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Politique
"La base, c'est maintenir la solidarité"
ENTRETIEN, PIERRE GILISSEN ET VINCENT ROCOUR
Mis en ligne le 22/03/2007
Pour les verts flamands, l'enjeu des élections du 10 juin prochain ne se situe pas au même niveau que pour les autres partis. Il s'agit avant tout de réintégrer une Chambre et un Sénat dont ils sont exclus depuis 2003. Entretien avec Vera Dua, qui ayant repris le flambeau de la présidence de Groen ! après la débâcle de 2003, est désormais "le plus ancien" président de parti flamand en place.
Quels enseignements tirez-vous de notre semaine de sondages "flamands" ?
Un mélange de beaucoup de bon sens, le plus souvent, et de quelques idées véhiculées par le monde politique. Leurs réponses sont plus nuancées, mais quand les Flamands sont aussi nombreux à trouver les Wallons paresseux, ils sont un peu dans le discours des politiques. Ce qui m'a le plus surpris, c'est la faiblesse du lien des Flamands avec Bruxelles. Je ne pensais pas que ce serait à ce point-là. Et choisir Anvers aussi massivement, il y a des limites quand même ! (rires) (Vera Dua est gantoise - NdlR)
Que pensez-vous des résultats plutôt favorables à l'immersion linguistique ?
L'enseignement flamand a d'excellents résultats partout sauf dans un domaine : la prise en charge des immigrés. Pour nous, c'est cela la priorité. A Gand, les élèves allochtones de la troisième génération ont des moins bons résultats que ceux de la première. Mais on fait des expériences pour donner cours en turc à des jeunes élèves turcs, par exemple. En tout cas, c'est un peu stupide de refuser ce débat, ou de le placer dans une atmosphère de conflit communautaire, parce que cela n'a rien à voir.
Qu'est-ce qui devrait changer en Wallonie, selon vous ?
Ce qui est inquiétant, c'est la montée de la pauvreté et la persistance du chômage. Et cela avec un PS qui est depuis si longtemps au pouvoir. Si j'étais Elio Di Rupo, je dormirais mal. Il faut vraiment donner un signal fort, aussi depuis la Flandre. Et je sens cela comme une partie de mon pays : ce sont mes compatriotes, ils ont droit à un bon emploi et à une belle vie.
Y a-t-il encore un front flamand ?
Ça m'a l'air plutôt fissuré ! De toute façon, nous n'avons jamais été friands de ce genre de choses.
Quelle est votre position par rapport au round institutionnel qui s'annonce ?
Pour nous, les deux vrais enjeux pour ces élections sont la problématique du climat et l'augmentation de la pauvreté. Celle-ci est d'autant plus préoccupante que les socialistes gèrent depuis très longtemps presque tous les départements sociaux. Il y a le problème des isolés, des plus âgés, de la non-adaptation des allocations au bien-être.
Pour tout ce qui est communautaire, nous examinons chaque problématique à la lumière de trois grands principes. 1° Il faut avoir une gestion efficace, et nous sommes ouverts à toute discussion sur les paquets de compétences. 2° Il faut conserver la solidarité. 3° Il faut davantage de participation des citoyens.
Dans cette optique-là, faut-il régionaliser toute la politique de l'emploi ?
Pour nous, tout le financement doit en tout cas rester fédéral, c'est la base de la discussion. Et puis, en Flandre, il y a un glissement à droite de tout le paysage politique. Il ne faut pas que cela serve à faire du démantèlement social : diminuer le montant des allocations ou limiter l'octroi de celles-ci dans le temps.
Mais c'est surtout le SP.A qui est demandeur.
Oui, mais certains sont tellement dans une logique d'activation que tout le reste doit passer au second plan. Nous sommes aussi partisans de mettre le plus possible de chômeurs au travail, de les aider à trouver un emploi, mais pas d'intervenir de manière quasi policière comme le VDAB et l'Onem veulent le faire actuellement.
Vous sentez-vous plus proches du SP.A que des autres partis flamands ?
