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Procès Dutroux

Des heures d'attente «pour voir, enfin»

ANNICK HOVINE

Mis en ligne le 01/03/2004

Surprise: le public n'était pas au rendez-vous au premier jour du procès. Seuls une quinzaine de citoyens ont patienté dans le froid pour entrer dans la salle.

REPORTAGE

Ah, la voilà, la bande des quatre.» Il est 15h45. Après avoir patienté de longues heures dans un froid polaire, les «citoyens ordinaires» ont pu entrer dans la salle d'audience, au fond, dans l'espace réservé au public. Ils sont une vingtaine, impressionnés par les lieux et le decorum imposé par la procédure. Les yeux se rivent d'abord sur la vitre blindée du box des accusés. De droite à gauche: Marc Dutroux, Michelle Martin, Michel Lelièvre et Michel Nihoul.

Pâleur

Le président leur demande de décliner leurs identité, âge et profession. Les intéressés s'exécutent; on ne les entendra plus par la suite. Le menton posé dans la main gauche, Marc Dutroux semble absent. Comme si ce qui se passait là ne le concernait pas ou lui était indifférent ou l'ennuyait profondément. Les cheveux sont coupés court; il s'est rasé la barbe mais a gardé la moustache. Il porte un costume, enfilé sur un pull, et une cravate. Habillée tout de noir, Michelle Martin a le regard baissé et les bras croisés, renfermée sur elle-même. Calée sur le dossier de son siège, dans une attitude prostrée. Ses cheveux blonds font comme un rideau. Mais elle a l'air d'écouter ce qui se dit.

Attentif, Michel Lelièvre est le seul à observer vraiment la salle, à réagir, à soutenir les regards - à chercher le contact? Ses cheveux noirs sont coiffés vers l'arrière; le gel les fait luire.

Michel Nihoul, quasi immobile, ne bronche pas. Il est enserré dans un costume sombre qui fait ressortir sa pâleur - mais peut-être est-ce la vitre du box qui donne cet air blême aux accusés? Les quatre policiers qui les accompagnent n'ont guère meilleure mine.

Lecture un peu assommante

En face, les jurés: six hommes et six femmes. Ils écoutent attentivement la lecture de l'arrêt de renvoi de la chambre des mises en accusation de Liège. Le greffier poursuit sa longue litanie. Marc Dutroux, «provocateur, chef de bande». L'intéressé ne cille pas, la tête toujours posée dans les mains. Il réagit à un moment, semblant dérangé par la voix de Michel Lelièvre qui vient d'appeler par téléphone son avocat, Maître Slusny. Il bouge ses lunettes, chipote dans un petit sac en plastique posé devant lui. Il est 16h25. Dutroux téléphone lui aussi brièvement à son avocate, Martine Van Praet.

Des bribes de néerlandais transpirent des cabines de traduction. Paul Marchal, le papa d'An, a les écouteurs vissés sur les oreilles. Il prend quelques notes, consulte un quotidien. La lecture continue, un peu assommante. La salle d'audience ressemble à un théâtre un peu immobile, sans véritable action. Certains avocats trouvent le temps long. L'un d'eux trompe son ennui en s'acharnant sur un jeu électronique affiché sur son PC.

«Une berceuse»

Il est 16h35. Marc Dutroux pose la tête sur ses bras, pour dormir. «C'est une berceuse pour lui», chuchote un membre du public, outré. «C'est dur pour lui, ça a l'air fatigant, la prison», enchaîne un autre, sur le même ton. 16h45. Michel Nihoul consulte brièvement sa montre. Michel Lelièvre boit un verre d'eau. L'accusé principal redresse brièvement la tête, puis se recouche.

En sortant de la salle d'audience, Marie, 28 ans, ouvrière, est offusquée. «Je trouve qu'on n'est pas assez strict avec lui. Il s'est couché trois fois pour dormir. C'est un manque de respect. C'est quand même lui, l'accusé!» La jeune femme se dit choquée: «Il n'arrête pas de regarder l'heure. Mais qu'est-ce qu'il croyait? Ça va encore durer trois mois!» Marie tenait absolument à assister à cette première audience: «J'avais 20 ans à l'époque des faits. Je me sentais concernée. J'ai suivi l'affaire depuis le début. Aujourd'hui, je voulais voir les bases du procès, avoir une vue générale de l'assemblée. Je voulais vraiment entrer, mais quand on est dedans, c'est écoeurant.» La jeune ouvrière, qui travaille 30 heures par semaine, reviendra ce mardi. Et les lundis et mardis des semaines suivantes. «Même si je me rends compte que ça va être assez dur: il ne se passe rien et c'est surtout de l'écoute. En tout cas, chapeau pour les parents! Ils sont là et ils arrivent à sourire, à être sympathiques.»

«Jour symbolique»

Francine, 48 ans, sans profession, tenait aussi absolument à être là le premier jour, «jour symbolique». Elle a fait le pied de grue dès 7h30, devant l'entrée réservée au public. Elle précise qu'elle n'est membre d'aucun comité blanc, qu'elle est là à titre personnel. «Comme parent et grand-parent. Je suis d'ailleurs déçue de ne pas voir plus de monde.» Une quinzaine de citoyens à peine font la file. À l'issue des deux heures d'audience auxquelles elle a assisté lundi, elle n'arrive pas à définir précisément son sentiment. «Je connaissais la tête des gens: les accusés, les parents, les avocats. Ça fait quelque chose de les voir en vrai. Mais ça me laisse finalement assez froide. Je pensais être plus choquée en voyant Dutroux, sa femme et les autres. Mais bon, je n'étais pas très bien placée, je ne voyais pas bien.» En revanche, les parties civiles l'ont impressionnée. «Je trouve les parents Marchal et Lambrecks très sympathiques, très ouverts.» Un regret: le peu de confort accordé au public. «On nous laisse debout, derrière, pendant des heures. Il n'y a pas une chaise prévue pour nous. C'est un peu dommage.»

© La Libre Belgique 2004

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