Abonnez-vous a La Libre Belgique

Didier Reynders : "Nous, les libéraux, MR et Open VLD, nous sommes prêts. Au CD & V, on est prêt. Reste le CDH

Paul Piret, Vincent Rocour ET Francis Van De Woestyne

Mis en ligne le 05/07/2007

Le président du MR veut un gouvernement avant la fin de l'été. Pour avoir un bon budget en octobre.

entretien

Didier Reynders a bouclé sa mission d'information. Le président du MR en livre à "La Libre" le bilan et dresse les perspectives pour le prochain gouvernement.

Votre mission s'est achevée mercredi. Qu'est-ce qui se passe maintenant ?

Durant ma mission, j'ai constaté une volonté assez large de former un gouvernement qui aurait comme objectif de déposer en octobre un budget solide et une déclaration de politique générale forte. Mais si on veut cela, il faut qu'un gouvernement constitué - plutôt que des partis - puisse en discuter valablement. Cela implique qu'il soit constitué d'ici à la fin de l'été.

Aller si vite, c'est possible ?

Dans mon rapport, il n'y a pas seulement un état des lieux général, mais aussi un certain nombre d'options précises et certaines tendances. On peut partir de là pour former un gouvernement. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de débat. Je pense par exemple que l'on passera quelques heures à négocier un consensus sur les sans-papiers, l'immigration économique et l'accès à la nationalité... Mais le consensus est possible.

Que pensez-vous d'un Premier ministre qui n'aurait négocié ni le programme socio-économique, ni le programme institutionnel ?

Ce ne serait pas la première fois. Je pense qu'il faut laisser toute personne faire ses preuves en exerçant la fonction. Mais il va falloir se rendre compte qu'on ne gère pas un gouvernement fédéral comme on gère un gouvernement régional. On doit apprendre à vivre avec une autre Communauté !

Avec les Ecolos, comme le demande Joëlle Milquet ?

Deux éléments m'ont surpris dans son appel. Pourquoi appeler quelqu'un à venir dans un gouvernement où l'on n'a pas encore décidé d'aller soi-même ? Bizarre, non ? Et ensuite : pourquoi taper sur quelqu'un que l'on invite à venir ?

Donc, en route vers un gouvernement orange-bleu...

On est en Belgique, tout peut encore être modifié. Je suis convaincu que l'on peut trouver des accords entre les formations qui ont gagné des élections et qui font partie d'une famille politique à même de trouver des convergences entre le Nord et le Sud. Trois familles politiques ont, à des degrés divers, gagné les élections. Les libéraux sont prêts. Les écologistes ont fait un groupe technique, même si je n'ai pas senti leur volonté réelle d'entrer dans une négociation. Au CD & V, on est prêt. Reste le CDH...

Et les socialistes ?

Des formations politiques se sont retirées officiellement. Le SP.A l'a dit clairement à l'informateur : "Allez-y sans nous, nous jugerons sur pièces pour le programme institutionnel". Et en ce qui concerne le PS, je n'ai pas ressenti, au travers du contact assez bref que j'ai eu avec ses représentants, un enthousiasme fou à participer à une prochaine coalition.

La tripartite traditionnelle est donc exclue ?

Pour nous, libéraux (MR et VLD), une tripartie, c'est non. Ce serait ouvrir la porte, sur le plan institutionnel, à tout et n'importe quoi. Et sur tous les autres sujets, ce serait ramener les socialistes à la table. Le CD & V aussi rejette formellement la tripartite.

Alors, pas de volet communautaire ?

Il faudra distinguer ce qu'on peut faire à la majorité simple et ce pour quoi il faut une majorité aux deux tiers. Ceux qui demandent d'aller chercher les deux tiers devraient maintenant dire pourquoi ils veulent cette majorité des deux tiers. Pour l'instant, j'entends certaines formations, qui se voient dans l'opposition, prêtes à appuyer une réforme de l'Etat à la carte.

Or, si on travaille à la carte et pas au menu, des choses devront correspondre à des sensibilités flamandes et d'autres, à des sensibilités francophones. Il faudra donc chercher à l'extérieur de la majorité les deux tiers sur un sujet et deux tiers différents sur d'autres ! Cela me laisse perplexe... Mais en Flandre, ni le SP.A ni le LLD n'ont rejeté l'éventualité de soutenir une réforme de l'extérieur. Au sud, Ecolo non plus. Le PS a une position plus catégorique, ce qui étonne puisqu'il a voté la déclaration de révision de la Constitution.

Votre conviction ?

On pourrait mettre assez rapidement en place une majorité pour gérer l'ensemble des thèmes repris dans le rapport, en ce compris le volet institutionnel, tout en sachant qu'il faudra faire la part des choses entre ce que la majorité pourra faire seule et ce pour quoi elle aura besoin d'appui extérieur. Mais je ne veux pas d'un gouvernement qui mettrait sa vie en jeu tous les jours parce qu'il serait incapable d'avoir les deux tiers.