Nous sommes un parti progressiste et donc, nous sommes à gauche du paysage politique. Mais le courant écologiste, qui existe partout en Europe, occupe une place à part. Il se caractérise avant tout par une vision à long terme : pour résoudre certains problèmes qui risquent de se poser d'ici 15 ou 20 ans, il faut dès maintenant faire les bons choix politiques et sortir d'un modèle où l'on recherche toujours plus de croissance, de consommation et de bénéfices. A ce niveau-là, nous sommes à contre-courant de tout le monde, y compris des socialistes.
Les socialistes seraient-ils néanmoins votre partenaire privilégié pour entrer dans un gouvernement ?
On n'en est pas là. En 2003, nous avons pris une gifle magistrale de l'électeur et nous avons été mis dehors du Parlement fédéral. Pour l'instant, notre premier objectif est d'y revenir. En y allant tous seuls, si nous répétons le score des provinciales, nous pouvons avoir 6 députés et 2 sénateurs. Après, on peut bien sûr collaborer avec les autres partis...
A la Chambre, vous misez presque uniquement sur de jeunes inconnus. C'est très risqué, non ?
C'était ma deuxième mission quand je suis devenue présidente : assurer la relève, l'avenir du parti en termes de personnel politique. C'est risqué, mais nous avons le luxe d'avoir tout un vivier de jeunes militants dans lequel nous pouvons puiser. Ceux qui ont été choisis sont des gens de qualité, qui vont maintenant apprendre leur métier de parlementaire.
Depuis le film d'Al Gore, tout le monde est un peu devenu écologiste, y compris à l'Open VLD. N'avez-vous pas peur que les électeurs jugent que vous ne servez plus à rien ?
On est à un moment charnière. Le climat est partout dans l'actualité. Les gens sentent bien que l'hiver a été anormalement doux, après un été trop chaud. On voit qu'aucun parti démocratique ne peut plus se permettre de se taire sur l'environnement et le climat. Même au CD & V, Herman Van Rompuy m'a dit que le CD & V préparait un grand plan sur l'environnement, alors que Kris Peeters est nettement plus visible comme ministre des Travaux publics que de l'Environnement ! Mais en réalité, il n'y a pas beaucoup de volonté de faire réellement quelque chose de structurel. On est mauvais dans tous les domaines. Nous n'arrivons pas aux normes de Kyoto, pourtant si peu sévères. Nous sommes les deuxièmes plus mauvais élèves européens en matière d'énergie solaire. En Flandre, on est occupés à construire de nouvelles voiries pour faire de la Région un centre logistique de distribution. Le trafic poids lourds va encore augmenter. On prend des décisions politiques qui vont en sens contraire des effets d'annonce. Les gens ne sont pas dupes : quand on utilise l'environnement comme prétexte pour combler un trou dans un budget, comme le week-end dernier, on commence déjà à décourager une partie de ceux qui ont pris conscience de l'enjeu du climat et qui sont prêts à faire quelque chose. Plus que jamais, on a besoin d'un parti vert.
Comment gérer de manière verte un dossier comme celui de Volkswagen Forest par exemple ? Si vous vous battez pour maintenir des emplois dans la construction automobile, vous êtes en contradiction avec vos propres principes...
D'abord, il faudrait que les normes sociales soient établies au niveau européen pour éviter ce genre de scénarios. A court terme, quand un tel nombre de gens se retrouvent à la rue, il faut essayer de garder un maximum d'emplois et de trouver des solutions pour reclasser et encadrer ceux qui ne peuvent pas rester, tous les verts sont d'accord là-dessus. Mais à long terme, il faut miser sur les secteurs d'avenir. Quand on regarde à l'étranger, on se rend compte que la Belgique est en train de rater le train. Les énergies douces sont un secteur à haute intensité de main-d'oeuvre. Il y a encore un avenir dans l'industrie automobile mais il faudrait miser sur les voitures propres. Pour les voitures de société, on devrait signer une convention avec le secteur pour en faire une "flotte verte", à la place de tous ces 4x4 qui sont tellement prisés aujourd'hui. Avec une telle mesure, on pourrait complètement changer le paysage automobile en quelques années.
© La Libre Belgique 2007
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