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Des coups de couteau, un coupable, une victime et puis après…
Des membres de la famille de Pierre Jacquet
Mis en ligne le 24/01/2007
On entend évidemment tout et son contraire en ces temps maudits où un jeune fou, mais néanmoins responsable, passe des menaces à l’acte en plantant son couteau à sept reprises dans le corps et surtout dans l’âme de Pierre, ce directeur d’école qui avait juste eu l’audace de lui donner une chance et l’outrecuidance de lui imposer des limites.
Les utopistes sont-ils donc condamnés à verser leur sang comme les poètes dans une société qui a peur de ses propres manquements, de ses propres errances ? Sommes-nous donc lâches au point de refuser de voir la réalité en face, pleutres au point de nous réfugier derrière l’émotion suscitée par ce geste inacceptable afin d’éviter de se poser les questions essentielles ? Elles sont pourtant nombreuses et aujourd’hui incontournables.
Pourquoi demande-t-on par exemple à l’école de s’occuper de tous ces jeunes au profil simplement dangereux ? Quels moyens le politique donne-t-il à un secteur qu’il considère comme prioritaire… du moins dans les discours ? Pourquoi retire-t-on aux écoles le droit de refuser une inscription ? Pourquoi cautionnons-nous l’existence de filières de relégation ? Pourquoi ne responsabilise-t-on pas plus les parents sur leur rôle éducatif en intervenant aussi dans la sphère familiale ? Et plus généralement, comment pouvons-nous continuer à vivre dans une société qui réduit au fait divers l’agression d’un directeur d’école ? Comment pouvons-nous continuer à vivre dans une société où le respect, le mérite, ou plus simplement le rêve sont des valeurs en déliquescence ?
Ces questions nous concernent tous. Elles doivent nous interpeller, nous bousculer, nous tenailler le ventre. Mais ces questions ne suffisent pas, encore faut-il pouvoir y apporter des réponses. De la Ministre de l’enseignement secondaire si loin de la vie quotidienne des écoles, aux parents lambda qui considèrent l’école comme une garderie gratuite quand ce n’est pas un centre de socialisation ; de ces dirigeants qui préfèrent laisser des gens sans papier durant des années plutôt que d’oser prendre des décisions courageuses de renvoi ou d’intégration plus rapide et soutenue qui sont davantage des marques de respect que de repli sur soi, à ces élèves d’autres établissements scolaires qui le lendemain du drame riaient de la mésaventure survenue à un salaud de directeur qui ne méritait sans doute pas mieux ; de ces enseignants meurtris dans leurs idéaux, à ces étudiants blessés dans leur goût des autres ; de cette épouse en colère à ses enfants et toute une famille en rage face à un tel déchaînement de violence, il doit y avoir un point commun, un trait qui unit, une force qui rassemble : la force de dire « ça suffit », la force de crier « plus jamais ça », la force de décider qu’une telle atrocité ne peut plus arriver.
Parce que lorsqu’un enseignant est meurtri, blessé ou insulté, lorsqu’un directeur est agressé, lorsque Pierre plie sous les coups de couteau, c’est notre avenir qui s’assombri et notre société qui s’approche à trop grands pas de l’abîme. Il est grand temps de réagir, autrement qu’en surfant politiquement sur l’émotion et en ayant le courage de ses idées et la force de vouloir changer les choses. Aux politiciens maintenant à transformer leur indignation en marques de décences et de respect. C’est seulement à ce prix que les blessures à l’âme dorénavant grise de Pierre trouveront un sens. Mais hélas, le doute est permis…
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