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Val Duchesse Academy - Négociations

Mais oui, tout va très bien, M. Leterme

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 01/08/2007

Le climat, dit-on, est à la détente. On négocie, enfin. Mais la méfiance est toujours très grande entre francophones et Flamands. Et Yves Leterme surprend...

Analyse

Ce mois de juillet pourri se termine. Y'a pas que dans le ciel qu'il y avait des nuages. Au château de Val Duchesse aussi, l'ambiance était plutôt sombre, triste et morose. Il paraît que depuis deux jours, cela va (un peu) mieux. L'accord budgétaire est là. Mais à ce stade, nul ne peut dire si le formateur du prochain gouvernement réussira sa pharaonique entreprise. Passons en revue les principaux problèmes.

Yves Leterme sera-t-il le prochain Premier ministre belge ? Honnêtement, ceux qui en sont convaincus sont de moins en moins nombreux. Il y a quelque temps, l'homme avait ses défenseurs, ceux qui voyaient en lui un nouvel homme providentiel, un petit génie de la vie politique flamande et belge. Dans une récente interview au "Laatste Nieuws", ses parents ont confirmé qu'il avait toutes les qualités pour exercer cette fonction et qu'il était le meilleur. C'est touchant mais insuffisant. Car la presse flamande et le monde politique flamand commencent eux aussi à se poser des questions. Sa méthode de travail ? Quelle méthode de travail ? On raillait l'esprit brouillon de Guy Verhofstadt : face à Leterme, c'est un modèle d'organisation. Sa volonté, son ardeur au travail ? Un francophone : "A peine touche-t-il un domaine délicat, l'institutionnel ou le budgétaire, qu'il bat aussitôt en retraite dès qu'il observe qu'un partenaire montre les dents. S'il voulait échouer, il ne s'y prendrait pas autrement." A la moindre embûche, il trébuche. Yves-la-gaffe commence à dérouter, à irriter. De là à prétendre qu'il échouera, il y a un pas. L'homme peut encore se révéler, se transcender, vaincre sa timidité, ses complexes. On a vu, par le passé, des missions impossibles réussir et des hommes politiques obtus, fermés (Martens, Verhofstadt) devenir des champions du compromis. Certains affirment que les francophones ne l'aident pas. Ce n'est pas tout à fait faux. "Mais pourquoi, diable, les francophones aideraient-ils un homme qui se cantonne, non pas dans son rôle de formateur, mais dans une sorte de mission de défense des seuls intérêts flamands, CD & V en tête". Le projet d'Yves Leterme n'est pas et ne sera jamais celui des francophones :dès lors pourquoi l'aider à démanteler l'Etat. Jettera-t-il un jour l'éponge ? L'homme en est capable. Ambitieux, certes, mais aussi réaliste. Déjà certains imaginent, en cas d'échec, son remplacement par Herman Van Rompuy, tête pensante du CD & V.

2 Un accord institutionnel est-il possible entre les francophones et les Flamands ? Théoriquement oui. Pratiquement... Bof. Pour l'instant, en tout cas, il n'y a aucun signe de rapprochement entre ce qu'il faut bien appeler les deux camps. Chaque fois qu'Yves Leterme a essayé, par petites touches, d'évoquer le sujet communautaire, il y a eu raidissement de part et d'autre. La seule présence de la N-VA, en cartel avec le CD & V, garante de la ligne la plus dure, empêche une certaine détente même si son représentant, Bart De Wever, est plutôt un homme de bonne compagnie. Remarquez que, dans la presse et l'opinion publique flamandes, Olivier Maingain (FDF) a la même image que celle de Bart De Wever au Sud du pays, celle d'un homme dangereux, hostile voire raciste ! Sa dernière interview au "Morgen", où il se contentait de rappeler le programme du MR, l'a fait passer pour un excité qui jette de l'huile sur le feu.

Or les francophones sont prêts, dans leur tête en tout cas, à des concessions : ils savent que pour atteindre un compromis, ils devront céder certaines choses. Scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde ? Les francophones pourraient s'y résoudre, mais à condition de faire payer très cher leurs concessions. Or les Flamands voudraient obtenir cette scission à titre gratuit. Là, c'est non.

Pourquoi Joëlle et Didier se méfient-ils l'un de l'autre ? Mardi, le climat était un peu meilleur, y compris entre le MR et le CDH. Or, depuis le début, il y a une terrible méfiance entre les deux. Tout au long des premières journées, la tension était palpable entre Didier Reynders et Joëlle Milquet. Un négociateur flamand raconte : "Elle parle: il lève les yeux au ciel. Il prend la parole: elle se crispe. C'est physique. Ils ne s'aiment pas, ne se supportent pas. Aucun des deux ne semble faire le moindre effort pour que cela change".

Les deux présidents se méfient l'un de l'autre et s'accusent mutuellement d'un manque de correction. Les humanistes sont persuadés que "Didier Reynders arrose les médias francophones et flamands de notes et de commentaires en tout genre". Et les libéraux dénoncent le manège médiatique de la présidente : "Régulièrement, peu avant l'heure des journaux télévisés du soir, elle annonce qu'elle doit s'occuper d'un de ses enfants. Une demi-heure plus tard, on la découvre, à la TV, offrant ses commentaires aux micros et caméras". Cela les énerve.

D'où ce soupçon, libéral : le CDH veut-il vraiment la réussite de la négociation orange-bleue ou est-il là pour torpiller la discussion ? Le CDH rejette le soupçon même si l'on sait que des voix, et pas uniquement au centre gauche, y plaident encore pour une "bonne" tripartite classique. Ce qui serait pour le moins curieux voire suicidaire, cette majorité offrant aux Flamands la clé des deux tiers pour les réformes dont les francophones ne veulent pas .

Au CDH, c'est la suspicion inverse : les libéraux, disent les humanistes, sont prêts à tout pour se maintenir au pouvoir. Ils sont là pour obtenir une nouvelle réforme fiscale. Le reste ? "Pffff !". Olivier Maingain ? "Un alibi".

Bref, avec une telle méfiance à tous les étages, Yves Leterme a encore du pain sur la planche.

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