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Un ministre-Président sous tutelle

PAUL PIRET

Mis en ligne le 30/09/2005

Jean-Claude Van Cauwenberghe n'était pas le Premier wallon idéal pour son président de parti. Il le sera resté, alternant bons et mauvais coups.

ÉCLAIRAGE

Tous comptes faits, l'été 2004, c'est sur une équivoque qu'il avait rempilé à l'Élysette. Car c'est plus contraint que confiant que son président de parti, Elio Di Rupo, s'était résolu à l'y maintenir. Contraint? Oui, par le score personnel de Van Cau aux régionales, ses plus de 41000 voix, presque 10000 de plus qu'en 1999, que «l'empereur de Carolorégie» avait récoltées au fil d'une campagne dont on n'a pas idée. Sans elles, il le savait, Di Rupo l'évacuait. Trop vieux, à 60 ans; trop «vieille culture politique» surtout.

Quitte à troquer l'arc-en-ciel contre du rouge-orange, ce dont il n'était pas le plus chaud partisan au départ, ce grand gourmand savoure. Il a sauvé son sceptre, il a évité le spectre. D'accord, après les communales, l'Empereur du boulevard a prévenu qu'il pourrait le balancer sans autre forme de procès. Mais cela vaut pour tous les camarades ministres. Comme lui n'a plus rien à perdre, il paraît à l'aise. Ses collègues lui découvrent ses qualités de chef d'équipe, sa force de travail, ses réseaux d'influences et même, mais oui, certain esprit d'ouverture dont des camarades catalogués plus modernistes voire «rénovés» ne peuvent pas toujours se targuer. L'automne-hiver le conforte même, en réduisant les chances de ses plus sérieux concurrents: Rudy Demotte parce que Verhofstadt II se maintient, Marie Arena qu'éclaboussent ses rénovations sanitaires.

Il reste bien un problème. C'est cette tutelle permanente et directe sur son gouvernement qu'exercent les présidents Di Rupo et Milquet, avec une intensité dont on n'a pas souvenance d'un équivalent à l'égard de quelconque exécutif. Mais il fait mine de s'en accommoder. Jusqu'en juin. Lorsque, émus par de nouvelles polémiques et des derniers chiffres sur l'état de la Wallonie, les présidents du PS et du CDH réclament qui du «plan Marshall», qui du «business-plan». Dommage, on donne le sentiment erroné que le gouvernement n'aurait rien fait depuis un an, se plaint en haut lieu le CDH André Antoine, à qui Di Rupo reproche son impertinence (sic). Van Cau peste plus fort mais plus discrètement, déjà empêtré alors dans le mauvais feuilleton sur le contrat d'armes en Tanzanie. Mais il a beau faire remarquer que s'il s'est enfilé contrat d'avenir sur audit et audit sur plans stratégiques, c'est en observant minutieusement le programme de vol des présidents quand ils étaient formateurs, c'est une gifle.

Il ne tend pas l'autre joue. Au contraire, le 30 août, il tire bien à lui la couverture d'un Plan Marshall dont les échos sont forts et flatteusement positifs, sur les bancs patronaux en particulier. Puis c'est le vaudeville sur la vignette. Ça l'énerve, le jour même où il flirte avec Yves Leterme. Mais il y trouve un ascendant sur Michel Daerden, et sur les rivalités liégeoises entre celui-ci et Jean-Claude Marcourt. «La Carolo», c'est une tout autre affaire. On l'atteint au coeur, aux tripes. Il craque. Même si Di Rupo voudrait le dissuader, faute de «plan bis». Contraint de l'y avoir mis, puis contraint de le voir partir. L'équivoque encore. Décidément.

© La Libre Belgique 2005

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