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Constitution- 175 ans

«Dans le même bateau»

CHRISTIAN LAPORTE

Mis en ligne le 07/02/2006

Ce mardi, les 175 ans de la Constitution seront fêtés au Sénat et au Palais royal. Depuis lundi, un spectacle de la Compagnie Triboulet initie les plus jeunes au début de notre aventure institutionnelle. Une ode à notre diversité.

ÉCLAIRAGE

Le défi était de taille et la Compagnie de Clément Triboulet l'a superbement relevé. Dans les deux langues nationales, alstublieft. Jusqu'à mercredi, 3000 élèves de fin de primaire côtoient les pères de notre Loi fondamentale dans l'hémicycle du Sénat. Les «vrais de vrai», c'est-à-dire les Surlet de Chokier, De Potter, Rogier, Lebeau, de Brouckère... sont revenus pour souffler les 175 bougies de leur «magnum opus», une vénérable vieille dame qui a certes connu quelques liftings mais qui reste un modèle de par le vaste monde. A la grande joie des élèves, présents à leurs côtés mais aussi dans les tribunes, les acteurs racontent plus qu'ils ne reconstituent. C'est vivant, pétillant, exaltant, parfois lyrique comme devaient l'être les vrais acteurs de novembre 1830 à février 1831. De beaux exercices oratoires aussi mais il est vrai qu'il y avait nombre d'avocats et des journalistes au Congrès national. Une fois n'est pas coutume, quelques anachronismes surgissent ci et là mais c'est pour la bonne cause. Car le public cible ne sait pas nécessairement qu'en ces temps bien lointains pour eux, il n'y avait pas (encore) de «question linguistique». Ni, qu'à ce moment précis, on n'était certainement pas fédéraliste mais unitariste. Il est vrai que l'expérience fédérale des Etats belgiques unis après la révolution brabançonne de 1789 n'avait pas été très heureuse!

Plus fort encore: une jeune femme qui n'a pu entrer qu'en se déguisant en député clame que la moitié des Belges n'ont pas eu droit à la parole. Elles ne... voteront qu'au XXesiècle. La majorité des spectateurs qui sont des spectatrices applaudissent à tout rompre. C'est aussi l'occasion de rappeler pourquoi la Belgique a opté pour la monarchie. Pas du tout un régime de circonstance mais «le» meilleur choix possible. L'on eût bien voulu le duc de Nemours mais les Grandes Puissances n'eussent pas apprécié cette proximité franco-belge, va donc pour le prometteur Léopold de Saxe-Cobourg...

L'hémicycle s'emballe au moment du vote décisif. Il est unanime; la Belgique a franchi un pas décisif. Comme lors de toute naissance, une bonne fée se penche sur le berceau. Place aux allégories: dans son panier qui contient du vin italien, des figues de Turquie, de la bière allemande, du couscous marocain et d'autres bonnes choses figure la promesse d'une Belgique réellement multiculturelle, ouverte et tolérante dont les lettres sont latines mais les chiffres arabes... Et voilà déjà le bouquet final: le drapeau tricolore se mue en voile de bateau. L'image est forte: depuis le 7 février 1831, «on est tous sur le même bateau». Il y aura pas mal de tempêtes mais le navire poursuit sa course...

Une belle initiation à la Belgique dont on regrette qu'elle ne sera vue que par 3000 élèves. Suggestion à Anne-Marie Lizin: et si on jouait les prolongations?...

© La Libre Belgique 2006

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