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stacy et nathalie

On sait que Stacy et Nathalie sont mortes. Qui les a tuées?

Mis en ligne le 29/06/2006

Les corps de Stacy et Nathalie découverts près du lieu de leur disparition. Les autopsies vont jouer un rôle essentiel pour la suite de l'enquête. Ait Oud est toujours présumé innocent. Mais il y a ces griffes et ces ronces...

Les autopsies des corps des deux fillettes retrouvées mortes à Liège mercredi sont terminées et le principal suspect dans l’affaire va être de nouveau entendu par la justice jeudi, a indiqué le procureur du roi, Anne Bourguignont.

Mme Bourguignont s’est cependant refusé à livrer les résultats des autopsies, invoquant la confidentialité de l’enquête et les égards dus aux parents des victimes.

Ils n'ont jamais abandonné. Les policiers du SJA de Liège, ceux de la «cellule disparition», la juge d'instruction Pascale Goossens, le substitut du procureur Christian Pâque et tous les autres, anonymes, ont poursuivi sans relâche l'enquête depuis la disparition de Stacy Lemmens (7 ans) et de Nathalie Mahy (10 ans), dans la nuit du 9 au 10 juin.

Or cette obstination a permis qu'une étape importante soit franchie, mercredi. A onze heures, les enquêteurs, poursuivant des recherches programmées, donc sans lien de cause à effet avec l'un ou l'autre aveu, ont découvert le cadavre de Stacy dans un collecteur d'eau (sous eau), à proximité de la double voie ferrée qui borde par l'arrière le quartier de St-Léonard - Vivegnis, entre les tunnels des Bayards et de Vivegnis. Le même quartier d'où les fillettes avaient disparu lors d'une braderie festive, à un moment inconnu entre -sans doute- minuit et deux heures du matin.

Bref, un hélicoptère de la police fédérale arrivait aussitôt sur les lieux (entre autres pour la surveillance des alentours) ainsi qu'une équipe de la police scientifique et que le médecin légiste, le professeur Philippe Boxho (ULg).

Un périmètre de sécurité était ensuite établi afin d'éloigner badauds et journalistes. La juge d'instruction, le substitut du procureur ainsi que le chef de la zone de police locale, Christian Beaupère, déboulaient à leur tour, de même que des renforts de policiers -par dizaines de camionnettes.

On en apprenait alors un peu plus sur les éléments relevés sur place. Le corps de Stacy, trouvé sous une taque de protection du collecteur (appartenant à un réseau lié au chemin de fer, non à l'égouttage public), était toujours vêtu. Mais, posé face contre le sol depuis de nombreux jours (lire ci-contre), il était difficilement reconnaissable en raison d'une décomposition déjà avancée. Ce sont précisément ces vêtements (notamment un pantalon court très identifiable) ainsi que les cheveux noirs de la fillette qui ont d'abord indiqué aux enquêteurs qu'il s'agissait d'elle, ce qui fut confirmé par la suite.

Le malaise d'une mère

Le temps passant, le périmètre de sécurité était encore élargi et renforcé, alors que les rumeurs circulaient sur place autant que les informations véritables. Si on apprenait vers 12h50, aux abords de la place Vivegnis qui jouxte presque immédiatement le lieu de la découverte, que la mère de Stacy, Christiane Granziero, venait de faire un malaise et avait dû recevoir des soins en apprenant le décès de sa fille, c'était vrai. Mais lorsque, 30 minutes plus tard, il se disait que le corps de Nathalie venait d'être lui aussi découvert, c'était prématuré.

Toujours est-il que l'on constatait, toujours sur place, que le camion mortuaire quittait une première fois les lieux à 13h35 en emportant la dépouille de Stacy, sans savoir déjà qu'il allait y revenir bientôt. C'est que, peu avant 15 heures, le corps de Nathalie était à son tour mis au jour, à une quinzaine de mètres de celui de Stacy et dans une situation à peu près identique, c'est-à-dire dans le même collecteur d'eau, sous les taques de protection qui le couvrent.

