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stacy et nathalie
Le couple «justice-médias» a mûri favorablement
PIERRE-FRANÇOIS LOVENS
Mis en ligne le 29/06/2006
ENTRETIEN
Benoît Grevisse, professeur au département de Communication de l'UCL, livre son avis sur la couverture médiatique depuis la disparition de Stacy et Nathalie.
Quel regard portez-vous sur la couverture médiatique jusqu'à la découverte, hier, des corps de Stacy et Nathalie?
C'est un regard marqué par le modèle de l'affaire Dutroux. Le plus frappant réside dans l'évolution de la communication du monde judiciaire. On a assisté, depuis le 10 juin, à une prise en main volontariste très rapide de la communication. Il faut dire que Cédric Visart de Bocarmé, aujourd'hui procureur général de Liège, avait été l'un des membres de la magistrature qui, dans la foulée de l'affaire Dutroux, avait le plus plaidé pour une ouverture de la justice en matière de communication. On a fort ressenti son empreinte dans la gestion de la crise actuelle. Les parents, par exemple, ont été très vite reçus par les enquêteurs. Il y a eu aussi une communication quasi journalière destinée aux médias.
Une stratégie risquée?
Il y avait clairement un risque: tant que la justice n'obtenait pas de résultats probants, elle pouvait progressivement donner une image d'impuissance malgré une débauche de moyens. La communication transparente et abondante aurait pu se retourner contre la justice.
Dans le couple justice-médias, c'est donc avant tout la justice qui a modifié son attitude au regard de l'affaire Dutroux?
Certainement. Elle a alimenté la «machine médiatique», ce qui a permis d'éviter des comportements tels que ceux observés lors de l'affaire Dutroux où on voyait des journalistes mener l'enquête à la place de la justice. Il est par ailleurs manifeste que la profession journalistique a tiré des leçons du passé. Il y a eu davantage de prudence même si, au début, certains médias ont divulgué des détails sur les parents des deux victimes et leur entourage. Il y a eu des débuts de dérapage, mais qui ont été assez rapidement contrôlés.
La comparaison avec le traitement médiatique de l'affaire Dutroux est-elle pleinement pertinente?
Non. Au-delà du récit de la disparition de deux enfants, il y a les acteurs. Clairement, les parents du drame actuel ne peuvent être comparés aux parents de Julie et Mélissa qui avaient une forte capacité de présence médiatique. De surcroît, l'enquête sur Stacy et Nathalie a jeté un certain flou quant à l'éventuelle responsabilité des parents dans le drame. Face à tout ça, les médias n'ont pas été dans une situation de rupture - avec perte de repères - comme ils l'avaient été lors de l'affaire Dutroux.
Des médias qui ont donc plutôt bien évolué?
Oui, certainement. On s'en était déjà rendu compte lors de l'enquête sur le meurtre de Joe Van Holsbeeck. Le questionnement des journalistes faisait partie intégrante du traitement médiatique. Et si dérapage il y avait pu avoir sur l'origine du ou des meurtriers, la responsabilité n'incombait pas aux journalistes, mais à la justice.
Pour en revenir au couple justice-médias, vous diriez qu'il a mûri depuis l'affaire Dutroux?
Indiscutablement. Même si on n'est pas à l'abri de dérives dans les jours et semaines à venir. Médias et justice restent sur la corde raide.
© La Libre Belgique 2006
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