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val duchesse
Comme un parfum de crise
V.d.W.
Mis en ligne le 17/08/2007
Crise ou pas crise ? Officiellement, les négociations gouvernementales entre libéraux et démocrates chrétiens - humanistes ne sont pas rompues. Mais le climat est à l'orage et personne ne voit très bien comment le formateur, Yves Leterme va pouvoir sortir de ce bourbier.
La raison de ce blocage ? Le dossier communautaire, évidemment. On est arrivé au coeur du problème, au véritable noeud de la négociation politique qui doit amener à la formation du prochain gouvernement. Jusqu'à présent, la lecture de la note du formateur, même parsemée d'embûches, n'avait été qu'une partie de plaisir.
Deux conceptions
Si l'on avait bien noté des divergences entre le Nord et le Sud ou entre libéraux et démocrates chrétiens et humanistes sur les dossiers fiscaux, sociaux ou budgétaires, les oppositions sur le plan communautaire sont apparues essentielles, fondamentales et mettent en lumière les deux conceptions totalement opposées que francophones et Flamands ont désormais de l'Etat belge.
Les francophones veulent faire vivre le système fédéral actuel, qu'ils jugent équilibré, et sont prêts à accepter, à la marge, des transferts de compétences (dans les deux sens d'ailleurs). Pour eux, le fédéral doit rester l'institution de référence de l'Etat. Il s'agit, disent-ils, d'une négociation d'un gouvernement fédéral et non régional. Pas questions de dépiauter l'Etat.
Les Flamands défendent une tout autre conception du fédéralisme : ils prônent en fait un système confédéral. Le pouvoir appartient aux entités fédérées qui ne délèguent à l'Etat central qu'une petite partie des compétences. Lesquelles ? Jusqu'il y a peu on citait les Finances, la Justice, la Défense, etc. Mais à présent, on le voit bien dans leur liste de revendications, les Flamands réclament aussi une partie de ces compétences.
Jeudi, les choses se sont accélérées. Face aux exigences flamandes extrêmement larges, les francophones avaient adapté leur stratégie. Du "non" exprimé par le CDH et du "on n'est pas demandeur, mais on est prêt à discuter" du MR, les francophones sont doucement passés à une stratégie plus offensive.
Lors d'un déjeuner entre francophones (très bon lapin à la kriek, paraît-il...) les francophones ont dressé une liste de propositions. Il ne s'agit pas évidemment de tomber dans le "piège" tendu et d'apparaître comme étant demandeurs de quelque chose. Mais de montrer que si le formateur dressait, enfin, un cadre de négociation, les francophones pouvaient avoir, eux aussi, quelques demandes. Exemples ?
- L'organisation d'une consultation populaire pour connaître l'appartenance linguistique des habitants des communes de Hal-Vilvorde.
- L'extraterritorialité de la Communauté française ou de la Région bruxelloise qui pourraient être compétentes pour certaines politiques au profit des francophones de la périphérie, comme cela était prévu lors du (presque) accord sur BHV en mai 2005;
- La fin de la double majorité au Parlement bruxellois qui offre, de fait, aux Flamands de Bruxelles, un levier permettant de bloquer certaines décisions;
- L'organisation d'un Sénat paritaire, etc.
Le tout assorti d'un message : la négociation actuelle concerne "seulement" la constitution d'un gouvernement fédéral qui ne disposera pas de la majorité des deux tiers. On a cru, en début de soirée, que le front francophone se lézardait, que le CDH rejetait toute forme de réforme nécessitant la majorité des deux tiers tandis que le MR se montrait plus ouvert. Mais en sortant de Val Duchesse, les deux présidents francophones démentaient toute divergence.
Menace
Toujours est-il que les partis flamands, dûment informés de la position francophone par Yves Leterme, se sont montrés particulièrement fâchés. S'exprimant uniquement en néerlandais et refusant de répondre aux questions "vu la gravité de la situation", les présidents du VLD et du CD & V, Bart Somers et Jo Vandeurzen, ont fait une déclaration dans laquelle ils expliquent avoir présenté des propositions sérieuses dans le but d'améliorer le fonctionnement des entreprises et des citoyens. Ils jugent que, par leur réaction "pas sérieuse" qui remet en cause les limites territoriales et menacent le statut des Flamands de Bruxelles, les francophones menacent les fondements de l'Etat belge... Ils se concerteront ce vendredi pour voir quelle suite donner aux négociations.
Ce vendredi, "fort" des remarques entendues dans les deux camps, le formateur se rendra chez le Roi, rentré de vacances, pour lui présenter son troisième rapport intermédiaire. Yves Leterme semble vouloir poursuivre sa mission. En a-t-il encore la capacité politique ?
OPINION EXPRESS
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