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Islam - MOSQUÉES
Quand les musulmans voient grand
ROLAND PLANCHAR
Mis en ligne le 31/01/2005
REPORTAGE
On parle beaucoup de l'islam belge, en ces préparatifs d'élection (lire ci-contre). Mais qu'est-il au juste? Pour faire comprendre certains enjeux vraiment sociaux, au-delà des chiffres, voici l'exemple des réalisations et des projets de musulmans verviétois qui voient grand. D'autres groupes et d'autres tendances musulmanes sont certes tout aussi actifs, mais le «Complexe éducatif et culturel islamique de Verviers» (Ceciv) offre une large palette d'activités.
L'accueil est chaleureux dans cette vieille tannerie désaffectée bâtie en 1936 non loin du coeur de la cité lainière. Elle a été rachetée voilà 4 ans pour environ 200000 euros, grâce au produit d'un héritage conditionné par la création d'une mosquée. Et même, la bonne humeur est de mise. Sérieux mais souriants, Michaël Privot, un converti membre du comité exécutif, et Hajib El Hajjaji, responsable du comité des jeunes (une centaine), font parmi d'autres office de guides, pour l'occasion. Moyenne d'âge: bien moins de 30 ans.
Le bâtiment, transformé petit à petit, abrite déjà un espace Internet avec bibliothèque naissante, une cafétéria, quelques classes de langue arabe, le comité des jeunes et un autre des femmes, ainsi que la mosquée Assahaba (Les Compagnons).
C'est elle qui occupe le plus de volume, dans les 6.000 m2 de surface utile. Ce qui se comprend par sa fréquentation, en augmentation constante et qui dépasse déjà chaque vendredi les 1300 fidèles, dont un peu plus du quart relève du rang féminin.
Héritage culturel
Certes, le bâtiment n'a pour l'instant ni la prétention de la fraîcheur, ni celle de la perfection. Mais cela changera. Car une bâtisse ordinaire, fut-elle de type «Art déco industriel», ne peut suffire à concrétiser les voeux formulés en 1993 par les fondateurs de l'Asbl qui allait devenir le Ceciv. Des voeux passant par un lieu «entre l'école, la maison, la rue et la mosquée», détaille M. El Hajjaji. Des voeux axés sur la religion, mais également sur «l'héritage culturel maghrébin, sur le contexte belge et sur la citoyenneté», ajoute-t-il. Il revendique ainsi le bleu de son sigle, par référence à Verviers, plutôt que le vert de l'islam «car Dieu a créé toutes les couleurs, quand même».
Bref, le plan de Joël Privot, converti comme son frère et pour sa part architecte, mais n'ayant pas non plus dépassé la trentaine, est ambitieux.
Au point de vue technique, d'abord. L'énergie solaire sera au rendez-vous, de même que l'électricité fournie par un ruisseau qui franchit la propriété et dont les abords s'éveilleront à un nouvel avenir sous forme de parc, accessible à tout le quartier de la rue de Hodimont.
Comme à Bordeaux
L'ancienne usine sera amputée de l'intérieur pour faire place à une plus grande mosquée encore, au volume tiré sur deux étages, celui du dessus prenant l'aspect d'une gigantesque mezzanine. Une quinzaine de classes et un auditoire la jouxteront. Une garderie et une cafétéria restaurant verront aussi le jour. Le cas de le dire, puisque le tout donnera sur un atrium polyvalent «fermé», si l'on peut dire, par la seule transparence d'une immense verrière.
Un choix posé «afin que tous puissent voir ce qui ce passe chez nous et y venir», explique l'architecte. Et afin que le tout s'intègre à l'environnement verviétois. Ainsi, aucun minaret ne fendra le ciel. Un choix volontaire. Et si le delta du toit lancera son angle aigu vers La Mecque, il le fera sans heurter l'urbanisme.
Un rêve? Cela n'en a pas l'air. Les plans sont là et si la réalisation se fait au fur et à mesure de l'arrivée des dons, c'est-à-dire lentement, personne n'est effrayé à l'idée que le tout puisse prendre une dizaine d'années. C'était prévu. Mais cela ira plus vite en France, où le même architecte a été sollicité par la Communauté urbaine de Bordeaux et les «Musulmans de Gironde» pour une construction du même ordre. Sur 18000 m2...
«Si des énergumènes...»
Toujours est-il que le souci d'ouverture est ostensible.
«Les prêches se font en français et des traductions écrites sont fournies lorsqu'un orateur invité parle en arabe», explique M. El Hajjaji. Et dans la mosquée proprement dite, seule une cloison vitrée sépare les hommes des femmes. «On la liquidera dès que possible», autrement dit dès que les mentalités le permettront, annonce Michaël Privot. Signe de progressisme? «Le Prophète n'a pas dit qu'il fallait les séparer, mais seulement qu'il fallait deux entrées».
Tiens, au fait. Certains observateurs estiment que des membres d'Assahaba seraient des islamistes cachés sous la fausse apparence de l'ouverture. Qu'en est-il? Tous nos interlocuteurs abondent vers le «non». «Il faut un minimum de confiance», dit l'un. «Si des énergumènes au discours radical viennent dans le complexe, nous n'en sommes pas responsables», dit un autre.
Et si, oui, on a par exemple plusieurs fois entendu le très controversé Tarek Ramadan, «on peut être critique». Du reste, ajoute-t-on encore, «notre attitude est de lutter contre les extrêmes». D'ailleurs, à la différence des radicaux qui la boycottent, Michaël Privot, souligne-t-il lui-même, a été désigné par le Ceciv comme candidat à l'élection du 20 mars. Parce que, auparavant, Verviers n'était pas représentée à Bruxelles.
Une chose est sûre: cet islam-là n'a rien de théorique ou de passéiste. Mais tout de la jeunesse et du dynamisme.
© La Libre Belgique 2005
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