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Sous la loupe d'une thèse de doctorat
christian laporte
Mis en ligne le 12/03/2007
Céline Préaux est issue d'une famille que l'on qualifiera de "belgomixte". Sa mère d'origine flamande et son père d'origine francophone ont eu l'excellente idée de l'envoyer dès la maternelle dans l'enseignement flamand avant de lui faire suivre ses études universitaires en français à l'Université libre de Bruxelles.
Un bon placement à long terme : la jeune femme, déjà licenciée en Histoire a entamé un doctorat dans l'Alma-Mater du libre-examen. La cerise sur le gâteau après une immersion très prenante aux souvenirs parfois doux-amers : "Je me souviens d'être souvent rentré à la maison avec un autocollant sur la bouche portant l'inscription "nederlandstalig onderwijs" parce qu'on ne pouvait pas parler le français à la cour. Dès le début de l'année scolaire, on nous identifiait aussi, question de repérer ceux qui étaient susceptibles de le faire. Le déclic est venu à l'ULB quand je me suis rendu compte que mes congénères ne savaient pas grand-chose des réformes linguistiques que nous avions étudiées dans le secondaire. Qui plus est, trop d'entre eux étaient indifférents et ignoraient tout de la domination francophone au XIXe siècle. Cela m'a amenée à m'intéresser aux francophones de Flandre et à voir comment et quand ils ont perdu leur leadership symbolique. Plus particulièrement à Gand où ils se retrouvaient dans la bonne bourgeoisie alors que ceux d'Anvers étaient plutôt des grands industriels. Qui plus est, Anvers est aussi le berceau du nationalisme flamand et le contexte est un peu différent."
Céline Préaux a plongé dans un environnement de recherche presque vierge : les mémoires sur la question se comptent sur les doigts d'une main... Il y en a deux ou trois en sociolinguistique dans les universités flamandes et un mémoire historique à... Salzbourg ! La recherche de la jeune historienne qui vient de publier "La Gestapo devant ses juges belges" (chez Racine) embrassera la période des années 1930 à environ 70. "Une période intéressante : c'est celle des principales lois linguistiques jusqu'à la fixation de la frontière du même nom."
Avec en prime un épilogue axé sur l'actualité. Céline Préaux s'y attelle déjà : elle suit un DEA (diplôme d'études approfondies) où, selon sa propre expression, elle "met les francophones de Flandre à toutes les sauces". Sous la houlette de François Heinderyckx, elle prépare un mémoire sur la façon dont le Taal Aktie Komitee (TAK) a définitivement chassé "Exploration du monde" de Gand. Un sujet guère ou presque pas abordé dans la presse locale, flamande ou francophone.
Peur d'être pris sur le fait
Ayant contacté "La Semaine d'Anvers", dernier survivant de la presse francophone de Flandre qui avait été tuée à petit feu après sa reprise par le Groupe Rossel, Céline Préaux n'a même pas eu de réponse comme si les francophones de Flandre ne voulaient pas faire de vagues. Un mutisme qui ne l'étonne qu'à moitié : "J'ai essuyé d'autres refus du côté de certaines associations en vue de dresser leur profil sociologique. Elles n'ont pas répondu à de simples demandes de renseignements statistiques comme si elles avaient peur d'apparaître comme fransquillonnes". Une sorte de peur qui se ressent aussi individuellement : "Certains francophones n'osent plus parler leur langue dans l'espace public et on m'a parlé de personnes qui avant de sortir de leur voiture se parlent en néerlandais afin de ne pas être surpris à converser dans leur langue maternelle sur le parking".
Retour à "Exploration"... Si les conférences illustrées bien connues ont disparu à Anvers sous les coups de boutoirs flamingants dès les années 70, à Gand, le travail de sape a fini par porter il y a une quinzaine d'années : "Chaque conférence nécessitait un service d'ordre développé et le bourgmestre de Gand n'a plus voulu les faire assurer pour des raisons budgétaires" commente Céline Préaux. "En outre, les interdictions de rassemblement de plus de 5 personnes causèrent des ennuis aux riverains et il fallut changer de salle. Et l'on se retrouva dans une salle ex-centrée et insalubre. "Exploration du monde" avait vécu à Gand et aujourd'hui, seul Renaix tient le coup en Flandre" . Les réformes de 1993 avaient, semble-t-il, donné des ailes au TAK mais l'intransigeance radicale déboucha aussi de manière plus positive sur la création de l'Association pour la promotion de la francophonie en Flandre (APFF) qui fait oeuvre utile avec sa revue "Nouvelles de Flandre" qui fédère les activités sur l'ensemble du territoire sous la direction d'Edgar Fonck. Une APFF qui arriva très utilement chez Lily Nabholtz - Haidegger, cette commissaire du Conseil de l'Europe chargée d'enquêter sur les minorités en Belgique. L'on sait que pour l'heure, l'on n'est nulle part puisque la convention-cadre sur les minorités n'a toujours pas été ratifiée par toutes nos instances de pouvoir mais l'approuver reviendrait à remettre en cause moult compromis linguistiques. Ce qui est "onbespreekbaar" en Flandre...
Homogénéité culturelle
Céline Préaux domine déjà bien le sujet mais va élargir ses horizons : elle réalise sa thèse en co-tutelle avec l'Université d'Ottawa. Elle a donc deux promoteurs, l'Uèlbiste Serge Jaumain et le Canadien Yves Frenette et passera aussi un an en Ontario pour étudier les difficiles relations entre anglophones et francophones canadiens. Pour l'heure son diagnostic fait déjà sérieusement réfléchir : "La revendication flamande est aujourd'hui proportionnelle à l'oppression dont ils ont fait l'objet. Et ce n'est certainement pas une revendication économique car les Flamands ont tous les leviers du pouvoir mais ils veulent l'homogénéité culturelle"...
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