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"Que fait-on ensemble ? Et comment ?"

laurent gérard et vincent rocour

Mis en ligne le 20/09/2007

Marie Arena estime que les francophones doivent se doter d'un projet commun. Elle ne veut ni simplisme (on rase tout) ni conservatisme (on ne touche à rien).

entretien

Le dialogue intrafrancophone est lancé. Prenant au mot Didier Reynders, chef de file du MR, la présidente de la Communauté française Marie Arena donne corps au débat et garantit même son intendance future. Entretien.

Vous dites que les francophones doivent se doter d'un projet commun. Vous, comment le voyez-vous, ce projet commun ?

A titre personnel, je ne veux me ranger ni du côté des conservateurs qui disent "On ne bouge rien à rien", ni du côté de ceux qui disent, avec beaucoup de simplisme, qu'il suffirait de fusionner pour rassembler les francophones. On sait très bien que dans la situation actuelle, il est impossible de fusionner Région wallonne, Région bruxelloise et Communauté française. On peut fusionner la Communauté française et la Région wallonne, mais cela conduirait à séparer les francophones de Bruxelles et de Wallonie. Et cela, je ne le veux pas. Évidemment, si tous ceux qui sont assis autour de la table estiment que c'est la meilleure chose pour les francophones, je m'y plierai.

Et si, sur telle ou telle question, le consensus s'avère impossible ?

Le désaccord sera inscrit dans le rapport de la commission. Il reviendra alors au monde politique de trancher. Je ne recherche d'ailleurs pas le plus petit dénominateur commun. Je préfère avoir la vision la plus diversifiée possible. La seule chose, c'est qu'il faut travailler sur un projet. Qu'est-ce que les francophones veulent faire ensemble ? Et comment ?

Est-ce que cette commission n'est pas une façon de répondre à Didier Reynders en noyant le poisson ?

L'institutionnel pour l'institutionnel ne m'intéresse pas. Les gens non plus, cela ne les intéresse pas. Par contre, je suis très motivée à l'idée que les francophones puissent se réunir autour d'un projet commun.

Si vous proposez une telle commission, c'est parce que les institutions ne fonctionnent pas bien ?

Je pense que les faits régionaux bruxellois et wallon sont arrivés à maturité pour pouvoir se retrouver dans un projet commun qui leur donne plus que leur simple addition. Je ne veux pas nier le fait bruxellois et le fait wallon. Je veux les rassembler de façon à être prêt pour les élections de 2009.

Que pensez-vous d'un gouvernement de la Communauté française composé des ministres régionaux wallons et des ministres bruxellois francophones ?

Je n'ai pas de tabou. Il y a deux ans, j'ai même dit que ce serait très bien. Mais il n'y a pas une seule vérité. Il y a plusieurs vérités. Et je préfère les tester d'abord non seulement auprès des quatre partis démocratiques mais aussi auprès des piliers de la société civile.

L'un des objectifs, c'est aussi de rendre les institutions francophones moins complexes ?

Pourquoi pas ? Mais attention : il ne faut pas faire croire que la complexité actuelle est le fait d'un caprice politique. La complexité résulte du fait qu'on défend la minorité flamande de Bruxelles et que Bruxelles est bilingue.

La négociation du prochain gouvernement fédéral est dans l'impasse. Ne faudrait-il pas attendre qu'il soit formé pour lancer le débat intrafrancophone ?

Non. La réflexion doit commencer maintenant. Je pense que si les francophones disent aujourd'hui "non" à une réforme de l'Etat, c'est parce qu'ils n'ont pas de projet. S'ils se dotaient d'un projet cohérent, ils seraient peut-être plus forts dans la discussion avec le Nord du pays. Il ne faut cependant pas que nos débats entre francophones soient intégrés dans la négociation fédérale. De grâce, n'y mêlons pas les Flamands.

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