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Humeur

Extrémisme : "responsabilité partagée"

Mis en ligne le 12/03/2007

Jan DE TROYER Rédacteur en chef. Directeur de TV-Brussel. Chroniqueur à la RTBF.

Trois quarts des Flamands ne sont pas d'accord avec la vraie force séparatiste en Flandre - l'extrême droite. Pourtant nous avons l'impression que vous, les Francophones, nous considérez tous un peu infectés par cette idéologie. Un Flamand qui ose dire qu'il a un problème avec l'attitude de certains jeunes Marocains et qui dit qu'il faut isoler des jeunes violents dans une institution pour les empêcher d'empoisonner l'atmosphère de tout un quartier, est facilement stigmatisé. Pour rester politiquement correct mieux vaut nier les thèmes politiques qui sont abordés par l'extrême droite, au risque de donner le terrain libre aux extrémistes pour leurs propositions fascistoïdes. Leur succès incite la Belgique francophone de montrer du doigt les Flamands. Vous éprouvez une méfiance profonde à l'égard de la mentalité flamande. On peut comprendre : vous vous souvenez des photos montrant les formations de milices flamandes qui paradaient dans les années quarante en uniformes noirs à la grand-place de Bruxelles.

Mais - au risque de vous marcher sur les pieds - je voudrais vous demander : si la Flandre a été dans les années trente une pépinière idéale pour les mauvaises herbes des nazis, est-ce que les décennies d'humiliations et de violations des droits des Flamands par une certaine francophonie n'auraient pas joué un rôle dans cette histoire ? Est-ce que c'était une justification pour continuer après la guerre la discrimination des Flamands sur de nombreux terrains ? Pour ne donner qu'un exemple : jusque dans les années septante à l'agence de presse Belga, seuls les francophones avaient le droit d'être journaliste. Les Flamands traduisaient les textes, on n'était "pas assez intelligents" pour écrire. C'était une réalité, pas une mauvaise plaisanterie de Monsieur Leterme. Il ne faut donc pas s'étonner que le sentiment de frustration contre la "Belgique à papa" s'est enraciné profondément en Flandre. C'est là la terre nourricière dans laquelle les anciens démons ont survécu. Aujourd'hui cette même idéologie s'est redressée en jouant sur la xénophobie. La Flandre - terre d 'émigration depuis toujours - est devenue une destination d'immigration. Pour les francophones l'immigration est chose commune, pour les Flamands c'est une expérience inconnue, difficile. Cela ne peut évidemment pas justifier la forte xénophobie en Flandre. Un couple qui refuse de se faire marier par un échevin noir, une femme marocaine qui a été poussée à l'avortement par la famille de son mari flamand, il est honteux que ces choses se passent chez nous. Mais nous rendre suspects ne va pas aider. Si la Flandre veut une politique plus stricte contre la petite délinquance, contre les abus dans la sécurité sociale etc., ce n'est pas parce que nous sommes tous des "crypto-fascistes". Nous avons tout intérêt a ne pas laisser l'initiative dans ces matières à l'extrême droite. Et les deux communautés ont tout intérêt de réprimander chaque abus politique qui pourrait être exploité par l'extrême droite pour miner la démocratie. Nous partageons cette responsabilité.

Trois quart des Flamands ne sont pas d'accord avec la vraie force séparatiste en Flandre - l'extrême droite. Pourtant nous avons l'impression que vous, les Francophones, nous considérez tous un peu infectés par cette idéologie. Un Flamand qui ose dire qu'il a un problème avec l'attitude de certains jeunes marocains et qui dit qu'il faut isoler des jeunes violents dans une institution pour les empêcher d'empoisonner l'atmosphère de tout un quartier, est facilement stigmatisé. Pour rester politiquement correct mieux vaut nier les thèmes politiques qui sont abordés par l'extrême droite, au risque de donner le terrain libre aux extrémistes pour leurs propositions fascistoïdes. Leur succès incite la Belgique francophone de montrer du doigt les Flamands. Vous éprouvez une méfiance profonde à l'égard de la mentalité flamande. On peut comprendre : vous vous souvenez des photos montrant les formations de milices flamandes qui paradaient dans les années quarante en uniformes noirs à la grande place de Bruxelles. Mais - au risque de vous marcher sur les pieds - je voudrais vous demander : si la Flandre a été dans les années trente une pépinière idéale pour les mauvaises herbes des nazis, est-ce que les décennies d'humiliations et de violations des droits des Flamands par une certaine francophonie n'auraient pas joué un rôle dans cette histoire ? Est-ce que c'était une justification pour continuer après la guerre la discrimination des Flamands sur de nombreux terrains ? Pour ne donner qu'un exemple : jusque dans les années 70 à l'agence de presse Belga, seuls les Francophones avaient le droit d'être journaliste. Les Flamands traduisaient les textes, on n'était "pas assez intelligents" pour écrire. C'était une réalité, pas un mauvaise plaisanterie de Monsieur Leterme. Il ne faut donc pas s'étonner que le sentiment de frustration contre la "Belgique à papa" s'est enraciné profondément en Flandre. C'est là la terre nourricière dans laquelle les anciens démons ont survécus. Aujourd'hui cette même idéologie s'est redressée en jouant sur la xénophobie. La Flandre - terre d 'émigration depuis toujours - est devenue une destination d'immigration. Pour les Francophones l'immigration est chose commune, pour les Flamands c'est une expérience inconnue, difficile. Cela ne peut évidemment pas justifier la forte xénophobie en Flandre. Un couple qui refuse de se faire marier par un échevin noir, une femme marocaine qui a été poussée à l'avortement par la famille de son mari flamand, il est honteux que ces choses se passent chez nous. Mais nous rendre suspects ne va pas aider. Si la Flandre veut une politique plus stricte contre la petite délinquance, contre les abus dans la sécurité sociale etc. , ce n'est pas parce que nous sommes tous des crypto-fascistes. Nous avons tout intérêt a ne pas laisser l'initiative dans ces matières à l'extrême droite. De même que les deux communautés ont tout intérêt de réprimander sévèrement chaque abus politique qui pourrait être exploité par l'extrême droite pour miner la démocratie. Nous partageons cette responsabilité.

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