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Centres fermés pour illégaux
Que faire des cas psychiatriques ?
Annick Hovine
Mis en ligne le 17/11/2006
Une enquête indépendante
Après avoir pris connaissance de cet article, Amnesty International, la Ligue belge des droits de l'homme et le Ciré ont réclamé au ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael (VLD), de diligenter dans les plus brefs délais une enquête indépendante sur les faits allégués. Jeudi après-midi, des parlementaires Ecolo et CDH interpellaient vivement le ministre à la Chambre. (lire ci-dessous)
Pour Jean-François Jacob, directeur du centre de Vottem, les propos de ces agents, largement exagérés, doivent être relativisés. Les délégués syndicaux ont été lourdement interpellés par leurs affiliés; les membres du personnel ne sont pas d'accord avec ce qui a été dit par quelques-uns, ajoute le responsable du centre, criminologue de formation. "Il est vrai que ces derniers mois, on a reçu quelques cas psychiatriques plus lourds que d'habitude. On tente toujours de les faire fonctionner en groupe. Mais il y a des cas ingérables. On n'a pas d'autre solution que de les placer dans une chambre médicale ou une cellule d'isolement en attendant qu'une place se libère dans une institution spécialisée".
Depuis décembre 2005, il y a eu 5 cas particulièrement difficiles, détaille M. Jacob.
Un jeune Turc, entré le 7 décembre 2005 à Vottem, a dû être placé en isolement du 11 au 19 décembre, avant d'être transféré vers une institution psychiatrique de Lierneux.
Le 13 janvier, un Guinéen arrivait au centre fermé. "Il était complètement borderline. On n'a pas eu d'autre choix que de le mettre en isolement, puis en régime différencié. Il crachait, urinait et balançait ses excréments sur les autres résidents et le personnel. Que voulez-vous qu'on fasse d'autre ?" Un mois et demi plus tard (le 28 février 2006), l'intéressé était transféré vers le centre fermé de Bruges, qui a réussi à dénicher une place dans un hôpital psychiatrique en Flandre.
Lourd passé
Fin juillet 2006 - le 27 exactement -, un Algérien est adressé au centre fermé de Vottem. Il avait auparavant été colloqué à Lierneux, après avoir séjourné dans 6 centres ouverts. L'homme se masturbait dès qu'il voyait passer une femme d'ouvrage; un psychiatre a estimé qu'il était ingérable. Il a été libéré le 11 août avec ordre de quitter le territoire dans les 5 jours.
Le 14 septembre dernier, la police amenait un Sierra-Léonais, étroitement menotté. L'homme avait déjà fait l'objet d'une vingtaine (!) d'interventions musclées pour coups. "Il était très costaud. Il est passé par plusieurs institutions psychiatriques avant d'arriver ici. On a décidé de le mettre en observation avant de l'intégrer dans une section. Mais cela n'a pas été possible. Il menaçait de mort tous ceux qui entraient dans le cachot". Le Sierra-Léonais a été transféré au centre médico-chirurgical de la prison de Lantin le 25 septembre, soit 11 jours après son admission au CIV.
Enfin, dernier en date, un Africain, entré le 17 octobre, se couvrait en permanence de ses excréments. Il a pu être accueilli par une institution spécialisée ("Le Petit Bourgogne"), le 8 novembre.
Réflexion
"On gère les situations qui se présentent avec les moyens du bord", se défend le directeur de Vottem. "On fait au mieux en fonction de l'infrastructure et du personnel disponible." Mais il y a des contrevérités dans les dénonciations parues dans "Ciné-Télé-Revue". "On ne peut pas interdire de se rendre aux toilettes puisqu'il y a des monoblocs WC-évier dans les cellules d'isolement".
Et quand ils sont vrais, les faits sont évoqués hors contexte, regrette Jean-François Jacob. "C'est vrai qu'on a laissé un résident tout nu en isolement, mais avec des couvertures. Parce qu'il avait essayé de s'étrangler avec son caleçon et tenté à deux reprises, une fois en aile, une fois en isolement, de se suicider en se pendant avec ses vêtements".
A Vottem, un groupe de travail a entamé une large réflexion sur la prise en charge des cas psychiatriques.
© La Libre Belgique 2006
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