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Karel Van Miert : "Il y avait du respect entre nous"
martin buxant
Mis en ligne le 05/11/2007
entretien
Karel Van Miert a été président des socialistes flamands (SP) de 1978 à 1988. En compagnie de Willy Claes, il fut l'un des deux hommes clés du SP lors de cette crise politique de 148 jours.
Quel souvenir conservez-vous de l'ambiance qui régnait lors de cette crise politique ?
On savait dès le départ que les négociations allaient être très difficiles : nous exigions que les libéraux flamands et que le CVP nous ouvrent les portes du gouvernement flamand, en contrepartie de cela nous étions prêts à négocier pour le gouvernement fédéral. C'était une situation vraiment très compliquée. Cela a pris pas mal de temps. Mais il y avait deux ou trois grandes différences avec la situation actuelle.
La première grande différence, c'est que l'on sentait qu'il fallait, pour pouvoir faire une réforme de l'Etat, faire des compromis. Tout le monde le reconnaissait ! Aujourd'hui, c'est toujours non, non et encore non. L'esprit de notre époque était : oui, il faut qu'on trouve un compromis. C'était clair, et cela valait pour tout le monde. Sur le financement, le communautaire, les difficultés étaient là. Mais tout le monde était convaincu qu'on trouverait des compromis. L'état d'esprit était vraiment très différent.
Y avait-il davantage de respect et de confiance entre les négociateurs ?
Autour de la table de négociation, il y avait beaucoup de respect mutuel et pas de bagarre personnelle. Il n'y avait pas ce jeu enfantin, ces fuites vers la presse incessantes. Il y avait du respect et pas d'animosité entre les négociateurs. Je vous donne un exemple : je ne connaissais pas Herman Van Rompuy avant de négocier. On ne se ménageait pas dans les interviews, on manifestait notre adversité. Mais pendant ces négociations, on s'est découvert mutuellement, on a appris à respecter les arguments de l'un et de l'autre et je suis devenu ami avec Herman Van Rompuy. Aujourd'hui, encore, nous sommes amis.
Et le formateur Jean-Luc Dehaene, était-il au-dessus de la mêlée ?
Tout au long de la négociation, je pense que Dehaene était lui-même persuadé qu'il serait Premier ministre. Nous n'avons appris que très tard le retour de Wilfried Martens. Quoiqu'il en soit, la façon dont les négociations étaient menées par Jean-Luc Dehaene était exemplaire. Il avait une connaissance des dossiers exceptionnelle, lui et son équipe proposaient des solutions et des options. Il était clair, il balisait les débats, il disait "voilà, ça et ça c'est faisable et ça, ça ne l'est pas". Il n'hésitait pas à aller parfois à l'encontre de ce que pensait son parti. Il y avait une confiance autrement grande que la confiance d'aujourd'hui. Dès le départ, avec Jean-Luc, un peu comme le font les paysans en Flandre, on a su qu'il y avait une très grande confiance entre nous.
Pourtant, tout le monde a dû faire des concessions...
Oui. On a dû avaler des choses qui ne nous plaisaient pas, mais on l'a fait. Je disais à Jean-Luc : "il faut me donner du temps pour expliquer cela à mes troupes". Jean-Luc et ses conseillers avaient toujours des solutions à proposer, et rien ne filtrait à l'extérieur. Chemin faisant, on avançait. Et Jean-Luc, je le répète, avait la confiance de tous les négociateurs.
Il vous donnait du temps quand vous lui en demandiez ?
Oui, il nous le donnait. Et inversement : on tenait vraiment compte des difficultés des autres. On s'entraidait. Plusieurs fois, j'ai proposé de ne pas partir à la Commission européenne si cela pouvait aider...
Peut-être y avait-il moins de pression qu'aujourd'hui sur les négociateurs ?
Non ! Avec les Fourons, il y avait une grosse pression sur tout le monde. Et le CVP ne voulait absolument pas de nous au gouvernement flamand. Jean-Luc m'avait dit: "j'ai besoin de temps pour gérer ça avec mon parti". Le PS, aussi, avait ses problèmes. Guy Spitaels devait gérer la situation...
A aucun moment, donc, vous n'avez eu l'impression que vous n'arriveriez pas à un accord ?
Il y a bien eu ce moment, ces quelques jours, durant lesquels Guy Spitaels est parti et nous a laissés en plan. En fait, après-coup, nous nous sommes rendus compte que cela avait fait monter la tension pour rien. On savait, au fond, que c'était tactique. Il y avait la confiance. Quand on est enfermés pendant des semaines, bien entendu, les nerfs sont mis à l'épreuve. Mais à aucun moment on a eu le sentiment qu'on n'en sortirait pas.
Pensez-vous que les familles politiques, des deux côtés de la frontière linguistique, se connaissaient mieux qu'aujourd'hui ?
C'est vrai que les familles politiques se connaissaient encore bien, même si les programmes avaient considérablement évolué. Le PS, par exemple, ne disait pas non par principe, le PSC non plus, vraiment chacun voulait aboutir.
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