Ronces et arbres abattus

Pourquoi tant de temps pour explorer 15 mètres? Tout vient de la densité de la végétation, à cet endroit. Entre les rails et le mur de soutènement qui supporte les terres des coteaux de la Citadelle, arbres, fourrés et ronces prolifèrent à foison. Des troncs tombés diminuent encore la facilité de l'accès, que l'on pense d'ailleurs -pour avoir visité les abords quelques jours plus tôt- impossible. C'est pourquoi les enquêteurs avaient, mardi déjà, commencé à nettoyer le terrain à la débroussailleuse car, s'ils étaient déjà passés précédemment (au début de l'enquête, puis le 16 juin) à proximité immédiate de l'endroit fatidique, ils l'avaient contourné pour cette même raison, laissant peut-être quinze ou vingt mètres inexplorés.

Une erreur? Sans doute pas, mais il faut pour le comprendre faire référence aux explications fournies hier peu après 17h lors d'une conférence de presse exceptionnelle réunie par le procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, le procureur du Roi, Anne Bourguignont, le substitut Christian Pâque et le commissaire Alain Remue, qui a dirigé les fouilles de terrain.

Ce dernier expliquait donc, mercredi, qu'en l'absence d'indices, le principe du «point last seen» -le dernier endroit où les victimes ont été vues- était d'application. En clair: que les recherches s'effectuaient de manière quasi concentrique autour de ce point. Et que si certaines priorités avaient imposé d'autres opérations -comme les fouilles dans un immeuble du quai St-Léonard, le 21 juin, ou de (vaines) perquisitions à Schaerbeek ainsi que des recherches à l'incinérateur d'Intradel (Herstal)-, la couverture systématique du terrain constituait la toile de fond.

Conférence de presse

Simplement, le lieu précis étant d'un accès jugé presque impossible, il avait été estimé que les moyens spéciaux à mettre en oeuvre (il a même fallu tronçonner des arbres) pour y accéder rendaient d'autres fouilles et recherches plus urgentes. Puisque, s'il était presque impossible aux enquêteurs d'y accéder, cela avait dû être vrai aussi pour un prédateur de surcroît flanqué de deux fillettes, vivantes ou mortes...

«Mais il est possible que la force des eaux, suite aux très gros orages survenus depuis la disparition, ait déplacé les corps au sein même du collecteur», expliquait-on en marge de l'enquête, mercredi aussi. Auquel cas, et à moins qu'il s'agisse d'un accident -thèse peu crédible puisqu'un des corps porte des traces de violence et que le substitut du procureur évoquait lui-même un «assassinat»-, les corps de Stacy et Nathalie auraient été cachés en amont de cette pente peu marquée, par exemple 40 mètres plus haut, grâce à un accès à la canalisation, haute de près d'un mètre.

Toujours est-il que si le procureur général constatait que cette découverte marquait «une évolution importante mais tragique» de l'enquête, il faut désormais trouver le ou les coupables.

Les éléments à prendre en compte étaient rares, mercredi. S'agit-il d'un crime sexuel? «Il faut attendre les autopsies pour le savoir», déclarait logiquement Mme Bourguignont, en annonçant les résultats pour ce jeudi matin. Les fillettes ont-elles été tuées sur place ou les corps ont-ils été déposés par après? Même réponse. Et idem pour la cause de la mort, pour l'éventualité d'un crime sexuel, etc.

Mais le nom d'Abdallah Ait Oud, ce pédophile récidiviste, inculpé et détenu, vu sur les lieux de la disparition au café «Les Armuriers» en même temps que les fillettes et sans alibi solide, est à nouveau sur toutes les lèvres. Si Mme Bourguignont a rappelé la présomption d'innocence, on sait cependant qu'il portait, à son arrestation, la trace de griffes aux jambes et aux avant-bras, ce qu'on peut mettre en relation avec les ronces déjà évoquées. D'autant que le lieu de la découverte n'est éloigné que de 400 à 500 mètres du même café. D'autant aussi qu'il faut être du quartier pour connaître ce lieu. Une certitude: la proximité des corps montre que les fillettes ont subi un sort commun, à cause du ou des mêmes assassins.

© La Libre Belgique 2006

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