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stacy et nathalie

Les leçons de l'affaire Dutroux tirées?

Rachel Crivellaro

Mis en ligne le 29/06/2006

L'affaire Dutroux avait mis en lumière une justice parfois cruelle à l'égard des parents de victimes. Depuis, la place des victimes a été reconnue et consacrée.

Alors que l'histoire semble s'entêter à repasser de sinistres plats, l'affaire «Stacy et Nathalie» offre au moins la petite consolation de ne pas avoir vu la répétition de certains travers qui avaient rendu encore plus pénible le calvaire des parents de Julie et Mélissa. A l'époque, à maintes reprises, les parents des deux petites filles avaient souligné les carences en matière d'aide et de soutien aux victimes; le manque de sensibilité voire la cruauté de certains magistrats à l'égard des proches de victimes; l'absence de communication et d'information sur l'enquête etc. On se souviendra aussi des critiques qui avaient été faites après la découverte du corps de la petite Loubna, sur le peu de diligence dont avait fait preuve la police qui avait mis du temps à prendre conscience de la gravité de la disparition de la fillette.

La commission Dutroux avait aussi cruellement mis en lumière les effets dévastateurs de ce que, à l'époque, d'aucuns appelaient la guerre des polices.

Dysfonctionnements

Cette implacable mise à nu des «dysfonctionnements» qui rongeaient la justice et la police de l'époque a engendré une vaste remise en question; d'importantes réformes, notamment sur la place de la victime dans la procédure judiciaire, s'en sont suivies.

Celles-ci n'auront pas permis de sauver Stacy et Nathalie, mais au moins, les parents et les proches des deux fillettes auront-ils reçu un soutien plus humain dans des circonstances aussi dramatiques.

«Les autorités judiciaires ont clairement fait preuve de progrès en matière de communication. Il y avait bien sûr le souci de montrer que le maximum était fait pour retrouver les deux fillettes. Mais les parents aussi ont été mieux informés. Ils ont été régulièrement convoqués et ils ont rencontré le parquet et les magistrats», souligne Adrien Masset, professeur de procédure pénale à l'ULg. «Ils ont pu également bénéficier du soutien psychologique du service d'aide aux victimes, un service relativement récent mis en place dans le sillage de l'affaire Dutroux.»

Depuis 1998, le service d'accueil des victimes a été généralisé à tous les parquets. Les assistants de justice font offre systématique d'aide sociale aux parents pour les aider notamment à s'y retrouver dans une procédure judiciaire. Ils peuvent par exemple être présents lors de réunions organisées par le procureur du Roi, rapporte-t-on au cabinet de la ministre de la Justice. Et Adrien Masset de rappeler également que le code d'instruction criminelle stipule désormais que les victimes doivent être traitées de manière correcte et consciencieuse et qu'elles doivent être dirigées vers les services appropriés.

La découverte dramatique des corps de Julie et Melissa a aussi entraîné une modification du code qui autorise maintenant les proches et les parents à rendre un dernier hommage aux victimes, en présence - si elle est requise - de psychologues. A l'époque, les parents Russo et Lejeune avaient vu leur demande de voir les corps de leurs filles refusée. Même si, note Adrien Masset, l'interdiction était plutôt dictée par des sentiments humanitaires. «Reste qu'aujourd'hui, les progrès de la thanatopraxie permettent de remettre en état un corps de manière à ce qu'il soit présentable pour les proches. Car il s'avère que ce dernier hommage, cette reconnaissance physique est primordiale pour le travail de deuil, sinon cela peut entretenir l'espoir d'un «retour» de la victime.»

Le traitement des disparitions aussi a subi des modifications depuis 1996. Lorsqu'une disparition inquiétante se produit, le dossier est pris en charge par un magistrat de référence. Dans chaque parquet, il existe désormais un magistrat particulièrement sensibilisé à ce type de problématique. Du côté de la justice, on estime globalement avoir tiré les leçons de l'affaire Dutroux, le soin apporté par les magistrats dans l'accueil des familles et l'approche plus humaine étant qualifiés de fruit d'une réforme structurelle.

© La Libre Belgique 2006

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