Belgique

La nouvelle tombait ce lundi matin dans les colonnes du quotidien “Het Laatste Nieuws”. Le chauffeur de la camionnette à bord de laquelle Mawda, cette petite kurde de deux ans, a perdu la vie en mai, a été arrêté en Angleterre. Celui-ci s'était glissé parmi les passagers, rendant son identification compliquée. L’interpellation d’un suspect a été confirmée par le procureur du Roi de Mons. Le quotidien flamand cite une source anonyme, selon laquelle il s’agirait d’un Irakien âgé de 25 ans. Son ADN, correspondant aux tissus retrouvés sur le volant et sur le levier de vitesse, l’a trahi. “Madame le juge d’instruction a, sur base de cette expertise scientifique, lancé un mandat d’arrêt européen. Les autorités britanniques ont, ce 25 juillet 2018, interpellé et arrêté cette personne qui sera remise aux autorités judiciaires belges conformément au mandat d’arrêt européen”, explique le procureur du Roi de Mons, Christian Henry, dans un communiqué. Incarcéré au Royaume-Uni, il fait l’objet d’une demande d’extradition de la part des autorités judiciaires belges.

Un maillon dans la chaîne du trafic 

Ali et Amir, les parents de Mawda, ont appris l’arrestation du conducteur ce matin, via la presse. Selma Benkhelifa, leur avocate, s’en offusque… Même si ça ne l’étonne presque plus. Pour rappel, quand leur petite fille est décédée, après avoir reçu une balle dans la joue, ses parents étaient derrière les barreaux. Ils n’avaient pas été autorisés à monter dans l’ambulance. “Nous n’avons pas encore eu une longue discussion”, rétorque-t-elle, sur la possibilité pour les parents de demander le statut de victimes de trafic d’êtres humains. “Evidemment, nous sommes contents de voir que l’enquête avance. Mais on espère qu’elle ne s’arrêtera pas qu’à cette personne.”

Pour l’avocate, le conducteur de la fourgonnette pourrait n’être qu’un des maillons de la chaîne du trafic d’êtres humains. “Une petite main qui paie le réseau en nature en conduisant la camionnette, parce qu’il n’a pas l’argent pour se payer le voyage jusqu’en Angleterre. Ca ne fait pas de lui le chef du réseau”. Selon notre enquête sur les réseaux de trafiquants d’êtres humains, cette pratique n’est en effet pas rare. Le parquet crierait-il donc victoire trop vite ? “Ils ont trouvé le conducteur. Et alors ? Il ne représente pas le réseau, qui peut par ailleurs en trouver des centaines d’autres, de chauffeurs. Ca ne règle en rien le problème que pose le trafic d’êtres humains”, ajoute-t-elle, amère.

Même son de cloche chez Laurent Kennes, l’avocat du policier qui a tiré. “Cette arrestation est une bonne chose et j’espère qu’il va collaborer. Evidemment, il est responsable de ses actes. Mais la crainte dans ce genre de cas, comme dans un tas d’affaires de traite ou de trafic d’êtres humains, c’est que cet homme ne soit qu’un rouage… C’est en tout cas ce que son profil laisse croire.”

Le procureur général de Mons, Ignacio de la Serna, a déclaré à la VRT que s’il apparaît que l’homme est bien le chauffeur de la camionnette, il serait tenu pour responsable du décès.