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Procès Dutroux
Marc Dutroux sème la polémique... et s’endort devant ses juges
AFP
Mis en ligne le 01/03/2004
Marc Dutroux est apparu sobre, laconique et s’est même assoupi devant ses juges lundi, mais la reprise par la presse de déclarations du pédophile chargeant ses complices présumés a suscité un début de polémique dès l’ouverture de son procès.
Les avocats de «l’homme le plus haï de Belgique» ont pris le risque de jeter un peu plus d’huile sur le feu en confirmant, avant même d’intervenir à la barre de la cour d’assises d’Arlon, leur intention de plaider la thèse controversée du criminel agissant pour le compte d’un réseau. «Les gens veulent croire que je suis au centre de tout. Ils se trompent. J’ai fait des choses dont je ne suis pas le moteur. J’ai été instrumentalisé par d’autres, eux-mêmes instrumentalisés par d’autres», a affirmé Marc Dutroux dans des déclarations écrites relayées par de nombreux médias belges.
Alors que le pédophile encourt la prison à vie pour l’enlèvement et le viol de six fillettes et adolescentes, dont quatre ont été retrouvées mortes en 1996, il s’en est pris à ses trois co-accusés : son épouse Michelle Martin, son homme de main Michel Lelièvre et l’ancien homme d’affaires Michel Nihoul.
«Si Nihoul est impliqué dans les enlèvements ? Evidemment ! C’est lui la charnière (...) Martin, Lelièvre, Nihoul sont accusés de faits nettement moins importants que ceux qu’ils ont réellement commis», a ajouté le pédophile dans son texte, initialement transmis à la télévision flamande VTM.
Les avocats de Michel Lelièvre et Michel Nihoul ont récusé avec force ces attaques contre leurs clients. «C’est un peu tard et dénué de toute crédibilité», a dénoncé Me Frédéric Clément de Cléty, défenseur de Nihoul, que Dutroux avait toujours mis hors de cause jusqu’ici. «Mon client aidait Dutroux. Il lui devait de l’argent et était toxicomane. Dutroux lui fournissait son héroïne», a affirmé l’avocat de Lelièvre, Me Olivier Slusny. «C’est comme l’assassinat du président Kennedy. Quand quelque chose est trop gros, il faut trouver une explication», a-t-il ironisé.
Evacuée par le juge d’instruction Jacques Langlois contre l’avis du procureur Michel Bourlet, la piste du réseau est la question clé du procès Dutroux. La conviction de plus de deux tiers des Belges qu’un tel réseau a bien existé est pain béni pour le pédophile et ses avocats.
Le principal défenseur de Marc Dutroux, Xavier Magnée, a lui aussi pris lundi la presse à témoin. «Peut-on vous faire croire qu’il n’y aurait pas de réseau pédophile ? Serions nous le seul pays au monde où les pédophiles seraient des pervers isolés ?», a-t-il interrogé dans un document dénonçant le «saucissonnage du dossier» Dutroux, lourd de près de 450.000 pages.
La charge de Marc Dutroux a été accueillie avec circonspection par des parties civiles pourtant souvent convaincues de la thèse du réseau. «C’est peut-être une nouvelle perversion d’un homme qui n’a rien à perdre. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont les faits et rien que les faits», a affirmé Me Georges-Henri Beauthier, l’avocat de Laetitia Delhez, une jeune fille libérée vivante en 1996 de la cave où Dutroux la séquestrait.
A l’écart de ce brouhaha, derrière la vitre blindée de son box, Marc Dutroux n’a pas fait montre de la moindre émotion lundi, si ce n’est pour refuser d’être filmé ou photographié à l’ouverture de l’audience. «Je m’appelle Marc Dutroux», a-t-il laconiquement répondu au président de la cour d’assises, Stéphane Goux, qui lui demandait de décliner son identité, puis sa profession. «Je n’en ai pas», ont été ses derniers mots avant de s’affaler, tête dans les mains, sur le pupitre devant sa chaise. Une attitude dénoncée au bout d’un moment par le président Goux : «Me Magnée, je crois que votre client sommeille...»
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