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AGRESSION A DINANT

L'ado était sur une mauvaise pente

Annick Hovine

Mis en ligne le 24/01/2007


  • Interview du directeur adjoint de l'Institut Cousot de Dinant par la rédaction de Ciel Radio
  • Les 700 élèves de l'Institut technique et professionnel Cousot, à Dinant, retrouveront leurs professeurs et leurs classes, ce mercredi, après deux jours d'interruption des cours. La communauté scolaire est sous le choc après l'agression au couteau du directeur, lundi peu avant 9 heures. Le juge de la jeunesse dinantais, Jean-Philippe Delacroix, a placé l'auteur des faits, un adolescent de 16 ans, dans la section fermée de l'Institution publique de protection de la jeunesse de Braine-le-Château pour trois mois.

    Il se fait vite remarquer

    Le jeune agresseur, au parcours scolaire chaotique, était inscrit depuis septembre en maçonnerie au Cefa (Centre d'éducation et de formation en alternance) de l'Institut Cousot. Mais il trouve les stages trop contraignants. Fin décembre, il décide de changer d'orientation et choisit la mécanique, à temps plein. Les cours se donnent dans une autre implantation de l'école, au centre-ville. "Il est arrivé sur le site, ici, il y a une semaine. Je ne le connaissais même pas !", indique le sous-directeur, Jean Colot.

    Après trois jours dans l'enceinte de l'école, l'élève se fait déjà remarquer. Mercredi dernier, un éducateur observe un curieux manège dans la cour de récré : l'ado vend du haschisch à des condisciples. L'intéressé nie farouchement. La direction de l'établissement ne dénonce pas les faits à la police, mais entame une procédure de renvoi définitif. Depuis vendredi, le jeune dealer savait qu'il n'était plus le bienvenu à l'Institut Cousot. Lundi, il s'est rendu à une convocation du directeur armé d'un couteau de cuisine. On connaît la suite...

    Un jardin et des poules

    Que s'est-il passé dans la tête de cet élève pour déchaîner un tel accès de violence ? L'ado était depuis plusieurs mois sur une mauvaise pente, témoigne David Clarinval, bourgmestre de Bièvre, une petite commune à 45 kilomètres au Sud de Dinant, où le jeune est installé avec ses parents depuis 1999.

    La famille, d'origine kosovare, s'est vue refuser une demande d'asile en 2001. Le recours devant le Conseil d'Etat fut tout aussi vain. En 2003, les candidats réfugiés déboutés demandent une régularisation de séjour, pour raisons humanitaires, sur base de l'article 9,3 de la loi des étrangers. Le dossier est toujours en cours.

    En attendant, les parents et leurs quatre enfants (trois garçons et une fille) sont hébergés dans une maison de la localité. Une décision de la justice dinantaise, confirmée en appel à Liège, leur accorde l'aide du CPAS (800 euros par mois et le remboursement des frais médicaux).

    La famille, musulmane, a un passé douloureux. Le papa, blessé pendant la guerre d'ex-Yougoslavie, ne travaille pas : il cultive le jardin et élève quelques poules. Le fils aîné, sans histoires, engagé comme apprenti dans une entreprise locale de construction, joue au foot dans l'équipe de Bièvre. La petite soeur - 15 ans - vient de se marier religieusement à Gand, où elle a emménagé. Le benjamin, sans problème, est scolarisé à l'école primaire.

    Reste le second, 16 ans. Le mauvais garçon. "Il y a quatre ans, quand ils ont introduit leur dossier de régularisation, beaucoup de gens étaient là pour les soutenir" se souvient le bourgmestre. Mais depuis un an, le vent a tourné - précisément depuis l'arrivée d'un autre réfugié (africain) dans la région. Ensemble, les deux jeunes commencent à zoner, à fumer des pétards, à traîner dans les abribus...

    "Il s'ennuyait..."

    En novembre dernier, le bourgmestre et le commissaire de police se rendent au domicile du jeune. "Pour lui dire d'arrêter ses agissements délinquants, comme fumer du cannabis. Je lui ai aussi conseillé d'arrêter de fréquenter le réfugié africain. Je lui ai dit : si tu continues, tu risques de causer des ennuis à tes parents" explique David Clarinval. "Le foot ne l'intéressait pas. Il s'ennuyait. Ici, ce n'est pas la ville..."

    Le lendemain (!) de cette visite, l'adolescent commettait sa première agression, à Libramont, avec son complice : sous la menace d'un couteau, ils arrachent un MP3 à un autre jeune qui attend le bus. On le soupçonne encore d'un fait du même genre commis à Gand, le jour du mariage de sa petite soeur...

    "Dans beaucoup de familles, il y a un élément qui tourne mal", soupire le bourgmestre. Le regard des habitants de Bièvre a changé. Très entourée au départ, la famille qui habite une maison isolée, à 300 mètres d'un quartier populaire, est aujourd'hui à peine tolérée. À cause de ce fils qui file un mauvais coton. "En novembre, les parents étaient contents que je fasse la démarche de le rencontrer. Ils sont dépassés par cet enfant rebelle. Les autres s'en tirent bien. Lui a mal tourné. Je condamne fermement ce qu'il a fait."

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    Un cortège réunissant environ 800 membres de la communauté scolaire de l'institut Cousot a quitté l'établissement mercredi vers 9h50. Le cortège est constitué du corps enseignant, du pouvoir organisateur et d'élèves. Les élèves devraient atteindre dans quelques minutes le centre hospitalier de Dinant. Ils brandissent une affiche avec la mention "Soutien à notre directeur, confiance en notre projet éducatif". Une délégation comprenant deux membres du pouvoir organisateur et deux membres de la direction devraient rencontrer les proches de la victime au centre hospitalier. (belga)

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