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politique

"On sent le CD & V davantage coincé que porté par la N-VA"

Vincent Rocour

Mis en ligne le 30/07/2007

Pierre Verjans (ULg) s'étonne de la technique de négociation du formateur Yves Leterme.

Entretien

Pierre Verjans est politologue à l'Université de Liège. Il revient sur les cinquante premiers jours de formation du gouvernement. Non sans montrer quelques perplexités. Entretien.

A-t-on déjà connu négociation qui commence aussi mal ?

On a connu cela en 1991 où la négociation avait mal commencé et s'était même mal terminée puisque la mission de formation menée par Guy Verhofstadt avait échoué. Nous ne pouvons cependant pas encore dire si les tensions actuelles sont vraiment de nature à rendre un accord impossible ou si elles ne constituent que de simples musculations. En fait, on ne mesure pas encore assez bien la capacité d'Yves Leterme à conduire des négociations. Est-ce un homme comme Jean-Luc Dehaene qui refusait de se laisser enfermer dans un agenda ou est-il au contraire comme Guy Verhofstadt qui fixait des dates butoir pour mettre les négociateurs sous pression ?

Les critiques qui s'abattent déjà sur Yves Leterme vous paraissent-elles justifiées ?

Cela dépend. L'épisode du 21 juillet me paraît très secondaire. Cela arrive à beaucoup de gens de ne pas se souvenir de l'hymne national belge. Et puis, visiblement, il pensait à autre chose au moment où il a été interrogé. Je suis davantage interpellé par sa technique de négociation. Je ne comprends par exemple pas qu'il lui ait fallu autant de temps pour dire que l'accord sur la réforme fiscale était un accord de principe et que les détails techniques devaient encore être mis au point. Il sait bien que le CDH doit faire sa place, donner l'impression qu'il est grand et fort sinon il est inexistant.

Joëlle Milquet impressionne en Flandre depuis le début de négociation.

La présidente du CDH a une certaine carrure. Elle sait faire parler d'elle.

L'image d'Yves Leterme auprès de l'opinion publique francophone n'est pas très bonne. C'est un handicap ?

Pas nécessairement. L'image de Wilfried Martens n'était pas meilleure avant qu'il ne devienne Premier ministre. Il a pu retourner cette image au fil de ses gouvernements successifs. Guy Verhofstadt aussi a eu du mal au début. Pour que son image de "baby Thatcher" héritée des années quatre-vingt s'efface dans l'opinion publique, il a fallu la confection de plusieurs budgets. Du reste, ce n'est pas cela qui compte le plus aujourd'hui. Ce sont les négociateurs des partis qui feront le prochain gouvernement. Pas les électeurs, qui ont donné leur avis le 10 juin.

Précisément, il y a 50 jours que le scrutin a eu lieu. Peut-on déjà parler de crise ?

Cela commence à être long. Et l'on a l'impression qu'ils commencent seulement à discuter. C'est comme s'il n'y avait pas de cumul entre les différentes étapes. En 2003, le formateur avait clairement utilisé la note de l'informateur. Ici, on n'a pas l'impression que le négociateur Dehaene a utilisé le travail de l'informateur Reynders ni que le formateur Leterme se soit appuyé sur celui du négociateur Dehaene. A chaque étape, on semble être reparti de zéro. Même la note de Leterme n'est qu'un point de départ, puisque tout le monde a dit que c'était une note du CD & V et qu'il fallait la réécrire.

Peut-on imaginer que le prochain gouvernement n'ait pas un agenda communautaire très lourd ?

Les francophones l'imaginent très certainement. Les Flamands, pas du tout. Ce serait la troisième négociation gouvernementale de suite qu'ils devraient rentrer leurs revendications institutionnelles. D'un autre côté, on ne voit pas très bien où trouver la majorité pour faire une réforme de grande ampleur. Les Flamands pourraient devoir se contenter de mesures qui ne nécessitent pas une majorité constitutionnelle ou une majorité spéciale.

Une rupture du cartel CD & V/ N-VA est-elle possible à votre avis ?

Apparemment pas. Le CD & V et la N-VA semblent très soudés pour l'instant et se présentent toujours côte à côte. Cela dit, pour le CD & V, ce n'est pas une situation facile. On voit bien qu'il a envie de retrouver le pouvoir, d'occuper des fonctions importantes et d'appliquer des mesures socio-économiques fortes. Mais en même temps, il doit répondre au souhait de réforme de son allié nationaliste. En fait, on sent le CD & V davantage coincé que porté par la N-VA.

A quel moment devra-t-on parler de crise ? S'il n'y a toujours pas de nouveau gouvernement en octobre, lors de la rentrée parlementaire ?

Dans ce cas, oui, la situation sera très difficile. On aurait alors un problème de majorité parlementaire, un problème pour le budget de l'Etat, un problème d'affaires courantes qui s'essoufflent. Mais il n'y a pas encore de quoi s'alarmer. Le mois d'août reste une période propice pour négocier.

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