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ÉDITORIAL

Une force tranquille

MICHEL KONEN

Mis en ligne le 13/05/2005

La crise politique que le pays a connue cette semaine avec le dossier BHV a eu une conséquence remarquable, dont il convient de se féliciter. Pour la première fois un front francophone s'est constitué face au front flamand.

Plus remarquable encore, ce front, qui transcendait les habituels clivages majorité-opposition ou Wallonie-Bruxelles, a tenu.

Enfin, tous les acteurs francophones, à l'intérieur comme à l'extérieur du gouvernement, ont fait preuve de calme et de sérénité. Ils ont joué collectif, ils ont été une force tranquille.

On aura beau dire que le dossier s'y prêtait, n'empêche: jamais les Flamands, qui depuis des décennies pratiquent précisément cette technique du front commun, n'avaient été confrontés à un tel face-à-face, à un tel front contre front.

Il est clair que la calme détermination francophone a perturbé les négociateurs flamands. Le CD&V a beau jurer entre ses dents et annoncer l'apocalypse institutionnelle, il reste très prudent dans sa réaction politique au sein du gouvernement flamand. Les anathèmes verbaux d'hier ne se sont pas transformés en crise politique flamando-flamande.

Les francophones se sont unis sur un dossier «droits de l'homme», en quelque sorte. C'est bien! Ce n'est pas suffisant!

Il faut à présent transformer l'essai. La période qui s'ouvre sera truffée d'embuscades communautaires. Faisons le pari que le gouvernement de Guy Verhofstadt va, cette fois, vraiment retrousser ses manches pour s'attaquer aux problèmes socio-économiques. Tous ces dossiers comportent un volet à la fois communautaire ET budgétaire.

Il est urgent que les francophones débattent de ces dossiers et adoptent une attitude commune face à la Flandre. Qu'avec le même calme et la même détermination, les négociateurs agissent avec la conviction qu'ils défendent l'intérêt de toute leur communauté et qu'ils se sentent soutenus par elle.

Pour la première fois, sans doute, les francophones ont pu appréhender de manière encore diffuse ce qu'Elio Di Rupo appelle une «nation francophone».

Il faut s'atteler, sans attendre, à cette tâche. Ce ne sera pas chose aisée que d'établir ce programme commun. Mais l'enjeu est stratégique.

© La Libre Belgique 2005

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