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Édito

Le procureur plus royaliste que le Roi

Mis en ligne le 10/01/2007

Par Michel Konen

Laurent de Belgique a fait un sans-faute devant le tribunal de première instance de Hasselt. Comme pour faire mentir le sombre portrait brossé de lui ces derniers jours, le Prince a réalisé une vraie performance médiatique, préparée dans le moindre détail.

Arrivé tôt en petite voiture, celui à qui on prête un amour immodéré pour les grosses limousines s'est présenté à l'audience comme un simple citoyen. Il a attendu, assis au banc des témoins, pendant de longues heures, sans perdre son calme. Car de la patience, il en a fallu pour écouter débattre de problèmes juridiques, certes complexes, mais un peu surréalistes, portant sur la question de savoir s'il convenait de l'entendre comme témoin : il était là pour ça, précisément. "Monsieur" Laurent de Belgique, un Belge comme les autres donc, s'est exprimé en néerlandais durant sa déposition, refusant l'assistance d'un traducteur.

Et ce qu'il a dit, témoignant sous serment, c'est, en substance : "Oui, je savais plus ou moins que la Marine intervenait financièrement. Non, je ne savais pas que cette intervention était frauduleuse. J'avais confiance en mon conseiller".

Puis il s'en est retourné, accompagné de son avocat, dans sa petite voiture. Et ce témoignage paraît devoir tenir la route. Le tribunal appréciera.

Ce qui surprend, par contre, c'est l'espèce d'acharnement juridique mis par le parquet de Hasselt, et singulièrement par le procureur du Roi, Erwin Steyls, à empêcher le témoignage du prince Laurent devant le tribunal. Déjà il avait créé la surprise en décidant, moins de douze heures avant l'audition prévue et après six ans d'inaction, de faire entendre le Prince par la police fédérale. Et le matin même de l'audience, le procureur Steyls a fait, tant qu'il a pu, obstruction, allant jusqu'à affirmer que l'arrêté royal permettant de convoquer le Prince était entaché de nullité. Une attitude malvenue dans un dossier lourd de trop de sous-entendus. Il aura fallu toute l'autorité de la présidente du tribunal, Christine Coopmans, pour que la logique soit préservée en cette affaire.

On ne peut que s'interroger sur les motivations du parquet de Hasselt : alors que le Palais s'échine à faire en sorte que la plus grande transparence judiciaire soit de mise, voilà un procureur qui bataille pour obscurcir le dossier.

On attend avec intérêt, en audience, les explications de ce procureur plus royaliste que le Roi.

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