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Di Rupo : une semaine pour convaincre
Vincent Rocour
Mis en ligne le 21/05/2003
Par ailleurs, Ecolo reste au pouvoir.
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Mercredi matin, le Roi a chargé le président du PS d'une mission d'information. Ce dernier n'a pas hésité une seconde. C'était sa volonté. Elio Di Rupo répète en effet depuis dimanche soir qu'il faut d'abord soigner les bobos de la campagne, dresser l'inventaire des divergences entre partenaires et puis seulement tenter de constituer l'équipe.
Le recordman des voix de préférence dans le Hainaut a des raisons de vouloir travailler comme ça. Il y a 4 ans, les libéraux - avec Louis Michel dans le rôle d'informateur et Guy Verhofstadt dans celui de formateur - avaient été les seuls à porter l'arc-en-ciel sur les fonts baptismaux. Du coup, ils s'en étaient attribués la paternité. Elio Di Rupo ne l'a jamais avalé et s'est bien juré de ne plus leur laisser le monopole des tribunes médiatiques.
Or ce scénario risquait de se reproduire si l'on s'était attelé tout de suite à la formation du gouvernement. Dans cette hypothèse et en toute logique - car la logique veut que Guy Verhofstadt rempile pour un deuxième mandat -, le Roi aurait dû nommer le Premier ministre sortant comme formateur. Un libéral flamand. Les socialistes auraient donc à nouveau été absents de la phase de constitution du gouvernement. Et ça, c'était proprement inacceptable pour le président du PS. D'autant que, contrairement à 1999, la famille socialiste a désormais le même poids que son homologue libérale. Cet argument a sans nul doute beaucoup pesé dans la décision du Roi de nommer M. Di Rupo comme informateur.
Les Finances convoitées
Mais si le Roi a choisi de nommer un informateur, c'est aussi parce que la constitution du gouvernement pourrait s'avérer plus délicate que prévu. Il y a d'abord les appétits de chacun qu'il faudra assouvir. Les deux convives actuellement à table - les socialistes et les libéraux - sont gourmands. Ils veulent les plus beaux plats. Le poste des Finances, par exemple, semble très très convoité. Mais comme les deux partenaires sont de tailles comparables, aucun ne pourra imposer ses vues par la force. C'est à l'usure qu'ils pourront obtenir ce qu'ils veulent. Et en général, cela prend du temps.
Et puis, il y a la conjoncture économique dont il faudra tenir compte. Les indicateurs sont mauvais: la croissance patine, le chômage s'emballe. Dans ces conditions, comment concilier l'achèvement de la réforme fiscale dans les délais prévus comme l'exigent les libéraux et les promesses sociales qui ont été faites pendant la campagne, en soins de santé notamment? C'est l'une des questions les plus épineuses, à laquelle M. Di Rupo devra sinon trouver une réponse, du moins déterminer dans quelle mesure elle peut être dépassée.
Le président du PS se donne une semaine. Il veut aller vite. Mais pas n'importe où. Lors de sa première conférence de presse comme informateur, hier, il a déclaré - en néerlandais puis en français - vouloir « contribuer à la formation d'un gouvernement économique et social ». On peut en déduire que M. Di Rupo privilégie l'hypothèse d'une alliance rouge-bleu et qu'il repousse la thèse d'un nouveau round communautaire à brève échéance.
L'hypothèse du violet
Hier après-midi, il a fait un premier tour de piste. Il a rencontré successivement le président de la Chambre Herman De Croo (VLD), son homologue du Sénat Armand De Decker (MR), le Premier ministre Guy Verhofstadt, le président du VLD Karel De Gucht, le président du SP.A Steve Stevaert - qui est arrivé flanqué de la présidente de Spirit, Els Van Weert - et en fin de soirée le président du MR Daniel Ducarme. Soit tous les ténors des partis politiques qui sont sortis vainqueurs des élections et qui devraient constituer l'ossature du prochain gouvernement.
A ce stade, aucune exclusion n'a été prononcée. M. De Gucht a même indiqué, après sa rencontre avec l'informateur, qu'on se dirigeait « clairement vers un gouvernement violet ». En clair, le bleu et le rouge devraient pouvoir se marier.
M. Di Rupo rencontrera ce jeudi - pour la forme? - les représentants des partis sociaux-chrétiens et écologistes. Après quoi il s'attaquera au fond des choses: l'épure économique. Des experts de la Banque nationale et du Bureau du plan défileront dans son bureau, suivis des partenaires sociaux. Elio Di Rupo aura alors de quoi alimenter le rapport intermédiaire qu'il s'est engagé à remettre dimanche au Roi.
© La Libre Belgique 2003
Savoir Plus
M. de la Palice en conviendra, l'informateur... (s')informe. A cette première étape classique d'un tour post-électoral, l'émissaire royal doit prendre les contacts et défricher le terrain. Comment interpréter les inclinations électorales (car elles ne sont pas toujours aussi claires que cette fois) ? Et quelles sont les humeurs politiques, les coalitions possibles ou à exclure, les priorités de l'exécutif à venir? Voilà ce dont l'informateur devra faire rapport au chef de l'Etat. Après quoi, sauf étapes intermédiaires (de médiateur, négociateur, autre informateur...) en cas de nébulosités abondantes, le formateur suivra. Un «formateur» de gouvernement: il négociera un programme puis une répartition de portefeuilles entre potentiels coalisés. Cette étape-ci est obligée, plus mûre et plus formelle. En juin 1999 pourtant, le PRL Louis Michel avait donné plus d'ampleur à sa mission d'information, empiétant sans doute sur les plates-bandes du formateur qui serait son coreligionnaire VLD Guy Verhofstadt. Autre évolution: l'informateur, normalement issu de la première famille politique du pays, eut le plus souvent, par le passé, un profil de notable, de «sage», plus nécessairement impliqué directement. Ce n'est évidemment pas le cas des derniers très «politiques» de la lignée - Dehaene, Michel donc, et désormais Di Rupo. Mais tout est affaire de tempéraments et de circonstances: la règle dans ce registre, c'est qu'il n'y a pas de règle. (P.P.)
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