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Premier : la prochaine fois ?

Mis en ligne le 05/07/2007

Didier Reynders affirme avoir apporté la preuve qu'un francophone était capable de devenir Premier ministre. Mais le CD & V revendique ce poste à tout prix. Dès lors, le parti d'Yves Leterme va devoir le "payer" estime-t-il.

Trouveriez-vous injuste de ne pas être Premier ministre ?

Injuste, non. Je trouverais anormal qu'un francophone ne le soit à aucun moment dans notre pays. Je pense que cette fois-ci, on a fait passer l'idée qu'un francophone pouvait comprendre les exigences et les préoccupations de l'autre Communauté du pays. Mais il ne faudrait pas que cela se transforme soit en une arrogance qui aboutisse à dire que, quoi qu'il arrive, le Premier ministre doit venir de Flandre, soit en une exigence constitutionnelle. Un de mes prédécesseurs (NdlR Jean Gol) ironisait en ce sens et disait que la Constitution, en son article 1er, prévoyait que le Premier ministre était flamand, en son article 2 que le Premier ministre était CVP et en son article 3 que le Premier ministre s'appelait Wilfried Martens.

Vous pourriez revendiquer ce poste : votre parti est le plus important au sein de la plus grande famille.

J'ajoute que notre famille politique est plus homogène que d'autres. Mais il est vrai qu'il y a une formation politique, le cartel CD&V - N-VA qui est la plus importante du pays et qu'en voix, la famille chrétienne-humaniste-nationaliste est plus forte que la famille libérale-réformatrice.

On m'a souvent dit qu'obtenir un Premier ministre francophone comporterait le risque d'abandonner en rase campagne un certain nombre d'enjeux francophones importants. Le choix inverse a ses conséquences.

Le CD&V devra donc "payer" pour avoir le poste...

Quand on exige d'avoir la main et la fonction de Premier ministre, il ne faut pas trop charger la barque.

Quel sera le prix pour le CD&V ?

Le prix sera dans une négociation. Moi, j'ai un programme que je souhaite voir passer dans un accord de gouvernement. Il y a des limites que je ne franchirai pas sur le plan communautaire.

Plus concrètement...

Beaucoup en Flandre, estiment encore, à tort ou à raison, qu'un des gros problèmes du fonctionnement de l'Etat, c'est la présence du PS. Je crois avoir fait, du côté francophone, une réforme de l'Etat importante. Je n'ai jamais dit que les socialistes seront à coup sûr dans l'opposition. Mais j'ai fait prendre conscience que le PS n'était pas nécessairement la première formation francophone ni même wallonne. On l'a cru jusqu'à 23 heures 30 le soir de l'élection...

Le message est-il bien passé en Flandre ?

Lors d'un tour de Flandre, j'ai dit et répété que les Flamands faisaient deux erreurs : d'une part, croire que la Wallonie est homogène : le Brabant wallon est libéral et riche, le Hainaut socialiste et pauvre. Pourquoi ? Deuxième erreur : il n'y a pas un parti dominant. J'ai expliqué que le MR avait, à l'époque, quasiment le même nombre de sièges que le PS. Maintenant, j'en ai trois de plus. J'essaye donc de faire passer en Flandre l'idée qu'il y a, au Sud, des gens qui ont une autre vision de l'économie, de la société que celle du PS.

Comment convaincre le CD&V qu'il devra payer ?

Je leur dis trois choses :

1. Le MR est premier et l'on pourrait faire une série de choses que vous rêviez de faire sans le PS. Mais le climat actuel et le résultat des élections font que vous voulez avoir le poste de Premier ministre.

2. J'ai préparé le terrain, j'ai accompli le travail d'informateur et je suis prêt à céder le relais à quelqu'un qui veut être formateur.

3. Il ne faut pas, en plus, me demander de faire n'importe quoi. Il va falloir, maintenant, négocier. Je suppose donc maintenant qu'au CD&V et peut-être même à la N-VA, un certain nombre d'esprits auront compris qu'ils ne sont pas tout seuls. Le CD&V est un très grand parti, le premier du Parlement mais il fait 20 pc des sièges. C'est très bien mais pour faire une réforme de l'Etat il faut encore trouver plus de deux fois plus que lui-même...

Donc, Reynders, Premier ministre, ce sera pour plus tard...

Si nous arrivons à conforter notre position en 2009, je n'ai pas pour vocation, à vie, d'être président du MR ou vice-Premier ministre. Il y a d'autres fonctions qui peuvent être intéressantes. Pour être Premier ministre, il faut remplir deux conditions : pouvoir diriger les débats dans les deux grandes langues nationales. Mais aussi avoir une majorité. J'ai démontré que je répondais à la première condition. Mais je dois avouer que je ne sens pas une majorité pour me demander d'exercer cette fonction.

Avez-vous évoqué, durant votre mission, la possibilité de regrouper tous les scrutins ?Oui. L'idée la plus forte, si elle devait aboutir, serait de regrouper les élections régionales et fédérales en 2014. Ce n'est pas possible en 2009 ?Cela voudrait dire que le gouvernement fédéral ne resterait qu'un an et demi. Personne ne le veut. Par contre, on pourrait travailler à la convergence des majorités dans les 3 régions. Encore faut-il que le résultat de 2007 se confirme en 2009 ?Nous avons aujourd'hui 7 pc de plus qu'en 2004 en Wallonie. Si cela se confirme, il faudra en tenir compte. En 2004, nous avons été éjecté des majorités régionales alors que nous avions perdu 0,4 pc des voix. On disait qu'il fallait respecter le signal de l'électeur. Je ne l'ai pas oublié. Pour le reste et si nous participons à une majorité, je vous annonce déjà que nous n'alignerons pas tous les ministres fédéraux en tête de liste aux élections régionales. Cela fera peut-être plaisir à nos adversaires, mais nous respecterons certains principes.Vous parlez comme un président du MR en 2009, cela veut donc dire que vous allez continuer à cumuler vos fonctions de ministre et de président de parti ?J'ai annoncé que je serais candidat à la présidence du MR en 2008. Quand une organisation fonctionne bien, je ne vois pas pourquoi il faudrait tirer les leçons des échecs des autres. Vous serez donc le seul à le faire : Elio Di Rupo s'apprête à y mettre fin et Joëlle Milquet annonce qu'elle ne le fera pas. Si la coalition orange bleu se met en place, elle demandera qu'aucun ministre ne cumule avec une fonction de président de parti. Et Louis Michel estime aussi que le cumul n'est pas bon... Chacun fait ce qu'il veut. Il s'agit d'une stratégie de parti. Moi, je représente mon parti dans un gouvernement. Dans mon parti, tout le monde l'a souhaité et je pense que tout le monde souhaite que je puisse continuer. Je signale que je ne suis ni bourgmestre, ni échevin d'une grande ville... Humainement, comment avez-vous vécu cette période ?

Mes proches, ma famille, mes collaborateurs, les parlementaires m'ont permis de rester, au maximum à dix centimètres du sol. Je n'ai à aucun moment décollé trop fortement. Ce n'est pas seulement un honneur. C'est la reconnaissance du travail réalisé à la fois à la tête d'un parti mais aussi, je pense, comme ministre.

Quels furent les points forts de vos rencontres ?

J'ai reçu des personnes que je ne suis pas prêt d'oublier. Lors de la campagne électorale, un jeune homme, en chaise roulante, m'a expliqué qu'il voulait mais ne pouvait pas se marier pour des raisons financières. Car en se mariant, il perdrait une partie de ses allocations. J'ai organisé une table ronde sur ce thème et j'ai pris l'engagement que ce serait sur la table des négociations. L'allocation pour handicap doit être maintenue. Je me souviendrai aussi longtemps du témoignage d'une jeune femme atteinte de mucoviscidose... J'ai dû l'arrêter. Je voyais qu'elle allait s'effondrer. Mais je ne sais pas lequel des deux était le plus ému. En accomplissant cette tâche, on comprend mieux la richesse d'informations qu'un Roi peut avoir grâce aux audiences individuelles et aux colloques singuliers.

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