’est pas quelque chose qui devait être considéré comme garantie", a fait observer la chancelière, dans son allocution. Une prise de parole forte qui contrastait avec l’absence plutôt remarquée du ministre de la Défense belge, Steven Vandeput tout comme celle du vice-Premier ministre Jan Jambon qui aurait, à la limite, pu le représenter… L’ancien ministre socialiste de la Défense, André Flahaut a vivement déploré cette absence de tout ministre de la N-VA face à "La Libre" et ce alors que les autres partis de la "suédoise" "étaient représentés par un voire deux membres du conseil des ministres : Charles Michel et Didier Reynders pour le MR, Koen Geens et Pieter De Crem pour le CD&V et Bart Tommelein pour l’Open VLD. Certes, le président de la Chambre, Siegfried Bracke était lui bel et bien présent mais du côté de l’opposition socialiste, on nous rétorquera qu’il y avait aussi deux présidents d’assemblée, Charles Picqué (Bruxelles-Capitale) et Karl-Heinz Lambertz (Communauté germanophone). Reste à vous dire que Steven Vandeput a argué qu’il avait réservé ses vacances de longue date et ne pouvait donc être de la partie… Minable ?


La Grande Guerre fut vraiment mondiale à Ypres aussi

Après Nieuport, c’est Ypres qui s’est souvenu des événements d’il y a un siècle. Une cérémonie qui s’est déroulée à la Porte de Menin où depuis la fin des années 1920 est sonné tous les jours un "Last Post" en hommage aux soldats britanniques et du Commonwealth tombés pendant la Première Guerre mondiale. Une cérémonie répétitive banalisée qui s’est déroulée près de 30 000 fois ? Pas vraiment, tous les jours encore le souvenir de la Grande Guerre marque ici les esprits. Et lors de chaque commémoration, c’est le moment de se souvenir du passé pour qu’il ne se reproduise pas. Les temps forts ici furent la méditation commune des représentants des religions et de la laïcité et l’intervention du gouverneur du Canada, David Johnston. Le Premier ministre Charles Michel a rendu hommage "aux très nombreux soldats d’Afrique, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Asie et d’Océanie qui sont venus combattre dans nos plaines, entraînés malgré eux dans un conflit qui leur était étranger". Il a aussi interpellé les générations futures qui devront "transmettre le devoir de mémoire" mais a aussi tiré les leçons de la Grande Guerre : "On ne peut faire l’économie de rappeler que la paix a un prix, qu’elle demande un investissement et des sacrifices de la part des hommes."

Un antidote au repli sur soi et à l’égoïsme

Il a conclu par un appel à la paix, "un effort constant à promouvoir sans cesse, partout et à tous les niveaux" . Comme citoyen et comme responsable politique. "Quand la colère, l’égoïsme ou le repli sur soi surgissent, il est bon de se souvenir de ces hommes et de ces femmes qui ont souffert ou sont morts à Ypres et dans les nombreux champs de bataille qui l’entourent..."