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Enseignement
La Flandre rejette l'école bilingue
V. R.
Mis en ligne le 12/03/2007
Au Royaume de Belgique, il est décidément bien difficile de parler de l'enseignement des langues en toute sérénité. La semaine dernière, Frank Vandenbroucke (SP.A), ministre flamand de l'Éducation, et Guy Vanhengel (VLD), ministre bruxellois pour l'enseignement flamand, provoquaient l'indignation dans les rangs francophones après avoir suggéré que les parents inscrivant leur enfant dans une école flamande et ne maîtrisant pas eux-mêmes la langue de Vondel pourraient à l'avenir être obligés ou à tout le moins être invités à suivre un cours de néerlandais. Ce week end, c'est le PS qui a eu droit au tir de barrage des partis flamand pour avoir proposé de créer des écoles bilingues.
Tout a commencé samedi matin, lors d'une réunion au cours de laquelle Elio Di Rupo a dévoilé les 30 premières propositions du programme électoral de son parti - des propositions "ultra concrètes", fruits de débats organisés en communauté française.
Que propose le PS ? Sans être exhaustif : l'élaboration d'un plan national de lutte contre le cancer, la gratuité des transports pour les chômeurs qui se rendent à des offres d'emploi, le développement de crèches dans ou aux abords des gares, la suppression de critères particuliers - âge, sexe, état de santé - dans les assurances obligatoires, la constitution d'un fonds de garantie en cas de faillite de l'entrepreneur, une fin de congé de maternité progressive pour les jeunes mères ou encore la mise en place d'un numéro gratuit d'urgence pour venir en aide aux personnes confrontées à un problème de drogue. Et puis, donc, il y a cette proposition de créer des écoles bilingues en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles - essentiellement le long de la frontière linguistique - où se côtoieraient des enfants francophones et néerlandophones, où les cours seraient donnés dans les deux langues nationales.
Mais l'idée a rapidement pris une volée de plombs dans l'aile. Le ministre Frank Vandenbroucke a répété ce qu'il disait le week-end dans "La Libre". "Il est naïf de croire que l'on pourrait avoir un enseignement de qualité dans les deux langues", avait-il déclaré. "Nous n'avons pas de bonnes expériences d'institutions bilingues à Bruxelles", a renchéri Guy Vanhengel. Le CD & V s'est montré pour sa part "peu convaincu", préférant miser sur des échanges de professeurs et d'élèves. Et Patricia Ceyssens, députée flamande VLD, a signifié une fin de non-recevoir. "L'enseignement est une compétence flamande et nous ne voulons pas toucher à ce principe de territorialité", a-t-elle indiqué à l'agence Belga. Fin du débat ?
Savoir Plus
Responsable de l'association Aula Magna, initiateur de la pétition "Wij bestaan nous existons"
Votre association, qui milite pour la reconnaissance de Bruxelles comme véritable troisième région, est une fervente partisane de l'enseignement bilingue. L'idée du PS doit vous ravir.
Elle montre que les esprits sont en train de mûrir. Les gens se rendent compte que la problématique du bilinguisme est prioritaire. Il y a quelques années, on nous aurait ri au nez avec notre proposition. Maintenant, on s'en empare. C'est bien.
Pourquoi l'école bilingue ? Et comment ?
Le développement de l'enseignement en immersion en communauté française est une bonne chose. Mais il est limité, notamment par la difficulté de recruter des enseignants néerlandophones. Nous, ce qu'on veut, ce sont des écoles véritablement bilingues. Ce qui suppose d'en organiser les programmes et de structurer le pouvoir organisateur d'une autre manière. C'est théoriquement possible. Il suffirait que la Communauté française et la Communauté flamande concluent un accord de coopération. Cela n'a jamais été fait. Hélas. Je reconnais cependant que ce n'est pas facile. Non seulement, cela demande de la volonté politique, mais en plus il faudra mettre en place une usine à gaz administrativo-scolaire. Car dans l'école bilingue, il y aura des enseignants des deux communautés, avec un statut, des salaires différents.
La sortie du PS doit vous donner espoir ?
Le PS s'est emparé de l'idée. Très bien. Mais il y a un problème dans sa proposition. Suivant une logique très "Communauté française", il n'a pas voulu la limiter à Bruxelles. Il l'étend à la Wallonie. Et comme il ne pouvait s'y cantonner, il propose que la Flandre puisse faire de même. Et ça, c'est la meilleure manière d'enterrer l'idée. Vous imaginez que les Flamands vont accepter d'organiser des écoles bilingues à Aalst, Antwerpen ou Gent ? Et pourquoi pas réintroduire des écoles mixtes pour la bourgeoisie francophone de Gand ou de Courtrai ? Pour eux, cela s'apparenterait à un retour de 100 ans en arrière. C'est regrettable, parce que la priorité, ce n'est pas en Wallonie ou en Flandre qu'elle se situe. C'est à Bruxelles. C'est là que la connaissance des deux langues est la plus importante. Et c'est là où l'apprentissage du bilinguisme est le plus facile. Vous baignez dedans tout le temps.
(V. R.)
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