N'est-ce pas isoler la législation électorale et donc le dossier Bruxelles-Hal-Vilvorde, qui peut être réglé à la majorité simple ?

Non. Je n'ai pas dit que l'on pourrait avancer dans les matières qui ne nécessitent qu'une majorité simple en ne faisant rien sur le reste. On ne fera à la majorité simple que ce sur quoi tout le monde est d'accord...

Par exemple ?

Dans les aménagements de compétences. Tout ne se fait pas aux deux tiers. Même chose en matière électorale : il n'y a pas que BHV ! J'ai par exemple beaucoup interrogé les partis sur l'obligation de vote.

Le VLD reste partisan de sa suppression ?

Les avis sont nuancés. Même les gens fidèles au maintien de l'obli ation ne souhaitent pas que l'on poursuive pénalement les absents. C'est hypocrite...

Pourrait-on dissocier le volet communautaire des autres thèmes ?

L'accord de majorité devra porter sur le tout. Mais on devra faire la différence entre : ce que l'on va faire parce qu'on a la majorité et que l'on est décidé à déposer des textes; ce que l'on voudrait faire à condition d'avoir peut-être d'autres choses aux deux tiers ; ce pour quoi par hypothèse il faut chercher les deux tiers. Soit on veut un gouvernement des deux tiers mais je ne vois pas qui le composerait ; soit on accepte cette idée de chercher des soutiens extérieurs qui ne sont jamais gagnés.

Mais le CD & V veut des preuves plus tangibles de réformes faisables.

La phase dans laquelle on entre maintenant est celle où le CD & V devra dire concrètement ce qu'il veut. Quand on prend la main, il faut assumer.

À quoi servira la très probable mission préalable à la formation ?

Essentiellement, vérifier s'il y a enfin 4 partis prêts à se mettre à table. Il y a une double hésitation actuellement. Celle du CDH à entrer dans le parcours; celle du CD & V à définir jusqu'où aller dans la précision de ce qui sera dans l'accord. Il aimerait savoir jusqu'où les autres sont prêts à aller. Non, ce sont les autres qui attendent ce que veut réellement le parti demandeur.

Les 25 jours écoulés depuis le 10 juin n'auront donc ici servi à rien ?

Je n'ai pas senti baisser les exigences ou les tensions communautaires. Le temps passé a servi à deux choses. D'abord, pour un certain nombre de responsables, à analyser les résultats du scrutin et les nouveaux rapports de force - dans certains cas, ça a pris du temps... Ensuite, faire comprendre à tous les éventuels partenaires qu'ils devront négocier. "Négocier", ça ne veut pas dire : "Je veux tel poste, telle circonscription, telle réforme de l'Etat". C'est "Je veux ça. Vous, que voulez-vous ? Est-ce qu'on peut commencer à discuter ?"

Un gouvernement orange-bleu rassemblerait des formations qui se sont fort opposées. Comment sont vos relations avec le CDH, et singulièrement avec sa présidente ?

À l'émission "Les bureaux du pouvoir", Joëlle Milquet a expliqué que ses ressentiments à l'égard du MR étaient liés au passé. Comme président du parti, je veux bien assumer ce qui se serait passé avec d'autres. Mais les griefs à mon égard n'étaient pas bien lourds. Cela dit, il n'est pas anormal que des tensions surgissent entre des partis qui se trouvent sur le même marché électoral. Je pense aussi que tant le CD & V que le CDH n'ont pas une grande culture de l'alternance. Chez nous, nous avons cette culture très ancrée. Là où on est dans l'opposition, on fait de l'opposition. Là où nous sommes dans la majorité, nous participons à la majorité. Je sens bien qu'il y a un malentendu là dessus.

Les francophones se reverront-ils avant la conclusion d'un accord de majorité ?

Oui. Et cela risque d'aller plus vite que je ne le pensais. Manifestement, certains partis flamands ont décidé de demander l'urgence sur des propositions de loi prônant la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (NdlR : lire aussi en page 5). Je ne sais pas si on arrivera jusque-là. Mais si cette menace devait se préciser, je prendrai l'initiative de réunir les présidents francophones. Je le ferai de toute façon si une négociation d'ampleur devait être initiée sur une réforme institutionnelle.

Il n'est pas dit qu'il y aura un consensus entre francophones sur le volet institutionnel...

C'est vrai. Il y a d'ailleurs un débat que je voudrai initier, c'est l'intra-francophone. Plus personne aujourd'hui ne comprend comment fonctionnent les institutions francophones. Comme informateur, j'ai rencontré les responsables des Régions et des Communautés. J'ai reçu 4 ministres-Présidents PS et un ministre-Président CD & V. En Flandre, cela fait sourire.

Autres Informations

À ne pas manquer

BET FIRST

Pariez sur le match de la semaine: Standard-Anderlecht, ce dimanche à 14h30.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page