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Portrait

Elio Di Rupo, l'Empereur

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 21/05/2003

Charmeur, habile négociateur, ambitieux, grand communicateur, autoritaire et faux modeste, Di Rupo est un gagneur.

Il descend de sa voiture, enfile son veston, accroche à sa large bouche son meilleur sourire, empoigne ses dossiers et à pas vifs, entre au Parlement pour y présenter son programme d'informateur, précédé d'une meute de caméramen et de photographes. Il aime, cela. Non, il adore cela. Être le premier, la star du jour, l'homme dont on parle. L'ambition, il en a à revendre, depuis toujours. Mais il joue au modeste, comme si les événements avaient décidé pour lui. C'est faux. L'histoire, il veut la dominer. Chez lui, rien n'est laissé au hasard. Il veut tout maîtriser. Il est remarquablement organisé et s'entoure des meilleurs collaborateurs qu'il cueille dans tous les milieux. C'est aussi un travailleur. Tous ceux qui l'ont côtoyé louent sa force de travail, sa capacité de conviction. Son perfectionnisme aussi, qui frise l'obsession. Modeste? Non l'homme ne l'est pas, mais il feint d'être indifférent aux compliments, aux honneurs.

Fin politique, habile négociateur, il maîtrise plus que tout autre l'art de la communication, au point de devenir irritant, avec son éternel sourire figé, ses oeillades automatiques et ses «bonjour à vos auditeurs». Mais ça marche: son langage est limpide. Ses phrases courtes et percutantes. On le comprend. Il dit accepter la critique mais déteste en fait la contradiction. Il peut aussi «péter les plombs» et aller jusqu'à insulter vulgairement un animateur de télévision lorsque celui-ci a eu l'outrecuidance de lui poser une question jugée dérangeante.

A force d'exiger toujours plus de lui et des autres, il est devenu un rien autoritaire. L'entreprise PS doit tourner autour de lui. Et ça marche. Le PS, société en perdition hier, est aujourd'hui en pleine refondation. Rien ne l'arrête. Un jour il s'attaquera aux fédérations régionales, ces vieux bastions conservateurs qui bloquent son action. Car on obéit aujourd'hui au patron. Le mot est faible. Ceux qui l'aiment lui vouent une véritable admiration, une sincère dévotion. Il est tout simplement l'Empereur. Comme le fut son illustre prédécesseur, Guy Spitaels, il y a seize ans, avant de tomber de son piédestal.

Elio Di Rupo ne commettra pas les mêmes erreurs. Il se sent fort mais prudent. Lorsqu'en 1996, une ignoble campagne de presse, donnant crédit aux affabulations d'un jeune homosexuel mythomane, le traîne dans la boue et l'accuse de pédophilie, il fait face et organise sa défense pour mieux asseoir une innocence qui sera reconnue par tous. Mais la campagne l'aura touché, blessé.Être informateur aujourd'hui? La consécration pour ce fils d'immigré italien qui a perdu son père à l'âge d'un an. C'était en juillet 52. Sa mère, à laquelle il vouait une véritable vénération, dut élever seule la famille de 7 enfants.

Pas facile, à l'époque, de se frayer un chemin scolaire dans une Belgique pas toujours très accueillante. Un jour, un professeur lui dit: «Tu vaux quelque chose, Di Rupo». C'est la première fois que l'on s'intéresse réellement à lui.

Grâce à une bonne scolarité, l'ascenseur social fonctionne. Il termine son cursus d'étudiant à l'Université de Mons où il décroche un doctorat en Sciences.

Son parcours politique commence en 1982, lorsqu'il devient conseiller communal de la ville de Mons, puis échevin. Il fait ses premières armes au cabinet de Jean-Maurice Dehousse, alors ministre régional wallon, puis est bombardé chef de cabinet adjoint de Philippe Busquin, ministre régional wallon lui aussi. A Mons, tout le monde n'apprécie pas la progression fulgurante de ce jeune blanc bec arrogant. La fédération du Borinage s'en plaint. Il se heurte aussi violemment à l'ancien bourgmestre de Mons, Maurice Lafosse. Le duel prend de l'ampleur. Pour faire tomber la pression, Guy Spitaels l'envoie au Parlement européen puis le fait revenir au pays en 1992 et lui propose de relever un défi d'enfer. Pour calmer les enseignants, embarqués dans d'interminables grèves, Di Rupo est nommé ministre de l'Education en Communauté française. Son charme joue: il met les enseignants dans sa poche. Il accède en 94 au poste de vice-Premier ministre, jusqu'en 99. Puis il se bombarde ministre-Président de la Région wallonne, avant de prendre le destin du PS en mains. Il prendra sa revanche aux communales de 2000 où il sera triomphalement élu premier citoyen de la ville de Mons.

Bon vivant, les restaurants de la capitale n'ont plus de secret pour lui. Il ne se trompe jamais quand il commande un vin, «quelque chose de bon», mais est moins regardant sur le contenu de l'assiette et considère souvent les couverts comme des ustensiles surperflus.

S'arrêtera-t-il là? Pas sûr. Ses progrès linguistiques lui ont permis d'être informateur. Dans quatre ans, s'il le veut, il sera parfait bilingue. Il y aura ainsi deux «candidats Premier ministre» au sud du pays: Louis Michel et Elio Di Rupo.

© La Libre Belgique 2003

Savoir Plus

Bio-Express
18 juillet 1951: naissance à Morlanwelz, entre Charleroi et La Louvière.
1982: conseiller communal de Mons.
1986: échevin de la Santé, de la Rénovation urbaine et des Affaires sociales. Lance le Festival d'Amour de Mons.
1987: député de l'arrondissement de Mons-Borinage.
1989: membre du Parlement européen.
1991: Sénateur.
1992: ministre de l'Education et de l'Audiovisuel en Communauté française.
1994: Vice-Premier ministre, ministre des Communications et des Entreprises publiques.
1995: vice-Premier ministre et ministre des Affaires économiques.
Juin 1999: ministre-Président de la Région wallonne.
Octobre 1999: président du PS.
Novembre 1999: vice-président de l'Internationale socialiste.
Octobre 2000: bourgmestre de Mons.
2002: nommé ministre d'Etat.
Mai 2003: informateur du Roi.

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