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élections législatives

De Decker, le libéral coopérant

Marie-France Cros

Mis en ligne le 11/05/2007

Armand De Decker, on ne l'imaginait pas vraiment à la Coopération au développement. En fin de mandat, le libéral se dit satisfait de sa politique africaine et de l'augmentation du budget de l'aide au développement. Mais sur ces deux point, il a aussi été critiqué.

Armand De Decker, ministre de la Coopération au développement ? "J'ai adoré !", assure-t-il. Mais ce n'est pas à ce poste qu'on avait a priori imaginé ce grand passionné de défense. Descendu du perchoir du Sénat, on l'aurait vu davantage dans un autre monde que celui de l'aide au développement.

Erreur de casting ? L'homme, qui a succédé à Marc Verwilghen en juillet 2004, termine son mandat sur un bilan jugé mitigé, dans un secteur où l'idéal a du mal à s'accommoder de la réalité. Un monde sépare le libéral en costume cravate pour lequel "créer un environnement propice aux affaires est tout bénéfice pour le développement" et les idéalistes en tongs et dreadlocks qui fustigent "les multinationales pillant sans vergogne l'Afrique de ses richesses". "Il leur est très difficile d'intégrer qu'un libéral puisse être un bon ministre", soupire Armand De Decker.

Les difficultés de communication entre le ministre et les acteurs reconnus du terrain n'ont pas aidé : "Nous regrettons qu'il n'y ait pas eu d'espace de concertation régulier entre le cabinet du ministre et le Centre national de coopération au développement - 11.11.11", explique Arnaud Zacharie, son directeur de recherche et du plaidoyer. "Cela aurait permis d'échanger des arguments et de sortir du ping-pong stérile par communiqués interposés." Si le CNCD-11.11.11 a trouvé une oreille attentive et un partenaire "proactif", c'est, dit-il, plutôt au Parlement, "où s'est exprimée dans une série de textes une volonté politique de différents partis d'avancer collectivement". On y a adopté des résolutions, sur l'annulation de la dette des pays pauvres par exemple, ainsi que la loi Tobin/Spahn, qui contraint le gouvernement belge à lever une taxe sur les transactions financières internationales pour autant que les autres pays de la zone euro en fassent de même - donc jamais.

A sa décharge, Armand De Decker n'a pas en main toutes les cartes de la politique gouvernementale du développement, qui relève de son portefeuille mais aussi des Affaires étrangères, du Commerce ou des Finances. Ainsi son coreligionnaire libéral, le ministre des Finances Didier Reynders, n'a-t-il pas embrayé sur l'idée d'instaurer une taxe de solidarité sur les billets d'avion, comme on en trouve en France et au Royaume-Uni.

Une augmentation et après ?

Quand il se retourne sur son action, le ministre se montre assez fier. Fier d'avoir créé le service volontaire de coopération au développement, "grâce auquel je vais créer des vocations", diminué les délais de réalisation de projets et stabilisé son département qui avait subi des réformes. Mais s'il est un point duquel il est particulièrement satisfait, c'est d'avoir "tiré le budget de la coopération au développement vers le haut de manière spectaculaire". En euros sonnants et trébuchants, les dépenses ont, en effet, augmenté de 36 pc entre 2004 et 2007.

Proportionnellement au produit national brut de la Belgique, la hausse est toutefois bien moins nette. Selon les chiffres de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l'aide publique au développement du pays se montait à 0,50 pc en 2006. "Ce n'est pas suffisant" si l'on veut y consacrer 0,7 pc de la richesse belge d'ici à 2010, estime Arnaud Zacharie. "Il faut changer de braquet, il ne reste plus que trois ans !" Ce qui a le don d'irriter Armand De Decker. "Rien n'est jamais suffisant ! Je ne vois pas comment on aurait pu augmenter le budget plus que ce que je l'ai fait." La suite ? "Cela dépendra de la volonté du prochain gouvernement."

Pour l'heure, "ce dont je suis le plus fier politiquement, c'est d'avoir maintenu une politique africaine ambitieuse", affirme le ministre. Son action sur le continent noir a été remarquée, particulièrement au Congo. M. De Decker a pris des initiatives spectaculaires, comme la Conférence de Bruxelles sur l'avenir des forêts congolaises en février 2007, mais il a aussi été l'objet de moqueries pour avoir fait partie du "train bleu" - appellation ironique donnée en Belgique au défilé de personnalités libérales à Kinshasa durant la campagne électorale congolaise, interprétée par les Congolais comme un soutien partisan au président Kabila.

