La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Emma, une élève comme les autres
REPORTAGE SÉBASTIEN LAMBOTTE
Mis en ligne le 20/11/2006
La classe de deuxième primaire de l'école fondamentale l'Orangerie, à Wavre, se consacre à un atelier peinture sur le thème du cirque. Parmi les enfants, Emma est hémiplégique. Comme les autres, elle est concentrée dans la représentation d'une belle piste de cirque bleue.
Agée de huit ans et malgré son handicap moteur, elle est avec les élèves de son âge. Car dans cet établissement, depuis ses maternelles, tout a été mis en oeuvre pour lui permettre de grandir et d'apprendre comme les autres. "C'est une volonté d'intégration dans une école ouverte sans aucune discrimination", précise son directeur. Cela nécessite cependant quelques adaptations. "Il faut surtout faire attention à certaines petites choses", précise Madame L'Hoost, l'institutrice d'Emma. "Son handicap affectant son côté droit, il faut faire attention à la place qu'elle occupe en classe pour qu'elle ne soit pas gênée et qu'elle ne gêne pas les autres. Il faut aussi l'aider pour certaines activités, comme lorsqu'il faut découper ou surligner quelque chose."
Aujourd'hui, si Emma est très bien intégrée, c'est surtout grâce à ses petits camarades. "En dehors de la classe, elle va chez ses copines", précise l'institutrice. "Elle a envie de faire plein de choses, d'avancer. C'est ce qui est motivant, on sent qu'elle donne beaucoup."
Tout est fait pour ne pas creuser de différence et les autres élèves y contribuent énormément. "Ils sont attentifs, sensibles à Emma même s'il arrive que certains posent des questions. Lorsque je dois aider Emma à écrire par exemple. Certains m'ont déjà demandé pourquoi j'écrivais pour Emma et pas pour eux. Il faut parvenir à leur expliquer avec des mots qu'ils comprennent."
L'école et ses parents travaillent avec un professeur d'université. Des étudiants viennent quatre heures par semaine au sein de la classe pour accompagner Emma. Aujourd'hui l'important pour la fillette comme pour son institutrice n'est pas qu'elle arrive à atteindre le même niveau de compétences que les autres, mais qu'elle évolue par rapport à elle-même. Et si elle doit être aidée pour que la classe dans son ensemble ne soit pas retardée, il reste important qu'elle arrive seule à concrétiser les objectifs qu'on lui fixe. Aussi, face à sa feuille blanche, la couleur disposée pour lui faciliter la tâche, elle s'applique au même titre que les autres à représenter fidèlement la belle piste de cirque bleue selon le modèle qu'elle a choisi.
Et lorsqu'Emma tombe à cours de couleur, ce sont ses petits camarades qui arrivent à sa rescousse.
Une fille intelligente
Mais Emma a aussi ses passages à vide. "Il n'y a pas de problème d'intégration", explique sa maman. "C'est au niveau scolaire que c'est plus difficile."
Emma aurait dû rester en première primaire. Parents, professeurs et spécialistes ont cependant trouvé plus opportun d'un point de vue psychologique qu'elle continue avec sa classe et ses amis. "Malgré tout, Emma accumule un retard d'un point de vue scolaire et en dehors de l'école, elle doit fournir des efforts plus importants", précise madame L'Hoost. "A cela, il faut encore ajouter kiné, logopède, aide à domicile : Emma se trouve par moments surchargée." D'où l'importance de parfois la laisser respirer.
"Elle sait qu'elle est différente", ajoute encore l'institutrice. "C'est une fille intelligente. Et, parce qu'elle est totalement intégrée, elle ne le vit pas mal. Alors, si certaines périodes sont plus difficiles, elle ne le montre pas. Elle reste très positive."
Elle travaille dur pour rester
Parce que la matière sera de plus en plus difficile et qu'en avançant, les instituteurs ne pourront peut-être plus lui consacrer autant de temps, il n'est pas impossible qu'Emma doive être réorientée vers un enseignement plus adapté. Pourtant, c'est près de ses camarades qu'elle se sent le mieux et elle travaille dur pour y rester.
La politique d'intégration menée par cette école permet à Emma, en tout cas jusqu'à aujourd'hui, de s'épanouir comme les autres. Et son cas n'est pas le seul dans ces murs. Ces dernières années, l'établissement a accueilli deux enfants sourds en classes de maternelles.
Au cas par cas
Soucieuse de répondre à une demande de parents qui désirent que leurs enfants grandissent comme les autres, l'école s'organise face à chaque cas rencontré. "Je ne peux jamais dire oui directement aux parents", commente Christian Saelmaekers, le directeur de l'établissement. "Je pose d'abord la question à l'équipe enseignante. Pour Emma ou les deux enfants sourds que nous avons dernièrement accueillis, elle a répondu favorablement. Il faut aussi pouvoir s'engager pour plusieurs années. Pour les deux enfants sourds, je me suis engagé envers les parents pour toute la durée des maternelles."
Relever d'autres défis
Mais déjà, en primaires, les instituteurs ont été formés au langage des signes. L'année prochaine, un des deux jeunes enfants sera en âge de passer à ce niveau-là. Et si vis-à-vis des parents l'école ne s'est encore engagée à rien, madame L'Hoost, elle, se dit prête à relever le défi.
© La Libre Belgique 2006
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens