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entretien
Nothomb : "Il faut dépolariser !"
paul piret
Mis en ligne le 09/07/2007
Il a tout connu de la vie politique. Dont un mandat de médiateur, près de 30 ans avant Jean-Luc Dehaene. De quoi réécouter un Charles-Ferdinand Nothomb pareil à lui-même.
Quels sont vos souvenirs de co-médiateur avec le socialiste flamand Willy Claes, en 1979 ?
La médiation n'a pas abouti parce que les circonstances ne le permettaient pas. Claes et moi étions sur la même longueur d'ondes d'un régionalisme modéré; nous étions les exposants de deux partis moins importants de chaque côté; nous sortions d'un pacte d'Egmont qui était une négociation réussie - dans le cadre d'un dialogue de Communauté à Communauté, associant socialistes et sociaux-chrétiens aux partis linguistiques FDF et Volksunie - jusqu'à ce qu'il tombe parce qu'une partie de la majorité et le Premier ministre Tindemans l'ont torpillé. Une chance inouïe était passée... Dans ce cadre si bipolarisé, il était difficile au Flamand et au francophone que nous étions, Claes et moi, d'opérer une grande transaction.
Voulez-vous dire que M. Dehaene aurait plus de chances, seul ?
J'accueille ça positivement. Que ses agissements comme bourgmestre de Vilvorde suscitent l'inquiétude de francophones prouve combien nous sommes polarisés. Mais c'est un homme d'Etat; il pensera aux deux Communautés.
Un conseil à lui donner ?
S'il en a envie ! Il me paraîtrait utile de séparer le communautaire, le linguistique, le symbolique, des problèmes économiques et sociaux du futur gouvernement.
Mais les Flamands n'en veulent pas, soutenant d'ailleurs que tout est lié...
Oui, parce qu'ils en ont fait un tout cohérent, à coups de résolutions du seul Parlement flamand. En face, les francophones - divisés entre institutions - ne sont pas demandeurs. C'est simple, tactiquement intelligent, politiquement commode... mais c'est intenable, puisqu'on devra bien former un gouvernement. Si Dehaene ne parvient pas à tirer une formule miracle de son chapeau, il faudra jeter les bases d'une nouvelle réflexion.
Laquelle ?
Polariser n'est pas décentraliser. Il faut vraiment dépolariser. Dans les années 60-70, ceux qui voulaient une décentralisation plus poussée que sur deux pôles ont perdu la partie après le choc de Louvain, qui a créé deux camps. Mais je lis récemment dans "La Libre" un sondage indiquant que 3 Flamands sur 4 ne reconnaissent pas Bruxelles comme la capitale de la Flandre; ils pensent donc qu'il n'y a pas eu vraiment décentralisation. Je vois aussi que Bea Cantillon (CD & V), suivie en partie par le patronat flamand, prône désormais non pas la régionalisation mais la décentralisation et la responsabilisation des matières d'emploi et de chômage; on peut les envisager en circonscriptions ne correspondant pas aux Régions, selon les spécificités de chacune d'entre elles - il n'y a qu'une partie de la Wallonie qui est malade.
Le Luxembourgeois que vous êtes voudrait-il ici relancer le fédéralisme provincial ?
Non. J'abandonne les provinces; la Belgique est plus importante. Je dis que le régional ne doit pas coïncider avec le linguistique; je dis que l'on peut refaire une offensive - pas unitaire - de décentralisation quelles qu'en soient les composantes. Le SP avait bien imaginé jadis, en équilibre entre provincialistes et nationalistes, un découpage économique entre 5 régions (Flandres, Anvers-Limbourg, Brabant, Hainaut, Liège-Namur-Luxembourg).
Mais, et la Wallonie ?
Les socialistes ont toujours voulu unifier la Wallonie parce qu'ils tenaient ses deux provinces les plus peuplées. Mais c'est fini.
Au fait, le CDH hésite à monter dans une bipartite orange-bleue...
C'est normal, et cela a toujours été ainsi. Le CDH comme le PSC est un vrai parti du centre. Au moment de choisir, il y a toujours des tensions internes parce qu'il y a du bon à gauche et du bon à droite. Mais c'est un parti responsable, un parti de gouvernement : quand les circonstances l'imposeront, il réalisera une bonne synthèse. Il ne fera pas de bêtises...
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