Cet appui a été considéré par l'homme de la rue congolais comme le reflet de la politique de la Belgique, ce qui a miné l'image de neutralité que le chef de la diplomatie belge, Karel De Gucht, voulait donner en la matière. Le ministre de la Coopération, toutefois, s'en défend : "Je n'ai jamais pris parti pour Kabila", "j'ai été voir Tshisekedi et Bemba", et "je n'ai pas cessé de plaider pour que l'opposition soit respectée".

Armand De Decker a rivalisé avec le ministre socialiste de la Défense, André Flahaut, pour faire assaut d'indulgence envers l'équipe Kabila, sabotant la diplomatie belge. Karel De Gucht doit poireauter jusqu'en dernière minute pour voir le Président congolais, attaque M. De Decker, "moi je peux voir Kabila quand je veux". Le chef de la diplomatie "va tout de suite à l'affrontement avec ses interlocuteurs. Moi, je dis leurs quatre vérités aux gens entre quatre yeux. Mon efficacité est plus grande que la sienne !"

Il s'est cependant retrouvé assez embarrassé pour répondre à la presse kinoise lorsque celle-ci lui a demandé - alors qu'il venait sanctionner la reprise officielle de la coopération, rompue en 1990 - quelle différence il faisait entre le massacre de Lubumbashi, qui avait justifié la rupture, et celui du Bas-Congo (134 morts les 31 janvier et 1er février 2007).

et

Savoir Plus

3 questions à Vera Dua, Présidente de Groen!

Armand De Decker a succédé à un membre de votre parti, Eddy Boutmans, à la Coopération au développement. Quel bilan faites-vous de sa gestion ?

Nous avons plusieurs critiques fondamentales. Tout d'abord, concernant le budget. Eddy Boutmans avait inscrit dans une loi-programme une augmentation progressive du budget de la Coopération au développement pour arriver à 0,7 pc en 2010. Non seulement on en est loin, mais en 2006, on est à 0,48 pc contre 0,53 pc deux ans auparavant. Dans ces conditions, on n'y arrivera jamais, alors qu'on a souscrit aux objectifs du millénaire de réduire la pauvreté de moitié en 2015.

De plus, ce budget réduit est pollué par des dépenses qui n'ont rien à voir. Ainsi, certaines dépenses du Ducroire (la SA Ducroire, qui a succédé en 2004 à l'Office national du Ducroire, se porte garante en cas de non-paiement par les débiteurs, privés ou publics, de certains investissements à l'étranger - NdlR) sont désormais comptabilisées comme étant de l'aide au développement, alors que cela n'a rien à voir : les montants versés le sont à des entreprises belges, et, les dernières années, cela a pu représenter jusqu'à 41 pc du total de la Coopération au développement. Certaines dépenses en matière d'aide aux demandeurs d'asile sont aussi désormais incluses dans ce budget.

Autre chose : la "cellule climat" qui avait été mise sur pied par Eddy Boutmans pour aider les pays en voie de développement à affronter les conséquences du changement climatique - cela peut aller de la construction de digues à l'accueil de réfugiés fuyant la sécheresse, par exemple - cette cellule est en léthargie complète et son know-how a été gaspillé.

Rien de positif, donc ?

Très peu de choses. Armand De Decker a récemment organisé une journée d'études sur la protection de la forêt au Congo et, avec Karel De Gucht, ils ont fait de cette question un point essentiel des discussions avec les autorités congolaises. C'est très important, non seulement pour la biodiversité, parce qu'il y a des biotopes très précieux au Congo, mais aussi parce que le déboisement est à l'origine de 18 pc de la production de CO2 dans le monde. Le fait que la priorité soit donnée à l'Afrique, même si la politique actuelle est peut-être un peu trop centrée sur le Congo, est important pour nous aussi. C'est là que se trouvent les plus grands défis et qu'il reste le plus à faire.

Faut-il régionaliser la coopération au développement ?

Pour nous, certainement pas. C'est déjà assez difficile comme cela de faire une politique fédérale cohérente. Nous sommes un petit pays.

(P.G.)

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