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J.H. ne connaissait pas le néerlandais

Paul Piret

Mis en ligne le 05/11/2007

Retour sur la plus grande crise jusqu'ici, celle de 1987-1988... Avec ses fouronneries, sa grande réforme, le retour de socialistes en guéguerre civile.

"Ils y sont arrivés. Mais dans quel état, dans quel Etat ?", lit-on dans la presse. Non, ce n'est pas fin novembre ou à la Noël 2007, à l'accouchement aux forceps de Leterme I - quoique, serait-elle facile, la formule pourrait servir... Mais en mai 1988, à l'installation de Martens VIII, une équipe chrétienne/socialiste/Volksunie.

Voilà 148 jours que l'on a voté, en décembre. Mais la crise a débuté deux mois plus tôt, en octobre. Elle planait même depuis un an auparavant. Depuis le 30 septembre 1986. Lorsque la chambre flamande (flamingante ?) du Conseil d'Etat fixa : "Attendu que José Happart ne connaît pas suffisamment le néerlandais...". En clair, l'icône et même l'idole de la résistance francophone, celui que la presse nordiste n'identifie plus que par ses initiales J.H., ne peut plus être bourgmestre à Fourons. Le gouvernement chrétien/libéral s'y use, éreintant deux ministres de l'Intérieur, Charles-Ferdinand Nothomb puis Joseph Michel. Fourons, cause et exutoire de toutes les tensions communautaires. Prétexte aussi, au capotage d'une coalition se délitant sur les foucades idéologiques du libéral flamand Guy Verhofstadt.

Donc, on vote par anticipation, le 13 décembre 87. Le CVP recule; le PS triomphe à hauteur d'invraisemblables 44 pc en Wallonie : l'absorption de Happart, un peu une N-VA au carré pour Guy Spitaels, est payante. Celui-ci est informateur. S'en suivront négociateur (Willy Claes), second informateur (Jean-Luc Dehaene), consultation royale des ministres d'Etat (mais oui), premier formateur (Dehaene, qui demande 100 jours au Roi).

On parle du niveau fédéral, comme on ne dit pas encore. En Flandre, CVP et PVV avaient reconduit leur alliance; après quoi SP et VU conditionneront leur participation nationale à leur présence à l'exécutif flamand, finalement constitué à la proportionnelle - rappel utile : un couplage des élections ne simplifie pas forcément tout... Au Sud, le PS forgea une majorité avec le PSC en Wallonie; avec lui et le FDF à la Communauté française.

Le CVP n'avait pas voulu d'une bipartite rouge-romaine privée des 2/3; le PVV rejetait une tripartite traditionnelle. Dehaene mettra la VU dans le coup, négociant pied à pied une réforme de l'Etat qui allait pacifier "la chose" (litote pour désigner le dossier fouronnais et extensions), installer la Région bruxelloise, communautariser (enseignement) ou régionaliser à tour de bras, fixer un nouveau financement des Communautés (aïe !) et des Régions.

Fallait-il encore digérer le retour-surprise de Wilfried Martens, préféré à Dehaene par un CVP redoutant un gouvernement trop à gauche. Fallait-il encore que le PS jugule une crise terrible entre les happartistes et les autres. C'est le "Premier mai fasciste", dira Philippe Moureaux à Liège, négociant les dernières virgules en lieu et place d'un Spitaels éclipsé trois jours durant. "Le général a peur, ils n'ont pas fini d'en baver", ironise Happart. Mais le 5 mai, un congrès du PS donne son feu vert, à 60 pc. Soulagé, veste tombée, Spitaels remonte à la tribune, lançant à Happart cette fois livide : "José, les frontières ne changeront plus".

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